Pourquoi les Calédoniens doivent voir La Bataille de Gaulle !

Le diptyque d'Antonin Baudry sur Charles de Gaulle donne envie de rouvrir les Mémoires de guerre. Une chose y frappe, par contraste avec le discours politique actuel : chez de Gaulle, tout est toujours simple, clair, évident.
Dès 1933, dans Vers l'armée de métier, puis en mai 1940, la situation internationale, la défaite, la voie à suivre lui apparaissent avec une limpidité totale. Le mot « évident » revient sans cesse ; « il va de soi » aussi. « Vers l'Orient compliqué, je volais avec des idées simples » : la formule, tirée des Mémoires de guerre, n'exprime pas une perte d'illusions mais la force d'une certitude.
La France, c'est la France. L'État, c'est l'État. Le premier venu dans la rue pouvait énoncer les évidences géopolitiques du moment.
Comparez avec le discours moyen d'aujourd'hui : dérèglement du monde, chaos, complexité infinie, menaces hybrides, multiformes, multichamps. On nous explique désormais que rien n'est simple, qu'il faut se méfier des « solutions faciles ».
Imaginez un président actuel prononçant l'Appel du 18 juin : remerciements aux forces vives, recherche du consensus, pensée pour les familles, appel au dialogue, à l'investissement d'avenir, à la « grande coalition »… De Gaulle, lui, allait droit au but, sans détour rhétorique. C'est cette clarté rude, cette concentration sur l'essentiel, que le diptyque La Bataille de Gaulle remet magnifiquement en scène.
Les Calédoniens ont un rendez-vous particulier avec ce film.
En septembre 1940, la Nouvelle-Calédonie se rallie parmi les premières à la France Libre. Des volontaires de toutes origines - Kanaks, caldoches, tahitiens - forment le Bataillon du Pacifique. Ils quittent le Pacifique pour le désert libyen. À Bir Hakeim, en mai-juin 1942, ils tiennent aux côtés de la 1ère brigade française libre du général Koenig, sous le commandement du lieutenant-colonel Broche, tué le 9 juin en pleine bataille. De Gaulle télégraphie à Koenig :
Sachez et dites à vos troupes que toute la France vous regarde et que vous êtes son orgueil.
Cette page n'est pas un chapitre de manuel. C'est une histoire commune. Le choix calédonien de 1940 incarne la même certitude gaullienne : face à la défaite, face à l'armistice, l'évidence commande de continuer le combat. Pas de débat interminable sur la « complexité » de la situation. On choisit l'honneur, la clarté, la France.
Le film d'Antonin Baudry, avec Simon Abkarian en de Gaulle, rend visible cette épopée - un général inconnu qui refuse la fatalité, qui impose sa « certaine idée de la France » face aux Alliés, aux manœuvres, aux capitulations. Les scènes de bataille, la solitude initiale puis le rassemblement, prennent une résonance particulière sous nos latitudes. Voir Bir Hakeim et l'esprit du Bataillon du Pacifique portés à l'écran, dans une production ambitieuse, c'est honorer ceux qui s'y sont trouvés.
Ce n'est pas seulement un film historique. C'est un rappel salutaire. Dans un monde qui complexifie tout, de Gaulle enseigne que la lucidité consiste souvent à soustraire le superflu pour toucher l'essentiel - une clarté que la Nouvelle-Calédonie, par son histoire et sa position, a souvent pratiquée elle-même.
Aller voir La Bataille de Gaulle, c'est à la fois revivre l'épopée du Bataillon du Pacifique et la grandeur de Bir Hakeim, retrouver la force des idées simples face au brouillard contemporain et surtout transmettre aux plus jeunes la fierté d'avoir contribué, depuis le Pacifique, au redressement de la Patrie.


