Terres coutumières : le pari économique de la CPME-NC

Alors que la question du développement économique des terres coutumières s’impose comme un enjeu majeur pour l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, les travaux de la Mission interministérielle pour la Nouvelle-Calédonie (MINC) entrent dans une phase concrète.
Lors d’une nouvelle séance du groupe de travail n°4, la CPME Nouvelle-Calédonie a présenté plusieurs orientations visant à encourager l’activité économique tout en respectant strictement les principes fondamentaux du droit coutumier, qui encadrent près d’un tiers du foncier du territoire.
Développer l’économie sans toucher au statut des terres
Dans son document de travail présenté au groupe GT4, la CPME-NC insiste sur un principe fondamental : le développement économique en terres coutumières doit impérativement respecter les règles coutumières existantes.
Le texte rappelle que le vocabulaire lui-même peut être interprété différemment selon les cultures et que certaines notions économiques occidentales ne correspondent pas toujours aux référentiels kanak.
C’est pourquoi les auteurs du document considèrent que la notion de « développement » doit être abordée avec prudence.
En effet, le développement d’un territoire ne se limite pas à la croissance économique, mais peut aussi englober des dimensions sociales, culturelles et environnementales propres aux communautés concernées.
Dans cet esprit, la CPME-NC propose une approche pragmatique : construire des outils permettant aux projets économiques d’émerger sans remettre en cause le statut foncier coutumier.
Autrement dit, il ne s’agit pas de transformer les terres coutumières en terrains commerciaux, mais plutôt de faciliter les initiatives locales tout en consolidant les structures coutumières existantes.
Les GDPL au cœur du dispositif économique
Un acteur central apparaît dans cette réflexion : les Groupements de droit particulier local (GDPL).
Ces structures juridiques, créées pour gérer collectivement les terres coutumières, jouent déjà un rôle important dans certains projets agricoles, touristiques ou miniers.
Pour la CPME-NC, les GDPL pourraient devenir un levier majeur du développement économique local, à condition d’être accompagnés et structurés.
Le document présenté au groupe de travail propose ainsi une véritable boîte à outils opérationnelle destinée à faciliter la mise en place de projets économiques sur ces terres.
L’idée est simple : sécuriser juridiquement les initiatives tout en respectant les décisions coutumières.
Cela pourrait passer par :
• des mécanismes d’accompagnement des porteurs de projets
• des dispositifs de formation et d’ingénierie économique
• un renforcement des capacités de gestion des GDPL
• une meilleure coordination entre acteurs coutumiers et institutions publiques
Dans cette logique, l’économie locale doit s’appuyer sur les structures existantes plutôt que les contourner.
Une phase d’expérimentation désormais envisagée
Lors de cette réunion du Groupe de travail n°4, la Mission interministérielle a annoncé le lancement de trois ateliers thématiques et de trois projets pilotes.
Ces expérimentations doivent permettre de tester concrètement différentes pistes de développement économique sur terres coutumières.
La CPME-NC a demandé que son document de travail soit officiellement intégré aux réflexions du groupe, afin qu’il puisse servir de base à certaines expérimentations.
L’objectif est clair : passer du débat théorique à des solutions opérationnelles sur le terrain.
Dans un territoire où le chômage reste élevé et où l’économie demeure fragile, le potentiel économique des terres coutumières représente un enjeu majeur pour l’avenir.
Mais ce potentiel ne pourra être exploité qu’à une condition : construire un modèle compatible avec les structures coutumières et accepté par les populations concernées.
Lors des échanges, une formule résumait parfaitement cette philosophie :
Ce que la terre génère retourne à la terre.
Une manière de rappeler que, dans la culture kanak, la terre n’est pas un simple actif économique, mais un élément fondamental de l’identité collective.
Pour les acteurs économiques comme pour les institutions, le défi consiste donc à concilier développement et respect des équilibres traditionnels.
Un exercice d’équilibriste, mais probablement l’un des dossiers les plus déterminants pour l’avenir économique de la Nouvelle-Calédonie.

