EPLP déboutée : la campagne était finie

Le 3 mars 2026, le juge des référés du tribunal administratif a estimé qu’« il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins de suspension et d’injonction sous astreinte présentées par l’association EPLP ». En clair : la campagne était terminée. Le recours n’avait plus d’objet. Une décision procédurale, mais lourde de sens dans un contexte de forte tension autour du risque requin à Nouméa.
Une campagne express après l’attaque mortelle
Le 23 février 2026, la présidente de l’assemblée de la province Sud a signé un arrêté relançant une campagne de capture et d’euthanasie des requins-tigres et des requins-bouledogues, après l’attaque mortelle d’un wingfoileur.
Dès le 24 février, la ville de Nouméa a mis en œuvre l’opération en mer. L’arrêté autorisait initialement la commune à mener la campagne jusqu’au 4 mars.
Mais quelques jours après le lancement, la province Sud a modifié le texte : la date de fin a finalement été fixée au 27 février à minuit.
Selon l’ordonnance du tribunal, l’avocat de la commune de Nouméa a indiqué que cette modification :
résulte de la nécessité de le mettre en cohérence avec l’arrêté interdisant la baignade jusqu’au 4 mars 2026, le temps que les effets de la mise en œuvre de la campagne aient cessé.
Concrètement, la campagne a duré quatre jours effectifs.
Une opération encadrée et des chiffres précis
D’après le communiqué conjoint de la province Sud et de la ville de Nouméa en date du 3 mars 2026, la campagne de prélèvements post-attaque mortelle s’est achevée le vendredi 27 février.
Elle a été menée avec le concours de la Direction de la Sécurité civile et de la Gestion des risques, de la Direction des Affaires maritimes, du Port autonome et de la brigade nautique de la Gendarmerie nationale.
Au total, dix requins de grande taille ont été prélevés en seulement quatre jours : neuf requins-tigres et un requin-bouledogue, mesurant entre 2,80 mètres et 4,20 mètres.
Les captures ont été réalisées dans la bande des 300 mètres comprise entre le Rocher à la Voile et la Côte Blanche.
Les autorités indiquent que :
cette action, par ses résultats, confirme la nécessité de renforcer les mesures de protection des usagers de la mer.
La baignade et les activités nautiques sont restées interdites sur l’ensemble des plages de Nouméa, ainsi qu’à l’île aux Canards et à l’îlot Maître, jusqu’au mercredi 4 mars inclus.
À l’issue de cette période dite « de sauvegarde », la baignade est conseillée prioritairement dans les zones protégées. Les activités nautiques peuvent reprendre à compter du jeudi 5 mars, toujours « aux risques et périls des usagers ».
La province Sud et la ville de Nouméa appellent chacune à faire preuve de la plus grande prudence.
Pourquoi le tribunal administratif n’a pas statué
L’association EPLP avait saisi le juge des référés pour demander la suspension de l’exécution de l’arrêté du 23 février 2026.
Elle sollicitait également une injonction sous astreinte de 200 000 francs CFP par jour de retard.
Mais, au moment où le juge a statué, le 3 mars, la campagne était achevée depuis le 27 février à minuit.
Le tribunal a conclu que les conclusions de l’association « avaient perdu leur objet ».
En droit administratif, lorsqu’un acte contesté a cessé de produire effet et qu’aucune mesure concrète ne peut plus être suspendue, le juge des référés peut décider qu’il n’y a plus lieu de statuer.
C’est exactement la situation dans ce dossier : la campagne de capture étant terminée, il n’existait plus de mesure en cours à suspendre.
Le tribunal ne s’est donc pas prononcé sur la légalité de l’arrêté du 23 février. Il n’a pas non plus statué sur la demande d’astreinte financière.
Il s’agit d’une décision strictement procédurale. Le calendrier a rendu le recours sans effet.
Sécurité des usagers : une ligne assumée
Ce dossier révèle la tension persistante entre impératif de protection des usagers et contestations associatives.
Après une attaque mortelle, les autorités locales ont choisi une réponse rapide et ciblée, limitée dans le temps et géographiquement encadrée.
Les faits sont établis : une campagne de quatre jours, dix requins prélevés, une interdiction temporaire des activités nautiques et un recours devenu sans objet.
Dans un contexte où la sécurité en mer est devenue une préoccupation majeure, la province Sud et la ville de Nouméa ont assumé une ligne claire : agir d’abord pour protéger les Calédoniens.
Le tribunal administratif, lui, n’a ni validé ni censuré l’opération. Il a simplement constaté une évidence juridique : au moment de juger, tout était déjà terminé.


