Ils avaient promis de ne pas pénaliser davantage les territoires déjà à genoux.
Sur les émeutes, l’exécutif recule finalement sur une taxe aveugle et change de cap.
Une surprime généralisée abandonnée face au risque d’injustice
Dans le cadre du projet de budget 2026, le gouvernement avait initialement envisagé une mesure radicale : imposer une surprime de 5 % sur l’ensemble des contrats d’assurance, auto comme habitation, afin de financer les dégâts matériels causés par les émeutes. Une logique de mutualisation totale, indifférenciée, qui faisait peser le même effort financier sur tous les assurés, qu’ils vivent dans une zone paisible ou dans un territoire ravagé par les violences.
Cette option, portée par un amendement gouvernemental, prévoyait même une contribution minimale de 2 % sur certains contrats, sur le modèle du Fonds de garantie des victimes. Rapidement, les critiques sont montées, y compris dans les rangs des assureurs, mais aussi chez les élus locaux. En ligne de mire : une pénalisation mécanique des ménages et des entreprises, dans un contexte déjà marqué par l’inflation, la crise du pouvoir d’achat et les conséquences économiques des troubles.
Vendredi 23 janvier dernier, Bercy a confirmé à l’AFP, après des révélations des Échos, que cette piste était finalement abandonnée. L’exécutif reconnaît implicitement que cette solution manquait de ciblage et risquait d’alourdir inutilement la facture pour des millions de Français n’ayant jamais subi d’émeutes. Un recul stratégique, mais aussi politique.
Un « fonds émeutes » piloté par l’État et financé par les assureurs
À la place de cette surprime uniforme, le gouvernement privilégie désormais la création d’un « fonds émeutes », un dispositif présenté comme plus proportionné et plus efficace. Ce fonds serait abondé par les assureurs, sur une base volontaire, et confié à un organisme public central : la Caisse centrale de réassurance.
L’objectif affiché est clair : recentrer la mutualisation des risques sur les territoires et les acteurs réellement exposés aux violences. Concrètement, ce fonds doit permettre de renforcer la couverture des collectivités locales et des entreprises situées dans les zones les plus touchées par les émeutes, sans faire porter l’effort sur l’ensemble des assurés français.
Le gouvernement a souhaité recentrer le financement pour plus de proportionnalité et d’efficacité, explique Bercy.
Une formule technocratique qui traduit un changement de philosophie : abandonner la logique punitive globale au profit d’un mécanisme ciblé, plus conforme à une gestion responsable des deniers privés et publics.
Ce choix s’inscrit dans le volet « dépenses » du budget 2026, que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, entend faire adopter à nouveau via l’article 49.3. Une méthode contestée, mais assumée par l’exécutif au nom de la stabilité budgétaire et de la rapidité d’action.
Une bouffée d’air assumée pour la Nouvelle-Calédonie
Pour la Nouvelle-Calédonie, cette inflexion est tout sauf anodine. Le territoire avait été frappé par les émeutes du 13 mai 2024, avec des dégâts considérables sur les commerces, les entreprises et les infrastructures publiques. Dans ce contexte, une surprime généralisée aurait constitué une double peine : payer pour les violences, puis payer encore via l’augmentation automatique des primes.
Bercy ne s’en cache pas :
cet abandon permet une bouffée d’air pour la Nouvelle-Calédonie.
En renonçant à la taxe aveugle, l’État évite une hausse mécanique des coûts d’assurance pour des acteurs économiques déjà fragilisés et envoie un signal politique clair : la solidarité ne doit pas se transformer en punition collective.
Certes, le gouvernement reconnaît que l’impact sur certains contrats d’assurance ne peut être totalement exclu si les assureurs décident de répercuter leur contribution au fonds. Mais la différence est de taille : il ne s’agit plus d’une obligation légale uniforme, mais d’un mécanisme ciblé, modulable et, théoriquement, ajusté à la réalité des risques.
Dans un climat où les territoires ultramarins dénoncent régulièrement l’aveuglement parisien, cette décision marque une rupture : moins d’idéologie fiscale, plus de pragmatisme budgétaire. Pour la Nouvelle-Calédonie, engagée dans une phase de reconstruction économique et sociale encore fragile, l’abandon de la surprime apparaît comme un soutien concret, loin des discours compassionnels sans effet.
À l’heure où l’État cherche à restaurer l’ordre sans asphyxier l’économie, le choix du fonds émeutes traduit une ligne plus ferme et plus réaliste : faire payer les dégâts là où ils existent, sans affaiblir ceux qui tiennent encore debout.


















