SEGUR santé : les pros libéraux crient à la trahison !

Le ton est ferme. La Fédération des professionnels libéraux de santé (FPLS) accuse le gouvernement de trahir l’esprit du Ségur de la santé annoncé pour la fin mars.
Au cœur de la crise : la réforme du RUAMM, la question du conventionnement et l’examen d’un texte structurant devant le Congrès de la Nouvelle-Calédonie.
Un déficit massif qui impose des décisions
Les chiffres sont connus et incontestables. Le déficit du RUAMM a atteint 9 milliards de francs en 2025.
Objectif affiché par le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie : ramener ce déficit à 5,8 milliards en 2026.
Pour y parvenir, un vaste plan de réformes budgétaires, sociales et fiscales a été voté le 14 août 2025 par le Congrès.
Dans sa continuité, un avant-projet de loi du pays a été adopté le 25 février par le gouvernement.
Intitulé « Des économies sur les dépenses de santé pour permettre à la Nouvelle-Calédonie de rééquilibrer ses finances publiques », ce texte fixe un cadre général.
Les modalités précises doivent être définies ultérieurement par des textes d’application.
Le communiqué officiel insiste : ces modalités seront précisées « après concertation avec les acteurs concernés ».
Sur le papier, la méthode semble équilibrée. Dans les faits, la FPLS évoque un profond malaise.
La FPLS dénonce un simulacre de co-construction
Dans une lettre ouverte rendue publique le 2 mars, la FPLS dit sa stupéfaction.
Elle rappelle qu’un Ségur de la santé a été annoncé comme une démarche de dialogue et de co-construction.
Pourtant, selon elle, des décisions structurantes concernant le RUAMM et le conventionnement ont été communiquées sans information préalable des professions concernées.
Son président, Patrice Gauthier, déclare que ces annonces actent « des orientations structurantes sans qu’aucune discussion préalable n’ait eu lieu ».
La Fédération affirme avoir étudié le texte en commission santé. Elle dit avoir formulé des remarques précises. Elle assure avoir proposé de travailler rapidement avec les élus.
Mais, selon ses représentants, ces propositions seraient restées lettre morte.
La découverte, par voie de presse, de l’examen de la DMOSS au Congrès a cristallisé les tensions.
Pour la FPLS, un texte dont le contenu final n’est pas connu des professionnels ne peut être soumis au vote.
Elle affirme avoir contacté l’ensemble des membres du Congrès pour demander la suspension de l’examen ou le renvoi du texte.
Ce n’est plus, selon elle, un simple problème de communication. C’est une méthode qui fragilise la confiance.
Conventionnement : flou juridique et inquiétudes concrètes
Autre point sensible : le chapitre consacré aux « dispositifs conventionnels applicables aux professions de santé ».
La FPLS évoque des contenus flous et des conséquences potentiellement lourdes.
Question centrale : que signifie exactement le mot « conventionnement » ?
S’agit-il d’un conventionnement avec la Cafat ? Ou d’un conventionnement de régulation territoriale soumis à la Commission territoriale ?
Derrière ces termes techniques se cachent des implications concrètes : accès aux soins, installation des praticiens, organisation territoriale de l’offre médicale.
La Fédération souligne que les professionnels sont prêts à participer à l’effort collectif. Elle reconnaît la gravité de la situation financière.
Mais elle refuse d’être placée devant le fait accompli.
Pour elle, la concertation ne peut commencer une fois les principes déjà arrêtés. La co-construction ne peut intervenir après les arbitrages.
Dans un système de santé fragilisé, la stabilité et la lisibilité sont essentielles.
Le gouvernement assume une ligne de responsabilité budgétaire face à un déficit historique.
Les professionnels, eux, réclament du respect institutionnel et une véritable association aux décisions.
Au-delà des postures, une réalité demeure : la réforme du RUAMM est incontournable.
Reste à savoir si elle se fera dans l’unité ou dans la défiance.
Car, dans une Nouvelle-Calédonie en quête d’équilibre financier, l’autorité politique doit s’exercer.
Mais elle ne peut durablement ignorer ceux qui assurent, chaque jour, la mise en œuvre concrète des politiques de santé.

