Les relations entre la Russie et l’Azerbaïdjan connaissent une détérioration majeure après la mort controversée de deux ressortissants azerbaïdjanais lors d’une opération policière dans l’Oural fin juin. En représailles, Bakou a arrêté plusieurs citoyens russes, ouvrant un nouveau chapitre dans une crise diplomatique aux racines profondes.
Un incident déclencheur au cœur de l’Oural
Le 27 juin, la police russe d’Iekaterinbourg a interpellé une cinquantaine de membres de la diaspora azerbaïdjanaise, soupçonnés d’anciens crimes. Parmi eux, deux frères, Hussein et Ziyaddine Safarov, sont décédés en détention, officiellement d’une insuffisance cardiaque, selon Moscou. Cependant, les autorités azerbaïdjanaises ont dénoncé des preuves de torture et de violences physiques, ont ouvert une enquête et ont convoqué l’ambassadeur russe pour protestation officielle. Cet incident a suscité une vague d’indignation à Bakou, révélant des tensions latentes.
Un contexte diplomatique déjà fragile
Cette crise survient dans un contexte de dégradation progressive des relations bilatérales. Le point d’orgue a été le crash, en décembre 2024, d’un avion civil azerbaïdjanais au Kazakhstan, probablement abattu par un tir de défense russe lors d’une opération anti-drone. L’absence d’enquête transparente et les explications floues de Moscou ont nourri le ressentiment azerbaïdjanais. Par ailleurs, l’évolution géopolitique régionale, notamment la reconquête du Haut-Karabakh par Bakou sans intervention russe, a affaibli la position de Moscou en tant que puissance tutélaire.
Les répliques politiques et culturelles à Bakou
En réponse à l’arrestation des Russes sur son sol, notamment des journalistes de l’agence publique Sputnik accusés de fraudes et de cybercriminalité, l’Azerbaïdjan a renforcé ses mesures anti-russes : suspension de tous les événements culturels russes, diffusion sur la chaîne publique AzTV d’émissions dénonçant la répression en Russie, et gel des échanges parlementaires. Le ministère russe des Affaires étrangères critique la « réaction émotionnelle » de Bakou, qualifiant ses actes de « démantèlement délibéré » des liens bilatéraux.
Cette crise traduit une rupture nette dans l’amitié traditionnelle entre les deux pays. L’Azerbaïdjan, désormais tourné vers une autonomie régionale renforcée avec le soutien turc, refuse de subir l’arrogance d’une Russie dont l’influence décline au Caucase. Moscou, de son côté, risque d’isoler l’un de ses derniers alliés stables dans la région, au profit d’une alliance turco-occidentale renforcée.