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Mémoire

Diamants : la vengeance de Bokassa

10 octobre 2026 à 12:00
4 min de lecture
Diamants : la vengeance de Bokassa

Résumé IA

L'affaire des diamants de Bokassa, révélée par Le Canard enchaîné en octobre 1979, empoisonne la fin du mandat de Valéry Giscard d'Estaing, qui dément les accusations. En 1981, l'ancien empereur Jean-Bedel Bokassa, exilé, affirme avoir offert des pierres au président et revendique sa vengeance pour provoquer sa chute, tandis que Giscard évoque des ventes au profit d'œuvres humanitaires.

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Quarante-cinq ans plus tard, l'affaire reste l'une des plus célèbres de la Ve République.
Un empereur déchu, un journal satirique et un président en campagne : retour sur l'affaire des diamants.

Une révélation du Canard, un démenti cinglant

Certaines affaires collent à la peau d'un homme. Celle des diamants n'a jamais lâché Valéry Giscard d'Estaing.

Pour certains observateurs, elle lui aurait même coûté sa réélection en 1981. Le débat reste ouvert. Ce qui ne l'est pas, ce sont les faits, et ils méritent d'être rappelés sans les raccourcis habituels.

Le 10 octobre 1979, Le Canard enchaîné lance la machine. L'hebdomadaire satirique affirme qu'en 1973, alors qu'il était ministre des Finances, Giscard a reçu du président centrafricain Jean-Bedel Bokassa une plaquette de trente carats de diamants.

Une semaine passe. Le journal en remet une couche.

La plaquette vaudrait, selon lui, 1 million de francs. Et ce ne serait pas tout : d'autres diamants auraient été offerts au responsable français lors de ses déplacements à Bangui, entre 1970 et 1975.

À l'Élysée, la riposte arrive le 27 novembre. Le chef de l'État oppose un « démenti catégorique et méprisant » aux allégations portant sur la valeur des cadeaux. Puis il lâche cette phrase, devenue célèbre : « Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison ».

Le ton est donné. Giscard refuse de se justifier devant ce qu'il considère comme une campagne indigne.

Mais la polémique, elle, ne meurt pas.

Bokassa entre en scène, Giscard s'explique

Un an plus tard, le 16 septembre 1980, Le Canard relance l'affaire. Cette fois, avec un témoin de poids : Bokassa lui-même.

L'ancien empereur centrafricain a été chassé de son trône le 20 septembre 1979. Depuis son exil, il accorde un entretien téléphonique à l'hebdomadaire. Il assure avoir remis des diamants au couple présidentiel à quatre reprises. Et il ajoute, énigmatique : « Vous ne pouvez pas imaginer ce que j'ai remis à cette famille-là ».

Le coup porte. À quelques mois de la présidentielle, le président sortant ne peut plus se contenter du silence.

Le 10 mars 1981, il s'exprime à la télévision. Pour lui, « il n'y a aucun mystère dans l'affaire des diamants ». Le produit de ces cadeaux, explique-t-il, a été versé à des œuvres humanitaires centrafricaines. Les pierres ont été vendues au profit de la Croix-Rouge centrafricaine, d'une maternité, d'une pouponnière et d'une mission.

Une version que viennent appuyer des éléments comptables. Le 22 mars 1981, Le Point publie le résultat de son examen de la comptabilité des cadeaux officiels de l'Élysée. Les diamants y apparaissent vendus pour 114 977 francs, somme remise à des œuvres de bienfaisance centrafricaines.

Un chiffre précis, documenté. On est loin du million avancé en 1979.

Le règlement de comptes d'un empereur déchu

Rien n'y fait. Bokassa poursuit son offensive contre celui qu'il tient pour responsable de son exil.

Le 8 mai 1981, il se confie cette fois au Washington Post. Il réaffirme avoir offert des diamants à Giscard, devant témoins, à quatre occasions en huit ans. Et il conteste frontalement la version française : là où le président évoquait de petites pierres, l'ancien empereur parle de diamants de 10 à 20 carats.

Il va plus loin. Selon lui, la famille Giscard d'Estaing, dont deux cousins, aurait reçu plus de diamants que quiconque. « Je les ai gâtés », lance-t-il, avant d'ajouter : « ils sont pourris ».

Surtout, Bokassa ne cache rien de ses intentions. Il reconnaît avoir choisi la veille du second tour pour s'exprimer, avec un objectif assumé : empêcher la réélection de Giscard.

Sa conclusion a le mérite de la franchise :

Je règle mes comptes avec ceux qui ont provoqué ma chute.

Tout est dit. L'ultime charge ne vient pas d'un enquêteur, ni d'un juge, mais d'un souverain renversé qui revendique ouvertement sa vengeance politique.

Le 10 mai 1981, François Mitterrand remporte l'élection présidentielle.

Quant à savoir quel poids exact l'affaire a pesé dans ce résultat, aucun chiffre ne permet de le trancher. Reste une certitude : rarement un président français aura vu la fin de son mandat aussi lourdement marquée par les déclarations d'un ancien chef d'État étranger décidé à le faire tomber.

(Crédit photo : Getty - KEYSTONE FRANCE)