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Drones, missiles, lanceurs : quelle est la résilience de l'Iran face à la guerre ?

11 mars 2026 à 09:02
5 min de lecture
Drones, missiles, lanceurs : quelle est la résilience de l'Iran face à la guerre ?
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ANALYSE. Plus de dix jours après le début de la guerre au Moyen-Orient, Téhéran poursuit ses frappes dans la région, mais le rythme des tirs de missiles ralentit nettement. En parallèle, les attaques de drones iraniens se multiplient.

Nicolas Cuoco 10/03/2026

Un système de défense aérienne israélien intercepte un barrage de missiles balistiques lancés depuis l'Iran vers le centre d'Israël lors de l'attaque de missiles.

Un système de défense aérienne israélien intercepte un barrage de missiles balistiques lancés depuis l'Iran. © Eli Basri/SOPA/SIPA

C’est la question qui est sur toutes les lèvres : combien de temps l’Iran va-t-il pouvoir continuer à riposter ? Depuis les frappes israélo-américaines qui ont conduit à la mort d’Ali Khamenei le 28 février, Téhéran a choisi une posture offensive pour venger son Guide suprême, avec plus de 700 missiles tirés en direction d’Israël et des pays du Golfe. Mais la cadence diminue de jour en jour : les États-Unis et Israël assurent que la riposte iranienne s’essouffle.

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Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 350 missiles le premier jour, 170 le deuxième puis 120 le troisième. Comment expliquer cette baisse rapide ? « Tout simplement parce qu’ils disposent de moins de missiles », répond cash l’eurodéputé LR Christophe Gomart, alors que, selon l’armée américaine, les tirs de missiles ont chuté de 86 % par rapport aux premiers jours du conflit.

L’ancien directeur du renseignement militaire (2013-2017) avance aussi une autre hypothèse : la disparition du Guide suprême aurait désorganisé la chaîne de commandement. « Dans ce type de situation, les échelons intermédiaires peuvent hésiter à prendre des décisions, soit par manque d’instructions, soit par prudence », analyse-t-il. Un élément semble accréditer cette hypothèse : les frappes ont repris avec intensité vers Israël quelques heures seulement après la désignation du nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei, le 8 mars.

Les lanceurs de missiles pourraient manquer

Reste une inconnue majeure : l’état réel des stocks iraniens. Un proche de la ministre des Armées confiait au JDD il y a quelques jours qu’il était difficile d’estimer le nombre de missiles balistiques encore disponibles, même si une « évaluation classifiée était réalisée pour avoir un œil » sur les capacités du régime des mollahs. La France a-t-elle vraiment la capacité de connaître le volume de missiles restants ? « À l’époque où j’étais en fonction, la Direction du renseignement militaire suivait les capacités balistiques, tandis que la DGSE était davantage chargée des questions de prolifération et d’enrichissement nucléaire. Des estimations existaient bien sûr », détaille Christophe Gomart.

D’après plusieurs spécialistes, l’Iran posséderait encore plus de 1 500 missiles balistiques de différentes portées. Mais la question ne se limite pas au nombre de projectiles. « Malgré des stocks encore importants, ce qui compte ce sont d’abord les lanceurs plus que les missiles. À chaque fois qu’un lanceur sortait pour envoyer un missile, il était frappé ensuite par les Israéliens ou les Américains », ajoute Dominique Trinquand, ancien chef de la mission militaire française auprès de l’Onu à New York.

« Téhéran est un acteur majeur en matière de fabrication de drone »

Dès les premiers jours de leur offensive, Israël et les États-Unis ont d’ailleurs ciblé en priorité les infrastructures de lancement iraniennes. Jérusalem affirmait ainsi, mercredi 4 mars, avoir « neutralisé environ 300 lanceurs de missiles balistiques » de Téhéran. Si les tirs iraniens sont aujourd’hui moins nombreux, c’est aussi parce que les Gardiens de la révolution anticipent un conflit long. Ainsi, de facto, pour rester menaçant, le pays doit gérer au mieux son stock de missiles.

Si les lanceurs et les missiles semblent s’amenuiser, Téhéran paraît s’être réorganisé pour continuer à se battre, rapporte le Wall Street Journal. Avec une marine et une aviation qui sont largement obsolètes, les drones infligent en revanche de sérieux dégâts aux pays voisins de l’Iran. Aux Émirats arabes unis, les autorités affirment encore observer entre 120 et 150 drones kamikazes iraniens par jour au-dessus de leur territoire. « Cela fait une dizaine d’années que Téhéran est un acteur majeur en matière de fabrication de drone. Faut-il rappeler que le pays des mollahs en exporte à la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine ? » demande Christophe Gomart.

Capacités de productions clandestines

Selon les experts, l’Iran disposerait encore de milliers de drones Shahed. Des petites usines souterraines, réparties dans le pays, seraient capables d’en fabriquer jusqu’à cinquante unités par jour. « Comme beaucoup d’acteurs de la région – que ce soit le Hamas, le Hezbollah ou d’autres proxies – ils ont largement enterré leurs infrastructures pour les protéger à la fois de la surveillance et des frappes », explique Christophe Gomart. Ces infrastructures invisibles et les capacités de productions clandestines apportent une inconnue supplémentaire quant à la capacité de l’Iran à tenir sur le long terme.

Aujourd’hui élu au Parlement européen, l’ancien général poursuit : « Les drones posent d’ailleurs un problème particulier. On pourrait même se demander s’ils ne sont pas parfois plus efficaces que les missiles. Les systèmes de défense comme les Patriot ou les dispositifs israéliens sont généralement très performants contre les missiles balistiques. En revanche, les drones sont plus difficiles à traiter. »

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Autre effet provoqué par ces drones : la saturation, une méthode déjà utilisée par la Russie en Ukraine. « En envoyant un grand nombre de drones simultanément, ils saturent les défenses aériennes. Certaines cibles finissent alors par passer à travers et atteindre leur objectif », relate Christophe Gomart. La défense contre ces appareils est d’autant plus complexe que, pour frapper les pays du Golfe, ils traversent la mer. « Ils peuvent voler au ras de l’eau, ce qui évite une détection radar », ajoute Dominique Trinquand. Or la défense antiaérienne des pays du Moyen-Orient est principalement conçue pour intercepter des missiles.

Dans ces conditions, l’Iran pourrait continuer à frapper encore plusieurs semaines. D’autant que, du côté israélien et américain, les stocks de missiles antiaériens – extrêmement coûteux – diminuent eux aussi rapidement. Une situation qui inquiète déjà Washington. Donald Trump a ainsi averti que ses armées pourraient manquer « d’armes de pointe » dans les prochains jours.

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