La jeunesse calédonienne consomme massivement du cannabis, souvent dès l’adolescence. Face à ce fléau sous-estimé, l’ASSNC réagit avec une campagne coup de poing.
Une consommation record et banalisée chez les jeunes
En Nouvelle-Calédonie, le cannabis est partout, dans tous les milieux, à tous les âges. Selon les données les plus récentes, 55 % des jeunes de 17 ans ont déjà essayé le cannabis, contre seulement 39 % en France hexagonale. Plus alarmant encore : un jeune sur dix fume régulièrement, et 4 % de façon quotidienne. Ces chiffres explosent toutes les moyennes nationales.
Le phénomène est transversal : ni le genre, ni l’origine ethnique, ni le niveau social ne semble jouer un rôle déterminant. Si les garçons consomment davantage de manière régulière, les filles ne sont pas en reste sur l’expérimentation et l’usage occasionnel.
L’usage massif n’est pas une mode passagère : depuis 2005, les niveaux de consommation en Nouvelle-Calédonie restent stables, contrairement à la métropole où ils diminuent. Une banalisation inquiétante, dans un territoire où un tiers de la population a moins de 20 ans.
Les effets sous-estimés d’un produit qui touche toute une génération
Dépendance, troubles de la mémoire, baisse de motivation, décrochage scolaire, isolement : les conséquences du cannabis sur les jeunes sont multiples. Et pourtant, ces risques sont largement ignorés ou minimisés, y compris par les jeunes eux-mêmes.
La campagne lancée par l’ASSNC du 21 juillet au 2 août entend briser le silence sur ces effets. En s’adressant directement aux adolescents et jeunes adultes, mais aussi aux familles et professionnels, elle veut rappeler que le cannabis n’est pas un “produit doux”, mais un perturbateur sérieux du développement cérébral et social.
Avec des supports adaptés et un discours frontal, l’objectif est de provoquer un électrochoc dans une société où fumer un joint est parfois perçu comme un rite de passage anodin.
Une consommation sociale, émotionnelle et identitaire
Pourquoi les jeunes fument-ils autant ? La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît. Les motifs sont multiples : se détendre (65 %), faire la fête (39 %), ou fuir les problèmes (33 %). D’autres avouent chercher une forme de spiritualité ou une acceptation sociale.
Témoignage – Max, 16 ans, Nouméa
J’ai commencé à fumer à 14 ans, en 4e. C’était pendant les vacances, avec des potes du quartier. Au début, c’était pour rigoler, pour faire comme les grands, pour voir ce que ça faisait. Et puis, c’est vite devenu une habitude.
Assis sur un banc à la baie des Citrons, casquette vissée sur la tête et regard franc, Max raconte sans détour sa consommation de cannabis. À 16 ans, il fume presque tous les jours, seul ou entre amis. Pas pour « se défoncer », précise-t-il, mais pour « se poser ».
Quand je fume, je me sens calme. Ça m’aide à dormir, à arrêter de penser à tout. À l’école, ça va pas fort. Mes parents sont séparés. Quand je suis high, j’oublie un peu tout ça.
Pour Max, le cannabis est un refuge, un moyen de se protéger d’un quotidien parfois lourd. Il avoue que sans fumer, il serait plus nerveux, plus « à fleur de peau ». Il sait que ce n’est pas bon, que ça peut lui « niquer le cerveau », comme disent les adultes. Mais il ne voit pas vraiment d’alternative.
Tout le monde fume autour de moi. Les gars plus vieux, les cousins, même des adultes. Et personne ne m’a jamais vraiment parlé des effets, à part pour dire ‘faut pas’. Mais ça, ça donne juste envie d’essayer.
Ce que Max recherche, ce n’est pas la transgression, ni la rébellion. C’est un peu de paix, un moment à lui, loin du stress, de la pression scolaire, des tensions familiales. Il ne pense pas être dépendant, même s’il reconnaît avoir du mal à arrêter.
Des fois je me dis : faut que j’arrête. Mais deux jours après, je refume. J’ai l’impression que ça fait partie de moi maintenant.
Mais ce qui frappe, c’est la normalisation totale des usages : 80 % des jeunes fument avec leurs amis, parfois en famille, souvent seuls. La consommation s’inscrit dans le quotidien plutôt que dans des situations exceptionnelles.
Signe inquiétant : ni le niveau d’éducation des parents, ni leur profession, ni la communauté d’origine ne semblent peser. Le cannabis franchit les cloisons sociales, sans distinction. La seule variable significative ? L’absence de conscience des risques.
Le cannabis est devenu un marqueur générationnel en Nouvelle-Calédonie. Mais derrière cette apparente banalité, c’est une véritable crise de santé publique qui se profile. En lançant cette campagne, l’ASSNC tente un pari : faire face à l’indifférence et réinstaller le débat là où il n’existe plus.
Parce qu’informer, c’est prévenir. Et prévenir, c’est protéger.