Aller au contenu
0%
Au delà du récif

El Niño : aux Fidji et aux Salomon, les producteurs perdent leurs repères

4 octobre 2026 à 15:00
5 min de lecture
El Niño : aux Fidji et aux Salomon, les producteurs perdent leurs repères

Résumé IA

Dans plusieurs États insulaires du Pacifique, les producteurs aquacoles subissent les effets d’un El Niño qui bouleverse leurs repères. Aux îles Salomon, aux Fidji et aux Palaos, algues, tilapias et bénitiers sont menacés par pluies, sécheresses et chaleur, poussant les exploitants à s’adapter.

Aa

Pluies incessantes, sécheresses, chaleur, prolifération d’algues : dans plusieurs États insulaires du Pacifique, les producteurs aquacoles constatent déjà les effets d’un El Niño qui bouleverse leurs repères. Des îles Salomon aux Fidji en passant par les Palaos, les exploitants tentent désormais d’adapter leurs activités à une météo devenue beaucoup plus imprévisible.

Aux îles Salomon, les producteurs d’algues directement touchés

Dans la province occidentale des îles Salomon, Wilfred Luiramo surveille quotidiennement ses cultures d’algues. Mais les conditions météorologiques compliquent considérablement son activité.

Pluies continues, vents forts, variations des températures et modification des marées perturbent la croissance mais également le séchage des algues. Lorsque le soleil disparaît pendant plusieurs jours, les producteurs ne peuvent plus sécher correctement leur récolte avant de la conditionner et de la vendre.

La situation intervient après le passage du cyclone tropical Maila, qui avait déjà détruit les exploitations d’algues de sa communauté en avril. Les producteurs observent également cette année une période de marée basse inhabituellement longue.

Pour Wilfred Luiramo, le constat est désormais clair : « El Niño est déjà là » et les communautés doivent rapidement s’adapter.

Un El Niño 2026-2027 particulièrement puissant

Le phénomène dépasse largement les seules îles Salomon. Selon les informations rapportées dans l’article, El Niño 2026-2027 se renforce rapidement et pourrait devenir un épisode particulièrement intense.

Les températures de surface de l’océan dans le Pacifique équatorial central et oriental auraient dépassé de plus de 2,5 °C les normales durant la première moitié du mois d’août.

Pour les populations insulaires, ces bouleversements ont des conséquences très concrètes. L’agriculture et l’aquaculture reposent largement sur la connaissance des saisons, des précipitations, des températures et des marées. Or, ces repères deviennent de moins en moins fiables.

Des dizaines de millions de dollars d’activité menacés

L’enjeu est également économique. Dans les îles du Pacifique, l’aquaculture générerait entre 130 et 180 millions de dollars américains par an, soit environ 0,5 % du PIB régional.

Aux îles Salomon, la pêche et l’aquaculture représentent à elles seules 7 % du PIB national. Dans certaines communautés comme Wagina, un producteur d’algues peut gagner jusqu’à 1 200 dollars américains par mois, alors que le revenu annuel moyen national est estimé à environ 800 dollars.

Aux Fidji, les producteurs de tilapias peuvent quant à eux générer environ 1 600 dollars américains de revenus bruts par cycle de production, pour près de 700 dollars nets.

Aux Fidji, les élevages de tilapias confrontés aux extrêmes

Les conséquences d’El Niño prennent une autre forme aux Fidji, premier producteur de tilapias du Pacifique avec environ 400 tonnes par an et plus de 350 exploitations.

Lorsque les températures augmentent fortement, le niveau d’eau des bassins diminue. À l'inverse, lorsque les fortes pluies arrivent, l’eau refroidit brutalement et certains bassins peuvent déborder.

Face à cette situation, plusieurs exploitants cherchent désormais à diversifier leurs revenus. Certains associent agriculture et aquaculture, creusent de nouveaux bassins pour constituer des réserves d’eau ou développent des cultures maraîchères en parallèle.

Les éleveurs de crabes sont également concernés. Certaines zones des Fidji connaissent actuellement des conditions sèches, froides et venteuses, avec des sols difficiles à travailler, des pâturages qui disparaissent et des niveaux de rivières en baisse.

Aux Palaos, la chaleur favorise la prolifération des algues

Aux Palaos, ce sont notamment les élevages de bénitiers géants qui subissent les changements environnementaux.

Des températures côtières élevées associées à de faibles précipitations ont accéléré la croissance des algues dans les cages, au point de pouvoir étouffer les coquillages.

Les producteurs doivent désormais modifier leurs calendriers d’entretien en fonction des marées afin de nettoyer plus régulièrement leurs installations.

Certaines communautés commencent également à privilégier des cultures plus résistantes aux conditions météorologiques extrêmes et rapprochent les productions les plus fragiles des habitations afin de pouvoir mieux les surveiller.

L'eau devient une ressource stratégique

Dans plusieurs territoires du Pacifique, la conservation de l’eau devient l’une des principales priorités.

Aux Fidji, certains producteurs creusent des forages pour atteindre les nappes souterraines et remplissent des bassins de réserve afin de maintenir les élevages pendant les périodes de sécheresse.

D’autres réutilisent l’eau des bassins piscicoles pour produire des légumes. Une adaptation nécessaire dans des îles où les réserves stockées doivent parfois répondre simultanément aux besoins des familles et à ceux des exploitations agricoles.

Des agriculteurs contraints de changer leurs habitudes

Au-delà des pertes économiques immédiates, c’est surtout la disparition progressive des repères saisonniers traditionnels qui inquiète les producteurs.

Des périodes autrefois suffisamment prévisibles pour organiser les semis, les récoltes, le séchage des algues ou l’entretien des élevages deviennent beaucoup plus difficiles à anticiper.

Face à cette nouvelle réalité, les exploitants interrogés appellent à anticiper davantage, diversifier les productions, économiser l’eau et surveiller en permanence les conditions météorologiques.

Ils réclament également davantage de soutien des pouvoirs publics et une meilleure intégration des connaissances locales dans les politiques agricoles et aquacoles.

Pour ces communautés du Pacifique directement dépendantes de la mer et du climat, El Niño n’est donc plus seulement une prévision météorologique : ses conséquences commencent déjà à modifier les conditions de travail et les moyens de subsistance.