Guerre en Iran : la menace des mines plane sur le détroit d’Ormuz

ANALYSE. Trois navires ont été touchés, ce mercredi 11 mars, dans le détroit d’Ormuz. Les renseignements américains soupçonnent l’Iran d’y avoir posé des mines, faisant planer une menace directe sur l’une des routes pétrolières les plus vitales du globe.
Nicolas Cuoco 11/03/2026

Au total, trois navires commerciaux ont été touchés mercredi 11 mars dans la région. AFP / © ROYAL THAI NAVY
Rarement un passage maritime aura autant retenu l’attention. Le détroit d’Ormuz, situé entre l’Iran et Oman, ne mesure que 40 kilomètres à son point le plus étroit. Mais derrière cette étroitesse géographique se cache une importance économique majeure. Ultra-stratégique, il voit transiter chaque jour plus de 20 % de la consommation mondiale de pétrole.
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À proximité immédiate de l’Arabie saoudite, du Qatar et de l’Irak, le détroit constitue également un passage incontournable pour le gaz naturel liquéfié : près d’un cinquième de la consommation mondiale circule par ce chenal. Dans ces conditions, mieux vaut que la circulation des navires de commerce soit fluide. « La perturbation de la voie navigable entraîne des retards importants dans la livraison mondiale de pétrole, ce qui a un effet immédiat sur les prix », note un économiste, qui qualifie ce passage de « pouvoir de dissuasion » comparable à une arme nucléaire. Actuellement, quelque 3 000 navires sont bloqués dans le secteur.
Face à une situation militaire délicate et une marine incapable d’inverser le cours de la guerre, l’Iran pourrait être tenté de se tourner vers une stratégie éprouvée depuis la Première Guerre mondiale : le minage maritime. « C’est le moyen le plus efficace et le moins onéreux », assure une source militaire au JDD. Les premiers signaux inquiétants semblent déjà apparaître. Ce mercredi 11 mars, un navire de transport thaïlandais a pris feu dans le détroit d’Ormuz après que sa coque aurait heurté un objet non identifié. Vingt membres d’équipage ont dû évacuer le bâtiment en urgence, sans faire de blessés. Au total, trois navires commerciaux ont été touchés ce même jour dans la région.
Vers une technique iranienne plus discrète ?
Alors que les services de renseignement américains soupçonnent désormais Téhéran d’avoir commencé à poser des mines dans le passage, Washington hausse le ton. Donald Trump a prévenu : « Si pour une raison quelconque, des mines ont été posées et qu’elles ne sont pas retirées immédiatement, les conséquences militaires pour l’Iran seront sans précédent. » La menace intervient alors que, la veille, les États-Unis ont annoncé avoir détruit seize bateaux iraniens soupçonnés de servir à la pose d’engins explosifs.
L’Iran disposerait d’un stock compris entre 2 000 et 6 000 mines marines
Malgré ces frappes, les capacités iraniennes resteraient largement intactes. Au 11 mars, le pays disposerait encore de 80 à 90 % de ses petites embarcations et navires capables de poser des mines. Selon les informations de CBS News, chacun de ces bâtiments peut déposer entre deux et trois mines sur les fonds marins. Christophe Gomart, ancien patron du renseignement militaire français, expliquait récemment au JDNews que la mise en place de ces bombes flottantes reste une opération délicate, qui expose notamment les navires iraniens.
Pour limiter ce risque, Téhéran pourrait recourir à une technique plus discrète. « Il y a une solution qui consiste à les faire dériver », explique l’eurodéputé. Une méthode d’autant plus redoutable que ces engins deviennent particulièrement difficiles à repérer lorsque la mer est agitée et que leur parcours évolue selon les courants. Ces mines flottantes représentent un danger majeur pour les navires de commerce en raison de leur taille et de leur inertie. En effet, les pétroliers et cargos n’ont pas la capacité de manœuvrer suffisamment rapidement pour éviter ce type de menace.
Globalement, les mollahs disposent de mines « à orin », des mines de contact qui n’explosent qu’au moment où la coque d’un navire les percute. Ils possèdent également des mines dites « à influence », bien plus dangereuses, chargées de 200 à 300 kg d’explosifs. Lorsqu’elles explosent sous un navire, la déflagration peut littéralement briser la coque et le couper en deux. Selon plusieurs estimations américaines, l’Iran disposerait d’un stock compris entre 2 000 et 6 000 mines marines. Un déploiement massif constituerait une menace extrême pour la navigation commerciale dans la région et pourrait, à terme, paralyser totalement l’acheminement du pétrole à travers le détroit.
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Pour certains observateurs militaires, cette stratégie s’inscrirait dans une logique de confrontation asymétrique. « Vu le différentiel énorme de moyens entre ce que les Américains déploient et ce dont disposent les Iraniens, ces derniers utiliseront tout ce qui est à leur disposition », affirme un officier français. Et de poursuivre : « Comme on le voit depuis le début de la guerre, la stratégie iranienne de riposte vise clairement à générer un chaos. »
Un minage du détroit d’Ormuz pourrait également avoir des conséquences immédiates sur les marchés énergétiques mondiaux, alors que les premiers effets de la guerre se font sentir : ce mercredi 11 mars, le cours du Brent s’établit à 92 dollars le baril. Avant le début du conflit, le 27 février, il évoluait encore autour de 72 dollars.
