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Au delà du récif

Quand l'Iran prétend défendre nos libertés

5 octobre 2026 à 05:17
4 min de lecture
Quand l'Iran prétend défendre nos libertés

Résumé IA

La diplomatie iranienne critique la gestion du mouvement lycéen en France, évoquant une « violence disproportionnée ». Le porte-parole Esmaïl Baghaï appelle Paris à respecter les libertés fondamentales, dans un contexte de tensions diplomatiques récentes entre les deux pays.

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Téhéran donne des leçons de maintien de l'ordre à Paris. Le même régime qui reconnaît plus de 3.000 morts dans ses propres rues l'hiver dernier.

Téhéran s'invite dans le débat français

Il fallait oser. Dimanche, depuis Téhéran, la République islamique a jugé bon de commenter la gestion du mouvement lycéen en France. Selon la diplomatie iranienne, les manifestants feraient face à une « violence disproportionnée ».

Le message est porté par Esmaïl Baghaï, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères. Interrogé lors d'une conférence de presse à laquelle assistait l'AFP, il a qualifié cette violence d'« injustifiable ». Puis il est allé plus loin : « La France se doit de respecter les droits et libertés fondamentaux de ses citoyens. » Les informations évoquant des violences policières seraient, à l'en croire, « préoccupantes ».

Rappelons les faits. Le mouvement est né le 17 septembre en région parisienne. Il a gagné progressivement l'ensemble du territoire, avant de s'embraser jeudi dans de nombreuses villes. Vendredi, une nouvelle journée de blocage des lycées a donné lieu à plus de 1.700 interpellations et à des affrontements entre les manifestants et les forces de l'ordre.

Face à cette situation, l'État fait respecter la loi. C'est précisément ce que Téhéran lui reproche.

Un contexte diplomatique explosif

Cette sortie n'arrive pas par hasard. Les relations entre Paris et Téhéran traversent une zone de fortes turbulences, et chaque épisode semble alimenter le suivant.

Il y a deux semaines à peine, l'Iran a fermé sans préavis le Centre de langue française. Une structure liée à l'ambassade de France, implantée depuis plus de vingt ans. Motif invoqué par les autorités iraniennes : des « activités illégales ». Aucun détail supplémentaire.

L'été avait déjà été tendu.

En juillet, deux diplomates français en poste à Téhéran se sont retrouvés au cœur d'un incident grave. Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a accusé l'Iran de les avoir « détenus » sans raison pendant plusieurs heures, et d'avoir « molesté » l'un d'eux. Téhéran a rejeté en bloc cette version. Mieux : le régime a ensuite interdit aux deux diplomates d'exercer sur son sol. La France a répondu en expulsant deux diplomates iraniens.

Dans ce climat, les déclarations sur les lycéens français ressemblent moins à une inquiétude sincère qu'à une nouvelle pièce versée dans un bras de fer diplomatique.

L'indignation à géométrie variable de la République islamique

Le plus frappant reste ailleurs. Il tient en quelques dates.

L'hiver dernier, l'Iran a été secoué par un vaste mouvement de contestation, déclenché fin décembre par des manifestations contre la hausse du coût de la vie. Des ONG ont dénoncé une répression ayant fait des milliers de morts. Le pouvoir lui-même reconnaît plus de 3.000 morts au plus fort de la mobilisation, les 8 et 9 janvier.

Trois mille morts, de l'aveu même du régime.

Et sa version des faits ? Les violences seraient le résultat d'« actes terroristes » orchestrés par les États-Unis et Israël. Pas un mot sur la responsabilité des forces iraniennes. Pas une once de remise en question.

C'est ce même pouvoir qui, aujourd'hui, s'érige en défenseur des libertés fondamentales des lycéens français. Qui juge « injustifiable » l'action de policiers procédant à des interpellations dans un État de droit, où chaque personne arrêtée a accès à un avocat et à un juge.

La comparaison se passe de commentaire. D'un côté, une démocratie qui maintient l'ordre face à des blocages et des affrontements, sous le contrôle de ses tribunaux. De l'autre, un régime qui admet un bilan de plusieurs milliers de morts et accuse l'étranger.

La France n'a pas à recevoir de leçons de morale de Téhéran. Encore moins de la part d'un pouvoir qui ferme un centre culturel français sans préavis et retient des diplomates. Le débat sur le mouvement lycéen appartient aux Français, à leurs institutions et à leur justice. Pas à la République islamique.

(Crédit photo : EBRAHIM NOROOZI / AP)