J’ai commencé ma journée avec l’impression que tout le monde avait une urgence à gérer.
Puis j’ai compris que c’était juste moi.
J’ai ouvert la radio.
J’ai entendu « mission de facilitateurs ».
J’ai pensé : « encore trois experts qui vont expliquer aux gens ce qu’ils vivent déjà ».
J’ai laissé tourner.
On a parlé de l’accord de Bougival.
On a parlé de convergence.
On a parlé de consultation anticipée.
On n’a pas parlé de ce que ça changeait pour moi.
Du coup, j’ai continué à boire mon café.
Ensuite, j’ai entendu qu’un logiciel pouvait planter à cause du Soleil.
J’ai jeté un œil à mon A320 miniature sur l’étagère.
J’ai regardé le ciel.
J’ai attendu que le Soleil réponde.
Il n’a rien dit.
Aircalin a annulé un vol.
Moi, j’ai annulé mon optimisme.
J’ai appris qu’un grand chef kanak était mort au Vanuatu.
J’ai trouvé ça triste.
Je n’ai rien dit.
Parce que parfois, le silence, c’est la seule phrase correcte.
Puis on a parlé d’un général blanchi par la justice.
J’ai pensé que « blanchi », c’était un mot trop propre pour une affaire trop sale.
On a aussi parlé d’une autre enquête.
J’ai compris que les dossiers ne meurent jamais vraiment.
Contrairement aux réputations.
Après, il y a eu un contrôle routier à Nouville.
J’ai entendu « délit de fuite ».
J’ai entendu « garde à vue ».
J’ai entendu « alcool ».
J’ai pensé que les samedis matin étaient vraiment surcotés.
On a parlé de pompiers.
De portes ouvertes.
D’enfants qui disent « je veux sauver des vies ».
J’ai trouvé ça mignon.
J’ai trouvé ça précieux.
J’ai trouvé ça loin de tout le reste.
Puis c’était l’histoire du musée.
Des collections.
Des anciens qui transmettent aux jeunes.
J’ai pensé qu’on devrait faire pareil en politique.
On ne le fait pas.
J’ai compris pourquoi ça n’avance pas.
Ensuite, on a parlé climat.
Conférences.
Stands.
Documentaires.
J’ai pensé qu’on allait sauver la planète un dimanche par an.
C’était ironique.
Mais bon, je n’ai rien dit.
On a enchaîné avec l’Avent.
La préparation du cœur.
J’ai regardé mon cœur.
Il n’était pas prêt.
Il n’avait même pas commencé.
Puis quelqu’un, quelque part, a gagné 178 millions d’euros.
J’ai regardé mon compte.
Il n’avait pas changé.
J’ai soupiré.
C’est devenu mon sport préféré.
Ensuite, on a parlé d’un cambriolage du Louvre.
J’ai pensé que voler l’art, c’était voler un pays.
J’ai aussi pensé que voler l’État, c’était voler tout le monde.
Mais bon, je parle tout seul.
Puis l’Ukraine.
Puis l’Indonésie.
Puis les Tonga et la Chine.
J’ai senti ma journée devenir géopolitique.
Je n’avais pas demandé ça.
Heureusement, le sport est arrivé.
Suzanne Wajoka a mis dix buts sur dix tirs.
J’ai souri.
Enfin une performance où personne ne discutait le résultat.
Ensuite il y a eu le foot, le rugby, la F1.
Je n’ai rien retenu, sauf « Max Verstappen sixième ».
J’ai cru que c’était une blague.
Ce n’était pas une blague.
Et pour finir, un run & bike.
Un vélo, deux personnes, treize kilomètres.
J’ai pensé : « ils sont fous ».
Puis : « ils sont en forme ».
Puis : « moi, non ».
J’ai refermé la radio.
J’ai regardé ma journée.
J’ai compris que j’avais surtout écouté celle des autres.
La mienne n’avait pas commencé.
La mienne n’allait peut-être pas commencer.
Bref.

















