L’Union nationale pour l’indépendance (UNI) avance à contre-courant d’un climat politique de plus en plus tendu. Réunie en coordination samedi 13 décembre à Téné, dans la commune de Bourail, la coalition indépendantiste a clairement assumé une position favorable à l’accord de Bougival, tout en reconnaissant des interrogations sur le fond et sur les modalités. Une posture qui tranche avec la ligne dure désormais portée par le nouveau FLNKS et qui expose l’UNI à des tensions internes, notamment au sein du Palika, pilier historique du mouvement.
Cette orientation n’est ni un reniement ni une rupture doctrinale. Elle s’inscrit dans une continuité stratégique revendiquée depuis près de trente ans par l’UNI : refuser le face-à-face stérile, privilégier l’ouverture politique et rechercher un chemin praticable vers la souveraineté, en partenariat avec la France. Un positionnement assumé, mais risqué.
Une ligne modérée qui met le Palika sous tension
Le choix de soutenir l’accord de Bougival agit comme un révélateur des fractures internes du camp indépendantiste. Au sein du Palika, des figures historiques peinent à suivre cette inflexion stratégique. Plusieurs cadres expriment des réticences profondes, redoutant une dilution idéologique et une remise en cause des fondamentaux du combat indépendantiste.
Cette hésitation nourrit un malaise réel. En interne, certains parlent d’un parti qui « traîne des quatre pieds », au risque d’une scission politique entre une ligne pragmatique et une autre plus radicale, fidèle à une lecture maximaliste de la souveraineté. Sans déclaration officielle de rupture, le fossé stratégique est désormais visible.
Pour l’UNI, le constat est clair : après quarante années de débats binaires et de postures idéologiques figées, le processus stagne, voire régresse. Comme l’a résumé Jean-Pierre Djaïwé, président du groupe UNI au Congrès, les positions radicales sont politiquement confortables, mais inefficaces. Aller vers les autres, à l’inverse, impose des compromis, mais ouvre des perspectives concrètes de construction nationale.
Une « démarche citoyenne » revendiquée et structurée
Au cœur de la stratégie de l’UNI se trouve la démarche citoyenne, initiée par Paul Néaoutyine dès 1995, lorsqu’il présidait le FLNKS. À l’époque, cette approche n’avait pas trouvé d’écho auprès des autres composantes du Front. Depuis, elle s’est durablement enracinée à la province Nord, où l’UNI exerce des responsabilités depuis six mandatures.
Aujourd’hui, l’objectif est clair : organiser, structurer et rendre visible cette démarche à l’échelle du pays. L’UNI ne cherche pas à devenir un parti politique classique, jugé trop rigide et trop vertical. Elle entend rester une organisation ouverte, capable de rassembler des citoyens non encartés autour d’un projet politique lisible.
Concrètement, la coordination de Bourail a acté le renforcement de la CSU (cellule stratégique de l’UNI), créée initialement pour préparer le référendum de 2018. Chaque composante – Palika, Unid, UPM – est désormais appelée à investir le terrain communal, à structurer le suivi politique local et à promouvoir la démarche UNI dans la perspective des prochaines échéances électorales.
Victor Tutugoro, président de l’UPM, l’a rappelé sans détour : il est demandé aux composantes de s’organiser dans chaque commune, en particulier à l’approche des municipales. L’objectif est aussi d’influencer la constitution des listes électorales, avec, autant que possible, des listes clairement identifiées UNI.
Les municipales, juge de paix de la stratégie UNI
Le véritable test de cette ligne modératrice ne se jouera pas dans les congrès militants, mais dans les urnes. Les élections municipales à venir constitueront un moment de vérité pour l’UNI. Ce sont les électeurs indépendantistes eux-mêmes qui trancheront l’efficacité ou l’échec de cette stratégie d’ouverture.
Dans un contexte économique et social particulièrement critique, marqué par la crise du pouvoir d’achat, la fragilisation du tissu productif et une défiance croissante envers les institutions, l’UNI parie sur une aspiration silencieuse à la stabilité et à la responsabilité politique.
L’organisation n’exclut pas le dialogue avec d’autres forces politiques, y compris hors du camp indépendantiste. Des échanges existent avec l’Éveil océanien ou Calédonie ensemble, sans arrière-pensée tacticienne affichée. L’objectif reste constant : l’accession à la pleine souveraineté, mais dans un cadre ordonné, progressif et assumé.
Charles Washetine, porte-parole du Palika, l’a formulé clairement : sortir des rapports coloniaux avec la France suppose un travail commun en vue de l’émergence d’une nation souveraine dans le Pacifique. Une vision qui rompt avec la logique de confrontation permanente et qui assume la complexité du réel.
À l’heure où le FLNKS se radicalise et où le pays traverse une zone de fortes turbulences, l’UNI fait un pari politique audacieux : celui de la modération, de l’organisation et du verdict démocratique. Un pari risqué, mais assumé, qui pourrait redessiner durablement le paysage indépendantiste calédonien.


















