Province Sud : pourquoi arriver en tête ne suffit pas à présider

Le 28 juin, les électeurs de la province Sud désigneront les 40 conseillers de leur assemblée. Mais ce ne sont pas eux qui choisiront directement le président de la collectivité. Celui-ci sera élu quelques jours plus tard par les 40 élus eux-mêmes, selon une mécanique qui peut réserver des surprises. Explications.
Deux scrutins en un
Le vote du 28 juin est un scrutin de liste à la proportionnelle. Il répartit les 40 sièges de l'Assemblée de la province Sud entre les listes ayant franchi le seuil de 5 % des inscrits. Une liste arrivée largement en tête peut ainsi obtenir une vingtaine de sièges, sans pour autant disposer de la majorité.
Car la présidence de la province, elle, se joue dans un second temps. Lors de sa première séance, l'assemblée nouvellement élue se réunit sous la présidence de son doyen d'âge, assisté des deux plus jeunes élus. C'est à ce moment, et entre eux seuls, que les 40 conseillers élisent leur président pour toute la durée du mandat.
La règle des trois tours
Le mode d'élection est fixé par la loi organique de 1999. Le président est élu à la majorité absolue des membres de l'assemblée lors des deux premiers tours de scrutin. Sur 40 sièges, cela signifie qu'il faut réunir au moins 21 voix.
Si aucun candidat n'atteint ce seuil au bout de deux tours, un troisième tour est organisé. Et là, la règle change : la majorité relative suffit. Autrement dit, le candidat qui obtient le plus de voix l'emporte, même sans atteindre 21.
Dernière subtilité, et non des moindres : en cas d'égalité des voix au troisième tour, l'élection est acquise au bénéfice de l'âge. Le plus âgé des deux candidats à égalité devient président.
C'est cette mécanique qui fait qu'une liste arrivée en tête en nombre de sièges peut, en théorie, se voir privée de la présidence si elle ne parvient pas à réunir une majorité de 21 élus derrière son candidat.
Ce qui s'est passé en 2019
Le précédent de 2019 illustre l'importance des reports de voix. Cette année-là, la liste L'Avenir en confiance, conduite par Sonia Backès, était arrivée largement en tête avec 20 sièges sur 40. Mais 20 ne suffisaient pas : il en fallait 21 pour la majorité absolue.
L'assemblée se répartissait ainsi : 20 élus pour L'Avenir en confiance, 9 pour Calédonie ensemble, 7 pour le FLNKS et 4 pour un nouveau venu, L'Éveil océanien. Au premier tour de l'élection du président, trois candidats étaient en lice : Sonia Backès, qui réunit ses 20 voix ; Roch Wamytan (FLNKS), 7 voix ; et Milakulo Tukumuli (Éveil océanien), 4 voix. Calédonie ensemble, qui n'avait pas présenté de candidat, vota blanc - neuf bulletins. Aucun candidat n'atteignant 21, un second tour fut organisé.
C'est là que tout s'est joué. Au second tour, Milakulo Tukumuli retira sa candidature. Restaient Sonia Backès et Roch Wamytan. La tête de liste de L'Avenir en confiance fut élue avec 23 voix - ses 20 élus, plus le report de l'Éveil océanien (moins un élu) - contre 7 à Roch Wamytan, et toujours 9 bulletins blancs.
L'épisode montre qu'une liste arrivée largement en tête a tout de même eu besoin d'un appoint pour franchir la barre des 21. Sans le report de l'Éveil océanien, Sonia Backès serait restée à 20, et l'issue aurait pu être différente. On notera d'ailleurs que ce même Éveil océanien, quelques jours plus tard, apporta au Congrès ses voix à l'indépendantiste Roch Wamytan pour la présidence de l'institution : une illustration du rôle de charnière que peuvent jouer les formations dites centristes, penchant d'un côté ou de l'autre selon les scrutins.
L'enjeu de 2026
À trois semaines du scrutin, la configuration de la prochaine assemblée reste inconnue. Mais le mécanisme, lui, est immuable. Si le 28 juin au soir aucune liste ni aucune coalition annoncée ne dispose d'emblée de 21 sièges, alors la présidence de la province Sud se jouera, comme en 2019, dans les tractations de la semaine suivante.
Dans cette hypothèse, le rôle des listes intermédiaires - celles qui auront franchi le seuil sans appartenir aux deux grands blocs - devient déterminant. Leur choix de s'allier d'un côté ou de l'autre, ou de s'abstenir, peut faire basculer la présidence. Et si deux candidats devaient se retrouver à égalité au troisième tour, c'est l'âge qui les départagerait.
Autrement dit : le 28 juin désignera les 40 élus. Mais le nom du président de la province Sud, lui, pourrait ne se décider que plusieurs jours plus tard - et dépendre autant des alliances que du verdict des urnes.

