Dette, émeutes, déclassement... Le macronisme s'achève dans la tourmente

Résumé IA
Les sept derniers mois de la présidence d'Emmanuel Macron s'annoncent longs, selon l'essayiste Arnaud Benedetti, qui dresse un bilan d'échecs multiples après dix ans de pouvoir. Ce double quinquennat s'achève sur une série de crises aggravées : budgétaire, économique, sociale et lycéenne, avec un pays en récession, endetté et fracturé.
CHRONIQUE. Les sept derniers mois de la présidence d'Emmanuel Macron seront très longs, estime Arnaud Benedetti*. Pour l'essayiste, le bilan du chef de l'État, dix ans après son arrivée à l'Élysée, s'achève sur un constat d'échecs multiples.
Arnaud Benedetti 05/10/2026

Emmanuel Macron. AFP / © Ludovic Marin
Les sept derniers mois de la présidence d’Emmanuel Macron seront longs. Ils seront longs parce qu’ils condensent en accéléré tous les échecs de ce double quinquennat. Celui-ci sera né par surprise et finira sans surprise. Emmanuel Macron, pour ceux assez rares qui en avaient deviné voici dix années les ressorts, était un artefact. Fabriquée de toutes pièces par un entre-soi « élitaire » en déclin, sa mission était de sauver le fameux « cercle de la raison », formule aussi abusive que prétentieuse, dont la vacuité apparaît au grand jour alors que se précipite un alignement pour le moins préoccupant de crises : crise budgétaire avec une augmentation des taux obligataires autour des 5 %, crise économique avec une entrée en récession, crise sociale avec la pression exercée par le coût du carburant sur de nombreux ménages et de nombreuses professions, crise lycéenne sur fond d’émeutes urbaines avec une contagion potentielle aux universités.
Le verdict du macronisme se délivre ainsi à quelques encablures de son achèvement. Non seulement les postulats intellectuels de celui-ci, comme entre autres l’opportunité d’une mondialisation prétendument « heureuse », auront été infirmés par les faits. Mais en plus, les faits auront démontré que sur l’enjeu du contrôle technique et politique de l’appareil d’État, le macronisme aura tout autant échoué comme en témoigne la perte spectaculaire de maîtrise de notre trajectoire budgétaire. Le roi est nu, mais le sont également ceux qui à gauche, à droite, au centre, dans le monde des affaires et de la technostructure, comme dans les milieux intellectuels et médiatiques, auront spéculé et misé sur une offre dont ils estimaient qu’elle était la seule… raisonnablement protectrice et projective.
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Amplification de toutes les crises
La suite est cruelle : la France était endettée avant 2017 ; elle l’est encore plus dix années plus tard. Sa croissance économique était anémiée ; elle est désormais en récession. Notre société était fracturée et violente ; elle a rarement été autant disloquée et aussi en proie à la montée des insécurités. Elle était moins audible sur la scène internationale en raison de sa perte d’influence ; elle est plus que jamais marginalisée, otage de ses nombreux déclassements économiques, régaliens et aussi éducatifs. C’est dans ce contexte que s’accentuent toutes les crises que le pays ne cesse de traîner depuis des décennies, mais qui se seront aggravées jusqu’à une certaine forme d’incandescence cette toute dernière décennie.
À un semestre d’une présidentielle dont on pressent la dimension atypique, rarement un contexte pré-électoral se sera avéré aussi critique, laissant potentiellement jusqu’à entrevoir une double rupture sociale et financière. Le mouvement lycéen concentre toutes nos défaites : non seulement sur le plan de l’éducation dont le niveau s’est effondré, mais également en matière d’autorité et d’ordre public mis à mal par un phénomène quasi-émeutier, encouragé par des forces radicalisées flattant les prurits communautaires.
Rarement un contexte pré-électoral se sera avéré aussi critique
La dérive des finances publiques, quant à elle, cristallise tous nos dénis tant sur la pérennité de notre modèle social que sur la soutenabilité de notre dette. L’agrégation synchronisée de ces deux risques, risque social avec ses menaces de coagulation d’un côté, risque financier de l’autre avec l’ombre pesante d’une crise de la dette, constitue à n’en pas douter un moment de très grande et rare tension. Dès lors le miracle ne serait-il pas de croire, que dans l’hypothèse d’une énième dégradation socio-financière, l’on puisse attendre le printemps électoral pour surmonter l’épreuve qui vient ? C’est sans doute le pari d’un exécutif qui pour autant ne semble plus assuré de la tenue d’un gouvernail qui jour après jour paraît toujours plus lui échapper.
*Arnaud Benedetti est professeur associé à l’Université Paris-Sorbonne, essayiste et fondateur de La Nouvelle Revue politique.


