Élizabeth Rivière en roue libre

Vous aimez Singapour ? Alors vous allez aimer le Mont-Dore d'Élizabeth Rivière.
Il y a des défaites électorales qui appellent à la lucidité. D’autres semblent, au contraire, précipiter leurs auteurs dans une fuite en avant. Au Mont-Dore, la séquence politique actuelle relève clairement de cette seconde catégorie.
Avec quinze points de retard au premier tour face à Nina Julier, Élisabeth Rivière, maire sortante et candidate à sa propre succession, aborde l’entre-deux-tours en position de faiblesse. Mais au lieu d’un recentrage sur les priorités concrètes des habitants, c’est une campagne qui semble basculer dans l’irréel qui s’impose.
Des promesses spectaculaires, mais hors de portée
La dernière vidéo de campagne d’Élisabeth Rivière en est une illustration frappante. Au-delà d’une qualité d’image approximative, c’est surtout le contenu qui interpelle.
La candidate y évoque la création d’un téléphérique de plusieurs kilomètres pour relier les hauteurs du Mont-Dore, avec l’installation d’un restaurant panoramique en crête. Sur le papier, l’idée peut séduire. Mais la réalité économique est implacable : avec un coût estimé entre 3 et 5 milliards de francs CFP par kilomètre, un tel projet représenterait rapidement un investissement de 15 à 20 milliards de francs CFP, voire davantage.

Dans le même temps, une grande marina au large est également annoncée, accompagnée de zones de restauration et de loisirs. Une vision qui évoque davantage des métropoles asiatiques que la réalité budgétaire et économique du Mont-Dore.

On ne parle plus ici de projets structurants, mais de projections déconnectées de toute contrainte financière.

Un décalage total avec la situation du territoire
Le contraste avec la réalité calédonienne est saisissant. La Nouvelle-Calédonie traverse une crise économique profonde. Les incertitudes sur le financement des régimes sociaux, sur l’avenir des retraites et sur la reconstruction après les événements de mai 2024 sont omniprésentes.
Dans ce contexte, annoncer des projets à plusieurs dizaines de milliards de francs CFP pose une question simple : avec quels moyens ?
Le Mont-Dore, comme l’ensemble des collectivités, doit aujourd’hui faire face à des arbitrages budgétaires complexes. Les priorités sont connues : sécurité, cohésion sociale, relance économique. Rien, dans ces annonces, ne semble répondre à ces urgences.
Des alliances politiques devenues illisibles
À cette dérive programmatique s’ajoute une recomposition politique qui interroge profondément.
Calédonie ensemble a construit toute sa stratégie politique depuis quinze ans sur l’opposition au Rassemblement, érigé en adversaire principal. Cet antagonisme a structuré des années de débats, de campagnes et de positionnements.
Aujourd’hui, dans une manœuvre difficilement compréhensible, la candidate de Calédonie ensemble au Mont-Dore choisit de rejoindre la liste d’Élisabeth Rivière.
Ce type d’alliance ne relève plus du compromis politique classique. Il donne le sentiment d’une logique purement opportuniste, où la cohérence idéologique disparaît au profit de calculs à court terme.
Pour beaucoup d’électeurs, le message est clair : les lignes politiques deviennent secondaires face à la préservation de positions ou d’intérêts.
Une perte de repères et de crédibilité
Cette séquence politique renvoie une image préoccupante. Celle d’une campagne sans cap, où les annonces spectaculaires tentent de masquer un affaiblissement réel, et où les alliances se font au mépris des engagements passés.
Les électeurs, eux, ne sont pas dupes. Ils observent, comparent, et comprennent les contradictions.
Dans une période aussi exigeante, marquée par des tensions économiques et sociales fortes, ils attendent des responsables politiques de la clarté, de la cohérence et du sérieux.
Une fin de campagne sous tension
À quelques jours du second tour, une impression domine : celle d’une campagne en perte de contrôle.
Le Mont-Dore n’a pas besoin de promesses irréalisables ni de projets démesurés. Il a besoin d’une vision crédible, adaptée à ses moyens et à ses réalités.
En l’état, la stratégie d’Élisabeth Rivière donne le sentiment d’une fuite en avant. Une campagne qui s’éloigne du terrain, qui accumule les incohérences et qui, à force de vouloir impressionner, finit par perdre en crédibilité.
À force de brouiller les repères et de multiplier les annonces irréalistes, c’est la confiance même des électeurs qui se retrouve fragilisée.

