Mardi noir : Beauvau redoute le pire

Résumé IA
À la veille d'un « mardi noir », le gouvernement redoute une nouvelle flambée de la fronde lycéenne. Le bilan s'alourdit : plus de 5 000 gardes à vue, dont 87 % de mineurs, 24 lycées incendiés ou saccagés et 78 personnels blessés. À Paris, un lycée a été visé par un incendie volontaire, et à Lens, un garçon de 15 ans a eu la main arrachée.
Une main arrachée à Lens, un lycée incendié à Paris, plus de 5 000 gardes à vue.
À la veille d'un « mardi noir », l'État tente de garder la main sur une fronde lycéenne qui lui échappe.
Un bilan qui donne le vertige
Les chiffres sont tombés lundi. Ils sont lourds.
Selon le premier bilan judiciaire établi par la Chancellerie, 5 060 personnes ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement. Parmi elles, 4 406 mineurs. Soit 87 % des interpellés.
Il ne s'agit donc pas de quelques adultes radicalisés venus semer le désordre. Ce sont, en écrasante majorité, des adolescents.
Les poursuites suivent. 1 802 personnes sont visées, dont 1 483 mineurs. Quatorze placements en détention provisoire ont été ordonnés : dix majeurs, quatre mineurs.
Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a complété le tableau. 190 élèves blessés depuis le début des rassemblements. 78 personnels de l'Éducation nationale blessés, « généralement par des personnes extérieures » aux établissements. Et 24 lycées « incendiés ou saccagés ».
Vingt-quatre écoles de la République. Brûlées ou dévastées.
Lundi encore, des heurts ont éclaté dans plus de 400 établissements à travers le pays. Le ministre recensait 589 lycées perturbés, contre près de 800 vendredi. Une baisse, certes. Pas une accalmie.
Car la journée a été marquée par deux événements qui pèsent lourd.
À Paris, le lycée Nicolas-Louis-Vauquelin, dans le 13e arrondissement, a été visé par un incendie volontaire. Le rectorat évoque un feu allumé sur la porte d'entrée par des individus extérieurs, qui n'étaient pas des élèves de l'établissement.
À Lens, un garçon de 15 ans a eu la main arrachée en tentant de ramasser une grenade de désencerclement de la police, selon le préfet. Un cas « humainement dramatique », a réagi Édouard Geffray, en précisant ignorer dans quelles conditions le drame s'est produit.
Beauvau sur le qui-vive
Place Beauvau, on ne se fait guère d'illusions.
Le week-end avait offert un court répit aux unités engagées. Il n'a pas duré. Les stratèges du ministère de l'Intérieur s'attendent à ce que la contestation reprenne de plus belle ce mardi, pour l'acte III du mouvement lycéen, cette fois rejoint par des syndicats.
Un haut fonctionnaire ne cache pas son inquiétude. « La fièvre ne retombe pas et, à ce stade, personne n'arrive à anticiper une décrue du mouvement », reconnaît-il, en prévoyant une mobilisation « de très grosse ampleur, émaillée d'incidents ».
Les forces de l'ordre, elles, sont une nouvelle fois en première ligne.
Au sommet de l'État, la consigne est à la prudence. La semaine dernière, Sébastien Lecornu avait demandé à ses ministres d'annuler leurs déplacements, pour laisser les préfets gérer la situation sur le terrain.
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, en a tiré les conséquences. Attendue mardi au Sommet de l'élevage, près de Clermont-Ferrand, elle a reporté sa venue en raison de la journée de mobilisation, a fait savoir son cabinet.
Un gouvernement qui annule ses rendez-vous face à des blocages lycéens : l'image en dit long sur la tension du moment.
Le discours qui interroge
Face à ce climat, le ton du ministre de l'Éducation détonne.
En déplacement lundi dans un lycée de Guyancourt, dans les Yvelines, Édouard Geffray s'est adressé aux proviseurs qui organisent des cours à distance. Sa formule : la journée de mardi est « une liberté qui se respecte et qui se protège ».
C'est un acte de démocratie, j'allais dire sociale, classique et organisée, a-t-il ajouté.
Le même jour, pourtant, son propre bilan faisait état de dizaines d'enseignants et de personnels blessés, et d'établissements partis en fumée.
Le ministre a tout de même appelé les chefs d'établissement à préparer une reprise progressive des cours dès mercredi. Le message est clair : la parenthèse doit se refermer.
Reste la question de fond. Que réclament les lycéens ?
Plus de moyens pour leurs établissements. Ils dénoncent des bâtiments insalubres, des classes surchargées, des absences de professeurs non remplacées, en particulier dans les quartiers populaires. Ils pointent aussi les inégalités qu'engendrerait Parcoursup.
Des revendications que l'on peut entendre.
Mais aucune ne justifie qu'un lycée soit incendié. Aucune n'explique que des enseignants soient frappés dans l'enceinte même de leur école. Et lorsque le rectorat de Paris lui-même attribue l'incendie de Vauquelin à des individus extérieurs, une évidence s'impose : le mouvement lycéen sert aussi de paravent à ceux qui n'ont rien à faire devant ces grilles.
L'école est un sanctuaire. Elle devrait le rester.
Mardi soir, le bilan dira si l'État a su le protéger.
(Crédit photo : Eric Baradat / REUTERS)



