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Lazare Ponticelli : la mort du dernier poilu français

12 mars 2026 à 12:00
5 min de lecture
Lazare Ponticelli : la mort du dernier poilu français
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Deux siècles d’histoire tenaient encore debout dans une petite maison du Kremlin-Bicêtre.
Avec la mort de Lazare Ponticelli en 2008, la France a perdu le dernier témoin vivant de l’enfer de 14-18.

Un immigré pauvre devenu soldat par gratitude pour la France

Le 12 mars 2008 s’éteint au Kremlin-Bicêtre Lazare Ponticelli, à l’âge de 110 ans.
Avec lui disparaît le dernier ancien combattant français de la Première Guerre mondiale, ultime survivant parmi les 8,5 millions de soldats mobilisés entre 1914 et 1918.

Sa disparition marque un tournant historique.
Pour la première fois depuis un siècle, plus aucun témoin direct de la Grande Guerre n’est encore en vie en France.

L’histoire de Lazare Ponticelli est pourtant tout sauf ordinaire.

Né le 7 décembre 1897 à Bettola, dans la région italienne d’Émilie-Romagne, il grandit dans une famille extrêmement pauvre.
Très jeune, la misère frappe durement la fratrie : un frère puis son père meurent en 1903.

Sa mère quitte alors la famille, laissant les enfants livrés à eux-mêmes.

À seulement 9 ans, le jeune Lazare décide de rejoindre ses frères partis chercher du travail en France.
Seul, sans argent et sans parler un mot de français, il prend le train pour Paris.

Il arrive à la gare de Lyon, où il passe plusieurs jours dans la salle des pas perdus.

Le destin d'un enfant immigré parmi tant d’autres au début du XXᵉ siècle.

Recueilli par une famille italienne, il commence à travailler très tôt.
Ramoneur, crieur de journaux, ouvrier : il accepte tous les petits boulots pour survivre.

Mais la France va bientôt devenir pour lui bien plus qu’un refuge.

En août 1914, la guerre éclate en Europe. Lazare Ponticelli n’a que 16 ans. Pourtant, il décide immédiatement de s’engager.

Il triche sur son âge pour rejoindre la Légion étrangère, expliquant plus tard son geste par une phrase restée célèbre :

J’ai voulu défendre la France parce qu’elle m’avait donné à manger.

Pour cet enfant immigré devenu adolescent ouvrier, servir la France était une manière de dire merci.

L’enfer des tranchées et la fraternité des soldats

Après une courte formation, le jeune légionnaire est envoyé au front. Il découvre rapidement la brutalité de la guerre moderne.

Les premières offensives de 1914 sont particulièrement meurtrières. En quelques semaines, son régiment perd près d’un quart de ses effectifs. Les soldats manquent de munitions, l’organisation est chaotique et les combats sont violents.

Ponticelli participe aux batailles de Soissons, Vitry-le-François et dans l’Argonne. Comme des millions de soldats, il creuse ensuite les premières tranchées d’un conflit qui s’enlise. Les combats deviennent une guerre d’usure. Lazare Ponticelli racontera toute sa vie les scènes qui l’ont marqué.

Un jour, dans le no man’s land, il voit un soldat blessé qui hurle à l’aide. Sous les tirs, il décide malgré tout de sortir de sa tranchée.

En chemin, il croise un soldat allemand blessé. L’homme lui montre deux doigts. Ponticelli comprend qu’il a deux enfants.

Il décide de l’aider et le ramène vers les lignes allemandes avant de revenir chercher le soldat français.

Ce geste simple résume toute l’ambiguïté de cette guerre.

Car comme il le dira plus tard :

Je tire sur toi mais je ne te connais même pas.

En 1915, lorsque l’Italie rejoint les Alliés, les soldats italiens de la Légion étrangère sont rappelés sous leur drapeau. Ponticelli proteste. Il veut continuer à combattre pour la France. Mais il est contraint de rejoindre l’armée italienne. Il se retrouve alors dans les Alpes, face aux troupes austro-hongroises.

Là aussi, la guerre révèle parfois des moments de fraternité inattendus. Pendant plusieurs semaines, les soldats des deux camps échangent du tabac et du pain entre les lignes.

Personne ne tire. Une trêve officieuse qui scandalise les états-majors. Les unités sont rapidement déplacées. En 1916, Ponticelli participe à de violents combats dans les montagnes. Blessé par des éclats d’obus au visage, il est opéré sans anesthésie.

Il survivra pourtant à toute la guerre.

En 1918, il apprend l’Armistice sur le front italien. Comme tant d’autres soldats, il lève les bras au ciel.

La guerre est enfin terminée. Mais elle laissera chez lui une conviction profonde :

La guerre est un fléau.

Le dernier témoin d’une génération sacrifiée

Après la guerre, Lazare Ponticelli revient vivre en France. Avec ses frères, il crée une entreprise de ramonage et de chaudronnerie.

Cette petite société familiale deviendra plus tard le groupe Ponticelli, aujourd’hui acteur international des travaux industriels. Marié en 1923 avec une Française, il aura trois enfants.

Il obtient finalement la nationalité française en 1939, à la veille de la Seconde Guerre mondiale.

Un symbole pour celui qui avait voulu défendre la France vingt-cinq ans plus tôt.

Pendant des décennies, pourtant, il parle très peu de la guerre.

Comme beaucoup d’anciens combattants, le silence domine. Ce n’est que très tard dans sa vie qu’il accepte de témoigner.

Dans les écoles, lors des cérémonies du 11-Novembre, il raconte l’expérience des soldats. Chaque année, il se rend à pied au monument aux morts du Kremlin-Bicêtre.

Il répète toujours la même chose aux jeunes générations :

Aux enfants, je leur dis : ne faites pas la guerre.

En janvier 2008, la mort de Louis de Cazenave fait de lui le dernier poilu français vivant.

Un statut qu’il accepte avec modestie. Lorsqu’on lui propose des obsèques nationales, il refuse d’abord.

Il explique pourquoi :

Ce n’est pas juste d’attendre le dernier poilu. Les autres aussi se sont battus.

Finalement, il accepte. Mais à une condition. Que l’hommage ne soit pas rendu pour lui seul.

« Pas pour moi, pour tous les autres. »

Le 17 mars 2008, une cérémonie nationale est organisée aux Invalides.

Le président de la République Nicolas Sarkozy, l’ancien président Jacques Chirac et de nombreuses autorités françaises et italiennes sont présents.

La France rend alors hommage à toute une génération sacrifiée.

Celle des poilus. Ces millions de soldats qui ont combattu dans la boue des tranchées pour défendre leur pays. Avec la disparition de Lazare Ponticelli, la Grande Guerre bascule définitivement dans l’histoire.

Mais son parcours rappelle une vérité essentielle. La France s’est aussi construite grâce à ceux qui l’ont choisie. Un enfant immigré devenu soldat par gratitude. Un survivant qui n’a jamais oublié ses camarades tombés. Et qui, jusqu’à son dernier souffle, répétait simplement :

Si je meurs, tu penseras à moi.

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