Par une plume concernée
Ils ont signé à Paris, puis dénoncé à Nouméa. Ils ont engagé leurs représentants, puis reculé sous la pression de leurs bases. Depuis la signature de l’accord de Bougival, l’Union calédonienne donne le spectacle d’un FLNKS en perdition. Derrière ce rétropédalage assumé, un malaise profond : et si une partie de la mouvance indépendantiste préférait entretenir les tensions plutôt que construire un avenir ?
Un accord équilibré, soutenu par les modérés indépendantistes
Jean-Pierre Djaïwe (Palika) le martèle :
Le seul vainqueur dans cet accord, c’est notre pays.
Le document signé à Bougival engage l’ensemble des forces politiques, indépendantes et loyalistes, dans un processus de co-construction institutionnelle, sans vainqueur ni vaincu. Même discours chez Victor Tutugoro (UPM), qui parle d’un compromis équilibré, nécessaire pour relancer la Nouvelle-Calédonie. Ces deux composantes historiques du FLNKS, aujourd’hui autonomes dans le champ politique, ont signé l’accord et appellent à le défendre sur le terrain, auprès des populations.
Ce n’est pas un blanc-seing donné à l’État. C’est une démarche pragmatique, face à un pays sinistré, fracturé, qui ne peut plus se payer le luxe d’un immobilisme politique ou d’un retour à la violence. Tutugoro l’affirme :
Si cet accord est rejeté, je ne sais pas où on va aller. » C’est clair, net et responsable.
L’Union calédonienne isole les modérés… et mise sur la pression
Mais pendant ce temps-là, l’Union calédonienne change de cap. Après avoir signé l’accord à Bougival — Wamytan, Tjibaou et Forrest en tête — elle parle désormais de « souveraineté de façade », de « joug colonial », et réclame une renégociation… que l’État exclut fermement.
Manuel Valls a tranché depuis la Polynésie : « L’accord ne peut pas être modifié. » C’est un compromis, pas un brouillon. Sa structure est le fruit de longues négociations, et toute tentative de le remettre en cause reviendrait à sauter dans l’inconnu. L’État, comme les loyalistes et les indépendantistes modérés, en appelle à la responsabilité politique.
Alors pourquoi ce changement de ton de l’UC ? Pourquoi cet appel à la radicalité alors même qu’un chemin existe ?
Parce que depuis les émeutes de mai 2024, la boîte de Pandore a été ouverte. L’ombre de la violence, l’intimidation, la menace latente… Voilà ce qui pèse désormais sur la vie politique calédonienne. Plutôt que d’assumer un accord difficile mais constructif, certains préfèrent faire pression sur les leurs, isoler les modérés, désigner des traîtres dans leur propre camp. La cible n’est plus l’État : la cible, c’est le Palika, l’UPM, l’UNI.
Le FLNKS post-accord : un cartel radicalisé
En réalité, ce qui reste du FLNKS sous la houlette de l’Union calédonienne ne représente plus qu’une frange radicale du mouvement indépendantiste : le M.O.I, le Parti Travailliste, l’USTKE. Des composantes qui ont fait de la conflictualité un moteur, et de la tension une méthode.
Le projet politique s’efface au profit de stratégies d’usure. On bloque, on critique, on accuse, mais on ne propose plus rien. Ce n’est plus un mouvement pour l’indépendance : c’est un syndicat de déstabilisation, qui a compris qu’agiter la rue permettait d’exister davantage que d’écrire un texte de compromis.
Et surtout, il ne faut pas que les Calédoniens votent sereinement en février. Il faut que le climat soit empoisonné, que les clivages s’exacerbent, que les modérés soient intimidés. Car un vote apaisé ferait tomber les masques.
Le paradoxe est là : ceux qui crient au “joug colonial” sont ceux qui refusent le destin commun. Ceux qui disent vouloir la souveraineté sont incapables de dialoguer avec leur propre camp. Ceux qui ont signé un accord veulent désormais le faire tomber… à coups de slogans.
Mais la population, elle, ne s’y trompe pas. Elle attend qu’on lui parle d’avenir, pas d’arrière-garde. Elle attend qu’on reconstruise, pas qu’on divise.
Le FLNKS est à la croisée des chemins. Il peut assumer la responsabilité historique de bâtir un pays avec tous, ou sombrer dans le ressentiment minoritaire.
S’il choisit la seconde voie, le peuple calédonien choisira sans lui.