Quand la parole se libère sans limites, c’est l’État de droit qui vacille.
En Nouvelle-Calédonie, la lutte contre la haine en ligne s’impose désormais comme un enjeu républicain majeur.
Liberté d’expression : un pilier républicain encadré par la loi
La liberté d’expression est l’un des fondements de notre République. Elle garantit à chacun le droit d’exprimer ses opinions, de débattre, de critiquer et de contester. Sans elle, aucune démocratie digne de ce nom ne peut exister. Mais, contrairement à ce que certains prétendent sur les réseaux sociaux, ce droit n’a jamais été absolu.
Le Haut-commissariat de la République en Nouvelle-Calédonie l’a rappelé avec clarté : cette liberté fondamentale ne saurait être détournée pour attaquer, menacer ou humilier celles et ceux dont les opinions déplaisent. L’anonymat numérique, la viralité des plateformes et la culture de l’invective ne transforment pas l’insulte en opinion, ni la haine en débat.
La loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République s’inscrit précisément dans cette logique : protéger la liberté tout en sanctionnant ses abus. Elle vise à lutter contre la diffusion de contenus haineux, discriminatoires ou appelant à la violence sur les plateformes numériques. Une loi de fermeté, assumée, face à des dérives devenues trop fréquentes.
Le message de l’État est sans ambiguïté : la République protège la parole libre, pas la violence verbale.
Réseaux sociaux : quand la dérive devient pénale
Le Haut-commissaire de la République a rappelé les risques juridiques très concrets liés à la diffusion de messages haineux en ligne. Les faits sont clairs, les textes aussi.
Les auteurs de contenus discriminatoires, incitant à la haine ou appelant à la violence, s’exposent à des poursuites pénales. Mais la responsabilité ne s’arrête pas là. Les administrateurs de pages publiques sur les réseaux sociaux peuvent également être poursuivis s’ils laissent circuler de tels contenus sans les modérer ou les supprimer.
Internet n’est pas une zone de non-droit. Publier sur un réseau social, c’est s’exprimer publiquement. Et la loi s’y applique pleinement. En vertu de l’article 40 du Code de procédure pénale, le Haut-commissaire prendra ses responsabilités et saisira automatiquement le Procureur de la République en cas de constatation de contenus illicites.
Un premier signalement a d’ailleurs déjà été effectué. Un acte fort, qui marque un tournant : l’État ne détournera plus le regard face aux dérives numériques.
Chaque internaute est également appelé à jouer son rôle. Tout citoyen peut signaler un contenu haineux afin de préserver l’ordre public numérique. La liberté d’expression implique une responsabilité collective.
Insultes, diffamation et responsabilité politique : l’alerte de l’UNI
Dans ce contexte, le communiqué de l’Union nationale pour l’indépendance (UNI) résonne comme un rappel salutaire. Le mouvement souligne un principe trop souvent piétiné : critiquer est un droit, insulter ne l’est pas.
Depuis plusieurs semaines, l’UNI observe une multiplication de propos injurieux visant des élus et des personnalités publiques, notamment issues de ses rangs. Ces attaques ne relèvent plus du débat démocratique. Elles prennent la forme de propos agressifs, humiliants, parfois haineux, diffusés massivement sur les réseaux sociaux.
Derrière l’écran, certains se croient tout permis. Ils confondent contestation politique et acharnement personnel, critique d’idées et destruction de réputations. Or la loi du 29 juillet 1881 est très claire : la diffamation consiste à imputer un fait précis portant atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne. Lorsqu’elle vise un élu, elle devient une infraction aggravée.
L’UNI le rappelle avec fermeté : ces propos, jetés gratuitement, n’apportent aucune contribution au débat public ni à la construction de l’avenir du pays. Pire, ils alimentent un climat de défiance, découragent l’engagement et fragilisent la démocratie.
Respecter les élus, ce n’est pas les sanctuariser. C’est préserver le cadre républicain dans lequel la confrontation des idées reste possible, ferme, mais loyale.
Derrière chaque responsable public, il y a aussi des familles, des enfants, des proches exposés indirectement à la violence verbale. La banalisation de l’injure numérique a un coût humain réel, souvent passé sous silence par les donneurs de leçons autoproclamés.
En Nouvelle-Calédonie comme ailleurs, le rappel est nécessaire : la liberté d’expression n’est pas la liberté de nuire. La démocratie exige du courage, de la responsabilité et du respect. Sans cela, elle se dissout dans le vacarme numérique.



















