Le marché de l'emploi reste en crise

Dans une économie encore sous tension, certains indicateurs cessent enfin de plonger. Mais derrière les chiffres, la réalité sociale reste brutale.
La Nouvelle-Calédonie sort lentement du choc de 2024, sans pour autant retrouver son souffle d’avant-crise.
Un marché de l’intérim durablement affaibli depuis 2024
Le constat est sans appel : l’intérim continue de reculer en 2025, pour la deuxième année consécutive, confirmant l’ampleur du choc économique provoqué par les exactions de mai 2024. Selon les données de l’ISEE, le nombre d’intérimaires chute encore de 21,5 %, après une baisse déjà massive de 30,5 % en 2024.
En deux ans, ce sont plus de 1 500 travailleurs qui ont disparu des effectifs de l’intérim, soit un effondrement de plus de la moitié des emplois concernés. Le nombre d’entreprises utilisatrices suit la même trajectoire, avec une baisse de 28,2 %en 2025, pour atteindre seulement 288 entreprises.
Le recul est d’autant plus frappant qu’il touche tous les secteurs sans exception : industrie, construction, commerce et services sont concernés. Le BTP, historiquement principal employeur d’intérimaires, enregistre même la chute la plus spectaculaire, avec des effectifs divisés par trois en deux ans.
Le poids de l’intérim dans l’économie calédonienne s’effondre également. Il ne représente plus que 2,5 % de l’emploi salarié en 2025, contre 4,2 % en 2023. Un indicateur révélateur d’un marché du travail figé, où les entreprises hésitent à recruter, même pour des besoins temporaires.
Dans ce contexte, difficile de parler d’une véritable reprise. La réalité reste celle d’un marché profondément fragilisé, encore très éloigné de son niveau d’avant-crise.
Des signes de stabilisation plus que de véritable reprise
Pour autant, certains indicateurs évoluent dans une direction plus favorable. Le volume d’heures travaillées progresse de 30,9 % en 2025, permettant à l’emploi intérimaire d’atteindre 229 équivalents temps plein (ETP). Le nombre de missions, lui, se stabilise autour de 7 900, après l’effondrement observé en 2024.
À première vue, ces chiffres pourraient laisser penser que la reprise est engagée. En réalité, ils traduisent surtout une adaptation des entreprises.
Face aux incertitudes économiques, les employeurs concentrent davantage le travail sur un nombre réduit d’intérimaires. Ils font appel aux mêmes salariés plus fréquemment et pour des missions plus longues, plutôt que d’élargir leurs recrutements.
Le nombre moyen de missions par intérimaire augmente ainsi sensiblement, tandis que la part de ceux qui travaillent tout au long de l’année progresse. L’activité repart progressivement, mais cette amélioration ne s’accompagne pas encore d’une création significative d’emplois.
L’année 2025 montre néanmoins une évolution encourageante au fil des trimestres. Entre le début et la fin de l’année, le nombre d’intérimaires, les missions, les entreprises clientes et le volume d’heures travaillées repartent simultanément à la hausse.
Ces signaux restent toutefois fragiles et demeurent étroitement liés à une conjoncture économique encore marquée par les conséquences durables des violences de 2024.
Une précarité qui touche avant tout les jeunes
Au-delà des statistiques, le profil des intérimaires reflète les fragilités persistantes du marché du travail calédonien.
En 2025, 43 % des intérimaires ont moins de 30 ans, soit près du double de la moyenne observée dans l’ensemble du secteur privé. L’intérim demeure donc une porte d’entrée vers l’emploi pour les plus jeunes, mais aussi une forme de précarité qui les touche particulièrement.
Le secteur reste également très masculin : trois intérimaires sur quatre sont des hommes, conséquence du poids de l’industrie, de la logistique et du BTP.
Les missions concernent principalement la manutention, qui représente à elle seule plus d’un tiers des emplois proposés, devant le transport, le bâtiment et les activités logistiques. Les femmes sont, quant à elles, davantage présentes dans le commerce et les services, illustrant une segmentation toujours marquée du marché du travail.
Autre enseignement : la mobilité professionnelle demeure très limitée. La plupart des intérimaires travaillent pour une seule agence, dans une seule entreprise et souvent dans une seule commune.
Cette faible mobilité reflète les caractéristiques d’un marché de l’emploi restreint, peu diversifié et fortement ancré localement.
Au final, l’évolution de l’intérim constitue un indicateur précieux de l’état de l’économie calédonienne. Les données de 2025 montrent que la chute semble ralentir et que quelques signes d’amélioration apparaissent. Mais ces évolutions demeurent insuffisantes pour compenser l’ampleur des pertes enregistrées depuis 2024.
La reprise existe, mais elle reste progressive, fragile et encore loin de permettre un véritable retour à la normale.
(Crédit photo : site https://www.partnersinterim.nc/)

