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Tribune

Ce que deux cailloux inhabités révèlent d'un pays qui n'a pas d'argent

3 octobre 2026 à 12:30
5 min de lecture
Ce que deux cailloux inhabités révèlent d'un pays qui n'a pas d'argent

Résumé IA

La France et le Vanuatu se disputent les îlots inhabités Matthew et Hunter, le député Nicolas Metzdorf ironisant dans un courrier et le FLNKS protestant, tandis que Louis Mapou privilégie la refondation économique du pays.

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Posté à Nouméa depuis quelques années, on finit par repérer les signes d'une semaine normale. Celle-ci en avait un net : le gouvernement cherchait 37,8 milliards de francs pour payer les soins et les retraites de 2027, et les responsables politiques se disputaient deux îlots volcaniques inhabités à 400 kilomètres au large, sur lesquels personne ne vit, ne cultive et ne pêche à une échelle qui justifierait tant de mots.

Le fil commence à New York. Le 28 septembre, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations unies, l'ambassadeur du Vanuatu, Odo Tevi, redit que Matthew et Hunter appartiennent à son pays, invite la France à accepter la juridiction de la Cour internationale de justice sur ce dossier, et renouvelle son soutien à ce qu'il appelle la décolonisation de « Kanaky-Nouvelle-Calédonie ». Rien de nouveau dans le fond : la France occupe ces rochers depuis les années 1970, le Vanuatu les revendique depuis son indépendance en 1980, et des négociations rouvertes à Port-Vila fin 2025 devaient se poursuivre à Paris cette année. Mais le ton, répété devant l'assemblée du monde, a suffi à relancer le dossier ici.

Le 1er octobre, le député Nicolas Metzdorf répond à sa manière, par un courrier adressé au Premier ministre vanuatais, Jotham Napat, dont l'ironie ne laisse aucune place au doute : il l'adresse au « Condominium des Nouvelles-Hébrides », nom disparu depuis 1980, propose que quelques îles du Vanuatu passent sous bail territorial « pour une durée indéterminée » en échange de l'école gratuite et de soins décents, et signe en trois langues, « Tangkyu tumas, Xièxie ». Pour qui débarque dans ce pays sans en connaître les codes, le genre est reconnaissable entre mille : l'ironie comme arme diplomatique, pratiquée ici avec un sérieux qu'on prendrait ailleurs pour de la provocation gratuite.

La réponse arrive le lendemain matin. Le FLNKS, par la voix de son président Christian Tein, qualifie le courrier de « condescendant, empreint de paternalisme néocolonial », l'adresse choisie d'« offense diplomatique trop grossière », et le député lui-même de tenir un « verbe de petit Blanc afrikaner », avant d'inviter Metzdorf à « se faire soigner ». Dans le même texte, une phrase que peu de commentateurs ont relevée avec le sérieux qu'elle mérite : le FLNKS proclame, « depuis l'accord de Keamu en 2009 », la souveraineté du peuple ni-Vanuatu sur ces îlots. Le même mouvement qui demande des excuses à la France revendique, par ailleurs, d'en céder le territoire à un pays voisin.

En fin d'après-midi, Metzdorf répond sur Facebook, tutoyant Tein et l'appelant « Bichou », refusant toute excuse, rappelant qu'il sortait justement d'une commission des finances à Paris consacrée au « soutien financier à la Nouvelle-Calédonie pour 2027 », et qualifiant les intentions de son interlocuteur de « tentative de coup d'État ».

Ce qui frappe un observateur extérieur, ce n'est pas la violence des mots, commune à bien des querelles politiques ailleurs. C'est leur gratuité. Une lettre, un communiqué, un post Facebook ne coûtent rien à qui les écrit, et rapportent même quelque chose : chacun parle à son camp, dans une langue que son camp comprend. On peut s'écrire ce genre de choses indéfiniment, parce qu'aucune des deux parties n'a, dans l'affaire, un centime à perdre ou à gagner directement.

Le seul enjeu qui, lui, vaudrait réellement de l'argent n'a presque pas été mentionné cette semaine : la zone économique exclusive qui entoure Matthew et Hunter, environ 350 000 kilomètres carrés de pêche, de ressources minérales potentielles et de position stratégique dans le Pacifique. C'est précisément cette zone que le FLNKS, par la voix du même communiqué, propose de céder au Vanuatu au nom d'un accord vieux de dix-sept ans. Dans cette dispute où tout le monde se demande, pour reprendre le mot de Metzdorf, « c’est à qui la terre », la seule réponse concrète apportée cette semaine est : au Vanuatu, si l'on en croit ceux-là mêmes qui réclament des excuses pour la façon dont on en a parlé.

Un troisième texte est passé presque inaperçu ce même vendredi. Louis Mapou, dont le mouvement Unis pour le pays a recueilli 4,13 % des voix en province Sud en juin, a publié un communiqué qui ne parle ni d'îlots ni d'excuses, mais place en premier chantier la refondation du modèle économique calédonien, en partenariat avec la France. Il y note, sans viser personne en particulier, que les seules apparitions récentes du mouvement indépendantiste proviennent « de l'extérieur ». Son texte n'a suscité aucune réaction publique des autres camps.

Pendant ce temps, le calendrier qui décidera réellement de l'avenir financier du pays continue d'avancer sans bruit : ateliers sur l'assurance maladie le 17 octobre, sur les retraites le 20, et des textes à voter avant le 31 décembre.

C'est à ces dates-là, et non à celles des îlots, qu'on saura qui, dans ce pays, trouvera les 37,8 milliards qui manquent.