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Au delà du récif

Élysée : 20 M€ de voyages

6 octobre 2026 à 10:00
5 min de lecture
Élysée : 20 M€ de voyages

Résumé IA

Les dépenses de l'Élysée pour les déplacements et événements doublent en 2025, atteignant 20 millions d'euros contre 9,8 millions en 2021, selon la Cour des comptes. La dotation budgétaire progresse de 16,4 % sur cinq ans et les comptes restent excédentaires, mais les frais de personnel grimpent à 62 % des dépenses totales.

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Vingt millions d'euros pour les déplacements et les événements de l'Élysée en 2025. C'est le double de 2021.
La Cour des comptes a rendu son rapport annuel sur la Présidence, et certaines lignes méritent l'attention du contribuable.

Des comptes à l'équilibre, une dotation qui a grimpé

Depuis 2009, c'est un rendez-vous fixe.
Chaque année, la Cour des comptes examine les comptes et la gestion des services de la Présidence de la République. Le rapport portant sur l'exercice 2025 va un peu plus loin que d'habitude : il dresse un bilan sur cinq ans de trois fonctions précises, à savoir les ressources humaines, la communication, et l'organisation des déplacements et des événements.

Les autres fonctions passeront sous la loupe l'an prochain.

En attendant, le constat d'ensemble est nuancé. Les comptes tiennent. Mais plusieurs postes de dépense ont pris une ampleur qui appelle, selon les magistrats eux-mêmes, une vigilance accrue.

Commençons par ce qui va bien.

En comptabilité générale, l'Élysée affiche en 2025 des produits de 130 millions d'euros pour des charges de 125,3 millions. Une fois intégrés les produits exceptionnels, le résultat comptable reste excédentaire à 5,1 millions d'euros. Il était de 6,7 millions en 2024. La trésorerie, elle, atteint 6,4 millions d'euros.

Côté comptabilité budgétaire de l'État, l'exécution est également positive, avec un excédent de 1,9 million d'euros.

D'où vient cette situation confortable ?

D'abord d'une hausse de la dotation versée par l'État. Elle a augmenté de 10,3 % en 2024. Les recettes propres de la Présidence ont, elles aussi, progressé.

Ensuite d'une dépense en très léger recul, de 0,9 % par rapport à 2024. Un recul qui s'explique en partie par le ralentissement des investissements, tombés de 9,4 millions d'euros en 2024 à 6,6 millions en 2025.

Autrement dit, l'excédent ne tient pas seulement à une gestion plus serrée. Il tient aussi au fait que l'État a remis de l'argent au pot, et qu'on a moins investi.

Et pendant ce temps, un poste continue de grossir.

Les dépenses de personnel augmentent de 2,2 millions d'euros et représentent désormais près de 62 % des dépenses totales de la Présidence. La Cour le dit sans détour : ces évolutions doivent rester sous surveillance.

Sur cinq ans, le tableau est éclairant. Entre 2020 et 2025, la dotation budgétaire de l'Élysée a progressé de 16,4 % en euros courants, quand l'inflation atteignait 15,4 % sur la même période. Cette hausse a servi à financer l'élargissement du périmètre des dépenses de sécurité, les mesures salariales communes à toute la fonction publique, ainsi qu'un important programme d'investissement immobilier.

Des outils de gestion ont été mis en place. Reste à les faire vivre.

Depuis 2020, la Présidence a renforcé ses instruments de gestion et de contrôle interne. L'innovation la plus notable date de 2025 : une réserve de performance, débloquée en fonction de la consommation des crédits et des besoins restant à financer. La Cour reconnaît qu'elle a permis un meilleur pilotage de la dépense.

Encore faut-il que cette discipline dure. Les magistrats insistent sur ce point, et relèvent aussi des retards sur la cartographie des métiers et sur la politique d'achat, qui doivent devenir de véritables outils de pilotage stratégique.

Déplacements et événements : la facture a doublé

C'est le chiffre qui saute aux yeux.

Les dépenses consacrées aux déplacements et aux événements sont passées de 9,8 millions d'euros en 2021 à 20 millions d'euros en 2025. La fin des restrictions sanitaires explique une partie de la reprise. Mais la Cour pointe un autre facteur : la multiplication des déplacements internationaux, nettement plus coûteux.

Sa recommandation est claire. Il faut une vigilance renforcée sur les frais de transport et sur la composition des délégations. La Cour précise que cette exigence s'inscrit dans la continuité d'efforts déjà engagés.

Pour le contribuable, la question est simple : combien de personnes accompagnent le chef de l'État, et à quel prix ? C'est précisément ce que les magistrats demandent de mieux encadrer.

Sur les ressources humaines, le bilan est plus encourageant. La centralisation de la fonction au sein d'une direction support a amélioré l'accueil, l'accompagnement et le suivi des agents. Mais l'évaluation annuelle n'est toujours pas généralisée. Et avec une masse salariale en progression et un plafond d'emplois presque atteint, la Cour juge nécessaire de développer une comptabilité analytique.

Deux chantiers restent ouverts. La Présidence doit achever la mise en conformité de ses pratiques en matière de logement. Elle doit aussi accélérer la publication des arrêtés relatifs aux mouvements au sein du cabinet.

La communication, enfin, a connu plusieurs réorganisations depuis 2021, avec des effectifs et un budget globalement stables. La Cour attend désormais qu'elle intègre durablement les innovations technologiques, à commencer par l'intelligence artificielle, et qu'elle adapte son organisation aux nouveaux usages numériques des Français.

Modernisation en cours, inventaire en retard

L'exercice 2025 marque la fin de plusieurs grands projets d'investissement.

Parmi eux, la mise en service d'un dispositif de géothermie. Selon la Cour, il devrait générer des économies substantielles et réduire l'empreinte environnementale de la Présidence.

Reste un point qui fâche, plus discret mais révélateur.

Les opérations de récolement des œuvres d'art et des biens mobiliers doivent être engagées sans délai par les organismes concernés. Objectif : achever les inventaires avant la fin de la mandature.

Savoir précisément ce que l'État possède, et où cela se trouve, relève du bon sens. La Cour rappelle que ce travail n'est pas terminé.

Au total, l'Élysée présente des comptes sains. Mais la hausse des frais de personnel, le doublement des dépenses de déplacement et les inventaires inachevés montrent que la rigueur exigée des Français doit aussi s'appliquer au sommet de l'État.

(Crédit photo : Élysée-Présidence de la République française)