Maré : la gendarmerie face aux violences, une mobilisation inédite

À Tadine, sur l’île de Maré, la prévention a pris une forme concrète, directe, presque brute. Le 3 avril 2026, la gendarmerie a organisé une journée dédiée aux violences intrafamiliales, aux violences sexuelles et aux addictions. Un sujet sensible, traité sans détour, avec un objectif clair : aller au contact de la population pour briser les silences et renforcer la confiance.
Une mobilisation locale forte autour d’un sujet sensible
Plus de 200 personnes ont répondu présentes. Chefs de clans, autorités coutumières, représentants associatifs, collégiens et habitants des tribus ont fait le déplacement. Un signal fort dans un territoire où ces questions restent parfois difficiles à aborder publiquement.
Il est essentiel de parler de ces réalités pour mieux les combattre, ont rappelé les organisateurs.
La présence conjointe des autorités coutumières et des institutions traduit une volonté assumée de travailler ensemble, sans opposition de légitimité. Dans un contexte calédonien marqué par des tensions sociales persistantes, cette initiative s’inscrit dans une stratégie de terrain : prévenir plutôt que subir.
Le théâtre comme outil de sensibilisation
Pour aborder ces sujets complexes, la gendarmerie a fait le choix d’un outil inattendu mais redoutablement efficace : le théâtre. Le metteur en scène Wenic Bearune et sa troupe ont interprété plusieurs scènes de la pièce « Où est le droit » de Pierre Gope. Une approche immersive, qui permet de mettre des mots et des images sur des situations souvent tues.
Le théâtre permet de faire passer des messages sans frontalité, mais avec force, ont souligné plusieurs participants.
Après chaque représentation, des échanges ont été organisés avec le public. Ces moments de dialogue ont permis de lever certaines incompréhensions et de rappeler le rôle de la justice et des forces de l’ordre.
Justice et coutume : un équilibre assumé
Au cœur des discussions, une idée forte a émergé : la complémentarité entre la justice de l’État et la coutume.
La justice de l’État et la Coutume ne se contredisent pas. L’une apporte la règle, l’autre apporte le sens, a-t-il été rappelé lors des échanges.
Un message essentiel dans un territoire où ces deux systèmes coexistent. L’objectif est clair : éviter les oppositions stériles et construire une réponse commune face aux violences. Cette approche pragmatique vise à renforcer l’efficacité des actions de prévention, en s’appuyant sur les relais locaux et les autorités reconnues.
Une stratégie de terrain assumée par la gendarmerie
Cette journée s’inscrit dans une démarche plus large portée par la gendarmerie : aller vers les populations, plutôt que d’attendre les signalements. Une logique proactive, qui cherche à instaurer un climat de confiance durable.
Aller vers, c’est créer du lien et prévenir les situations avant qu’elles ne dégénèrent, rappellent les forces de l’ordre.
Une approche particulièrement pertinente dans les zones insulaires, où la proximité humaine joue un rôle central. La collaboration avec la mairie de Maré, la Province des îles, les services sociaux et la justice renforce cette dynamique collective. Le déjeuner partagé entre les partenaires a d’ailleurs permis de consolider ces liens, au-delà du cadre institutionnel.
À Maré, cette journée de prévention a montré qu’il est possible d’aborder les sujets les plus sensibles sans détour, à condition de réunir les bons acteurs et de parler un langage commun. Entre théâtre, dialogue et engagement de terrain, la gendarmerie pose les bases d’une prévention plus humaine, plus proche, et sans doute plus efficace.
@la gendarmerie de nouvelle-calédonie
