Il faut oser le dire : on ne peut pas refuser toutes les tables rondes et dénoncer ensuite l’absence de dialogue.
En politique, la chaise vide n’a jamais construit un pays.
Une stratégie d’obstruction assumée
Le 11 février, à l’Assemblée nationale, le député de la seconde circonscription de Nouvelle-Calédonie, Emmanuel Tjibaou (GDR, FLNKS), a interpellé la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, sur la réforme constitutionnelle concernant l’avenir institutionnel du territoire.
Dans son intervention, il a dénoncé un calendrier parlementaire qu’il qualifie de « mortifère », estimant qu’il « enferme le législateur dans une contrainte extrême ». Il a également critiqué les accords de Bougival et leur complément d’Élysée-Oudinot, considérant qu’ils écartent l’indépendance et rompent avec « toute ambition de faire peuple ».
Pourtant, les faits sont connus : cinq forces politiques sur six ont accepté de participer aux discussions engagées par l’État. La sixième a choisi de ne pas s’y rendre. On ne peut pas réclamer le dialogue tout en refusant d’y participer. On ne peut pas dénoncer un compromis que l’on a décidé de ne pas construire.
Lors de son intervention, Emmanuel Tjibaou a rappelé que la commission mixte paritaire, réunie lors de l’examen de la proposition de loi organique sur le report des élections provinciales, avait choisi de reporter le scrutin afin de permettre la poursuite des discussions. Il reproche désormais à l’exécutif d’avoir retenu une autre trajectoire.
Mais une question demeure : le problème vient-il réellement du calendrier ou du refus de reconnaître un cadre commun de discussion ?
Accord de Nouméa : entre mémoire et instrumentalisation
Le député indépendantiste affirme que l’orientation actuelle conduirait à un « démantèlement de l’accord de Nouméa » et à l’abandon de la perspective de décolonisation prévue par ce texte.
Il estime que « l’indépendance est écartée » et que la « souveraineté n’est jamais évoquée ». Il dénonce également une « hyperprovincialisation » qui, selon lui, fragiliserait l’unité du pays.
Ces déclarations s’inscrivent dans une ligne constante : la revendication du projet Kanaky comme seule issue politique acceptable. Pas de compromis, pas de trajectoire partagée, pas de solution intermédiaire.
Or, la réforme constitutionnelle actuellement examinée s’inscrit dans un processus institutionnel validé par le Parlement. Les reports successifs du troisième référendum d’autodétermination comme des élections provinciales ont déjà marqué un calendrier politique fortement contraint.
Le député a rappelé que la demande de report du troisième référendum avait été refusée, tandis qu’un nouveau report des provinciales serait aujourd’hui proposé. « Il faut être sérieux », a-t-il déclaré.
Mais la cohérence du discours interroge : refuser un scrutin, puis dénoncer le report d’un autre, est-ce une ligne politique ou une posture ?
Représentation nationale et responsabilité locale
Au-delà des débats institutionnels, une autre question se pose : celle de la représentation effective des électeurs de la seconde circonscription.
Les données publiques de l’Assemblée nationale indiquent un taux de participation aux votes solennels de 49 % pour Emmanuel Tjibaou, ce qui le place parmi les députés les moins assidus de l’hémicycle.
Ces chiffres, vérifiables sur le site de l’Assemblée nationale, alimentent le débat sur l’engagement parlementaire. La démocratie représentative exige présence, travail et constance.
Dans le même temps, les problématiques locales vie chère, insécurité, situation sociale dans le Grand Nouméa, en dehors de la commune de Nouméa demeurent au cœur des préoccupations quotidiennes des habitants.
À l’Assemblée, Emmanuel Tjibaou a affirmé que « ce n’est pas aux parlementaires de régler le consensus à la place de l’exécutif et des Calédoniens ». Il a demandé à la ministre si elle comptait maintenir ce calendrier ou « proposer une véritable voie de sortie capable de rétablir le dialogue ».
La formule est forte. Mais elle renvoie à une réalité institutionnelle : le Parlement vote les lois, y compris constitutionnelles. Refuser de participer à certaines discussions tout en contestant ensuite le processus parlementaire crée une tension politique assumée.
La réforme constitutionnelle sur la Nouvelle-Calédonie, plusieurs fois reportée, revient désormais au cœur du débat national. Elle sera examinée dans les prochains jours.
Dans ce contexte, une ligne se dessine clairement : celle d’une opposition frontale aux accords de Bougival et Élysée-Oudinot, et à tout calendrier qui ne placerait pas l’indépendance au centre.
Le débat démocratique est légitime. La critique politique aussi. Mais la chaise vide ne construit pas l’avenir d’un territoire.

















