Concerts, jeu vidéo, maillots de foot : la méta-campagne présidentielle de LFI

GRAMSCISME. Après un premier meeting d’ampleur à Saint-Denis au début du mois, le parti mélenchoniste se démarque en relançant la bataille culturelle dans ce début de course à l'Élysée.
Lucas Planavergne 18/06/2026

Des militants insoumis lors du meeting de Saint-Denis, le 7 juin. © Adnan Farzat/NurPhoto via AFP
Kulturr, 2L, Dinaa, Malawitte, Leo SVR, Emily Tante, Zwoin… Ces artistes dont les noms ne vous disent sans doute rien devaient être rassemblés dimanche 21 juin, place de la République à Paris, pour une série de « concerts antiracistes » gratuits à l’occasion de la Fête de la musique. L’organisateur de ce mini-festival n’est autre que La France insoumise, qui accapare de 18h à minuit son traditionnel lieu de manifestation pour mener sa campagne « sur le front culturel », peut-on lire dans un communiqué.
Le maire socialiste de Paris Centre, Ariel Weil, s’est empressé de dénoncer une « récupération », tandis que la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a appelé à ne pas « politiser » l’événement créé par Jack Lang. Ce jeudi, la préfecture de police de Paris a finalement décidé d’interdire le rassemblement, évoquant des risques de troubles à l’ordre public. « Un scandale démocratique grave en période électorale », fustige LFI, qui a déposé un recours devant le tribunal administratif.
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Au fond, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon applique la vieille recette du marxiste italien Antonio Gramsci : avant de remporter les élections, il faut labourer le terrain des idées et gagner la guerre métapolitique. « On a toujours considéré que le numérique était aussi un lieu de bataille politique », rappelle le député Antoine Léaument, initiateur de la stratégie 2.0 du parti, au micro de France Info.
Comme en 2017 avec « Fiscal Kombat », la formation de gauche radicale propose ainsi un nouveau mini-jeu vidéo nommé « LFI-Clicker ». L’objectif est simple : « cliquer sans relâche » pour glaner des militants et des votes afin de remporter le scrutin présidentiel. En plus de mobiliser les troupes de façon amusante, l’opération permet de recueillir des données en ligne précieuses pour la future propagande électorale.
Un business lucratif
À l’image des tongs UMP en 2007 ou des mugs « Bah Voyons ! » de Reconquête en 2022, l’état-major insoumis a également annoncé la commercialisation de goodies, notamment des affiches, T-shirts et badges aux slogans très offensifs (« La police réprime la jeunesse », « Stop au génocide à Gaza »…). Mais sur le site internet « Matériel Action Populaire », le produit phare de la collection printemps-été de LFI est bel et bien le maillot « Mélenchon 27 », qui cible les fans de ballon rond en pleine Coupe du monde en Amérique. Vendu 25 euros l’unité, il s’est écoulé à plus de 4 000 exemplaires en quelques heures – un restockage a depuis eu lieu.
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Un succès qui illustre le potentiel commercial du « merchandising » insoumis, devenu une source de financement non négligeable pour la campagne. Même les opposants à LFI peinent à critiquer l’idée. « C’est fort. Pendant qu’eux déroulent, notre camp n’avance pas et s’enfonce dans la nullité », déplore un élu socialiste. « Ce sont les meilleurs de la classe politique dans cette “séquence foot” », reconnaît, amer, un jeune communicant de droite.
Certains pointent toutefois le lieu de fabrication – en Pologne – des maillots, qui ne colle pas vraiment à la ligne pro-relocalisation industrielle défendue par le mouvement. D’autant que certaines entreprises tricolores, à l’instar du Maillot Français dans les Pyrénées-Orientales, auraient été en mesure d’assurer une production 100 % locale dans des délais comparables…

