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Tribune

Jeu, set et match pour Naturel

3 octobre 2026 à 07:00
5 min de lecture
 Jeu, set et match pour Naturel

Résumé IA

Dixit mari a promis six ans aux Dumbéens mais n’en reste que trois, quittant son mandat de maire après son élection au Sénat en 2023. Il s’impose avec des voix indépendantistes, puis quitte le Rassemblement et les Républicains pour les centristes, loin de ses allégeances successives.

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Il jurait fidélité au Rassemblement, à la famille loyaliste, aux Républicains et aux Dumbéens.
Ses propres mots, mis bout à bout, racontent une autre histoire.

Dumbéa, le mandat de six ans qui n'en dura que trois

Tout commence à Dumbéa. Fin 2019, à six mois des municipales, une question agite la deuxième ville du pays : le maire sortant va-t-il, oui ou non, briguer un troisième mandat ?

Georges Naturel finit par se décider. Il repart. Et il demande aux Dumbéens de lui faire confiance pour six ans de plus.

Entre les deux tours, le message est limpide. Il faut se remobiliser, explique-t-il, pour pouvoir « gérer la commune dans les six ans à venir ». Six ans. Pas trois.

Les électeurs le prennent au mot. Il l'emporte avec 56,9 % des suffrages, 5 265 voix et 31 élus sur 39. Le conseil municipal l'installe ensuite pour la mandature 2020-2026.

Trois ans plus tard, il s'en va.

À l'été 2023, le maire explique avoir déjà annoncé que ce mandat serait son dernier. Il précise que, s'il est élu sénateur, la loi l'obligera à quitter son fauteuil de maire, mais qu'il souhaite rester conseiller municipal. Il assure enfin que la feuille de route est établie jusqu'en 2026.

Résumons. On hésite à repartir. On repart quand même. On promet six ans. On en fait trois. Puis on confie la ville à son premier adjoint pour monter à Paris.

Les Dumbéens qui l'avaient porté en 2020 n'avaient pas voté pour un tremplin. Ils avaient voté pour un maire.

Et le malaise ne tarde pas. Cinq élus issus de sa propre liste forment un groupe d'opposition, « Dumbéa, intègre », pour marquer leur désaccord avec sa stratégie aux sénatoriales. Deux autres de ses anciens partisans choisissent de siéger comme non-inscrits. Sept défections dans une majorité qu'il avait lui-même constituée.

« Je suis toujours au Rassemblement »

Reste à comprendre ce qui s'est joué à ces sénatoriales.

Georges Naturel se présente contre Pierre Frogier, le candidat investi par le Rassemblement, son propre parti. Les responsables du mouvement l'appellent à la sagesse et à l'unité. Ils redoutent qu'une division ouvre la voie à un sénateur indépendantiste.

Sa réponse, le 2 juillet 2023 sur NC la 1ère : « Je suis toujours au Rassemblement. Je fais partie de la famille loyaliste. »

Le 24 septembre, l'arithmétique tranche. Georges Naturel est élu dès le premier tour avec 351 voix. Sonia Backès en recueille 225, Pierre Frogier 180. Or le corps électoral non indépendantiste était estimé à 330 grands électeurs. Un dissident qui dépasse à lui seul tout le camp loyaliste, pendant que ses deux concurrents cumulent plus de 400 voix : il n'y a pas de miracle. Il y a un apport extérieur. Sonia Backès le chiffre le soir même à 233 voix indépendantistes.

Au second tour, Robert Xowie, candidat de l'Union calédonienne, passe de 259 à 307 voix et devance Sonia Backès. Georges Naturel, lui, ne donne aucune consigne de vote. Pierre Frogier dénonce par courrier un accord entre les deux vainqueurs.

Trois semaines plus tard, le nouveau sénateur jure encore : « Ma famille politique reste le Rassemblement ». En novembre, le titre de son entretien à DNC change de registre : « Les indépendantistes ne sont plus des adversaires, mais des partenaires ».

Partenaires. Deux mois après une élection que son propre camp attribue à leurs voix.

De LR aux centristes, la dernière escale ?

À Paris, il s'inscrit au groupe Les Républicains. Le parti qu'il vient de faire perdre devient son domicile parlementaire.

En mai 2024, en pleines émeutes, il revendique devant Public Sénat une position claire : celle d'une Nouvelle-Calédonie dans la France. En 2025, il préside le comité de soutien de Bruno Retailleau pour la présidence des Républicains. Il dresse même son bilan avec fierté : « Je suis dans le groupe Les Républicains et la délégation outre-mer. »

Le catalogue des fidélités est complet. Il ne restait qu'à le solder.

En mai 2026, le sénateur confie ne plus se retrouver dans les valeurs d'un Rassemblement qu'il dit connaître depuis quarante ans. Aux provinciales du 28 juin, il figure en troisième position sur la liste de Walles Kotra, alliée à Calédonie ensemble, le parti de Gérard Poadja, ce sortant qu'il avait éliminé en 2023.

Verdict : 3 887 voix, 4,72 %, aucun élu. L'union Loyalistes-Rassemblement, elle, rafle 28 sièges sur 40.

Le voici désormais chez les centristes d'Hervé Marseille, sur les bancs mêmes où siégeait Gérard Poadja.

Faisons le compte. Il promettait six ans aux Dumbéens : il en a fait trois. Il jurait être « toujours au Rassemblement » : il a battu son candidat. Il présidait le comité de soutien de Bruno Retailleau : il quitte le groupe LR. Il revendiquait quarante ans de valeurs communes : il ne s'y retrouve plus.

Chaque serment a été démenti par l'étape suivante. Ce n'est plus une trajectoire. C'est une méthode.

Reste une question que ses électeurs de 2023 sont en droit de se poser. Pour qui siège réellement le sénateur Naturel ? Les grands électeurs indépendantistes qui l'ont porté au premier tour ont sans doute leur petite idée.

À suivre.