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Concurrence : l'Autorité qui se félicite de contrôler moins

5 octobre 2026 à 18:37
3 min de lecture
Concurrence : l'Autorité qui se félicite de contrôler moins

Résumé IA

L'Autorité de la concurrence de Nouvelle-Calédonie, chargée de faire baisser les prix, se félicite dans un avis du 2 octobre 2026 du relèvement des seuils de contrôle des concentrations, qui exempte environ 30 % des opérations notifiées, tout en réclamant un mécanisme pour en contrôler certaines.

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Elle devait faire baisser les prix. Huit ans et 186 millions par an plus tard, elle se félicite surtout de contrôler moins. On a vérifié les chiffres, ils sont tous d'elle.

Le 2 octobre 2026, l'Autorité de la concurrence publie son avis sur l'avant-projet de loi du pays portant « diverses mesures urgentes de soutien à l'économie ». Elle y écrit que le seuil de contrôle des concentrations serait relevé « de 1 200 000 F.CFP à 2 000 000 000 F.CFP ». Pris au mot, ce serait une multiplication par plus de 1 600. En réalité, il manque trois zéros au premier chiffre : on passe de 1,2 milliard à 2 milliards. Une autorité chargée de vérifier les comptes des autres aurait pu relire les siens.

Plus loin dans le même avis, une phrase à retenir : l'Autorité « accueille favorablement cette simplification [...] au regard de ses impacts positifs pour les entreprises mais aussi pour l'Autorité ». Une institution de contrôle qui se réjouit d'avoir moins à contrôler, écrit noir sur blanc, n'est pas un sous-entendu qu'on prête à quelqu'un. C'est sa propre phrase.

Le chiffre caché

Environ 30 % des opérations aujourd'hui notifiées ne seraient plus soumises à examen. L'Autorité précise que parmi elles, 70 % « n'ont pas soulevé de problème de concurrence ». Lu à l'envers, les 30 % restantes en soulevaient un.

Deux paragraphes plus loin dans le même document, l'Autorité réclame l'introduction d'un « mécanisme d'évocation ciblé » lui permettant de contrôler, au cas par cas, des opérations situées sous les nouveaux seuils. Elle applaudit le trou, puis réclame la rustine.

Huit ans, zéro interdiction

Le budget de l'Autorité est passé de 167,9 millions de francs en 2019 à 177,5 millions en 2022, puis à 186 millions en 2024, selon la Chambre territoriale des comptes et LNC. Treize postes permanents. Les charges de personnel représentent 89 % des dépenses.

Entre 2018 et 2022, l'Autorité a rendu 81 décisions sur des concentrations d'entreprises. Zéro interdiction. Sur l'ensemble de ses recommandations, la Chambre territoriale des comptes observe que seulement 29 % sont mises en œuvre chaque année. Le turn-over annuel au service d'instruction a régulièrement dépassé 30 %. Le premier contrôle sur place de l'Autorité n'a eu lieu qu'en septembre 2023, cinq ans après sa création.

Le constat des autres et le sien

En août 2026, le membre du gouvernement chargé de l'économie, résume : « elle ne remplit pas sa mission ». Et : « on n'observe ni une baisse des prix ni une augmentation du nombre d'enseignes ».

L'Autorité, en avril 2026, ne dit pas autre chose de son propre marché : « le paysage des investisseurs reste figé », avec une « absence de sang neuf ». Et : « Le marché se concentre par nécessité de survie, mais perd un peu en vitalité ».

Le diagnostic du gouvernement et celui de l'Autorité sur elle-même se rejoignent presque mot pour mot. Il n'arrive pas souvent qu'un contrôleur et son contrôlé soient à ce point d'accord.

Ce qu'il faut reconnaître

L'Autorité n'est pas restée inactive. Elle a infligé 143,4 millions de francs d'amendes en 2022, et une sanction de 479,8 millions dans le dossier Ericsson-Intelia en 2024. Certaines années, le montant des amendes a dépassé son propre budget. Mais l'objet de l'institution n'est pas de rapporter de l'argent en sanctions. C'est de faire baisser les prix.

Les prix, eux, n'ont pas baissé, ils ont même augmenté.

186 millions de francs de fonds publics par an, huit ans, zéro interdiction, et une Autorité qui se félicite publiquement de contrôler moins. La question n'est plus de savoir comment la réformer.

Communiqué de presse APLP 02 10 2026