Arcom : le service public aussi épinglé

Résumé IA
Depuis le 1er octobre, l’Arcom ne comptabilise plus les interventions politiques diffusées entre minuit et 5h59 dans le temps de parole, afin d’éviter les gonflements artificiels. Cette décision, applicable aux médias privés et publics, fait suite à des mises en demeure adressées à CNews et Radio France.
Les émissions de nuit ne serviront plus à gonfler artificiellement les compteurs. Depuis le 1er octobre, l’Arcom a changé la règle, et ce n’est pas un détail.
Fin d’une pratique commode
Minuit passé, la parole politique ne compte plus.
C’est désormais la règle. Depuis le 1er octobre 2026, les interventions des personnalités politiques diffusées entre minuit et 5h59 à la radio et à la télévision ne sont plus intégrées au décompte des temps de parole. Une décision prise par le collège de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique lors de sa réunion plénière du 30 juin 2026, puis rendue publique dans un communiqué du 9 juillet.
Le principe est simple. Il fallait bien que quelqu’un s’en charge.
Jusqu’ici, une interview diffusée à trois heures du matin pesait autant, sur le papier, qu’un passage en pleine soirée. Devant un public quasi inexistant, elle permettait pourtant de remplir les cases exigées par le régulateur.
L’Arcom veut précisément éviter que certaines expressions politiques voient leur portée réduite parce qu’elles sont programmées à des heures de faible audience, tout en étant comptabilisées comme si de rien n’était. Autrement dit, l’équilibre affiché sur les tableaux ne correspondait pas toujours à l’équilibre réellement entendu par les Français.
Les radios et les télévisions dites traditionnelles sont concernées au premier chef.
Le constat ne sort pas de nulle part. À deux reprises en 2026, l’Arcom avait adressé une mise en demeure à deux médias nationaux pour avoir eu recours à ce type de biais : CNews d’un côté, le groupe Radio France de l’autre. Le service public figure donc bel et bien dans la liste, ce que l’on oublie volontiers de rappeler quand il s’agit de désigner un coupable unique.
CNews avait par ailleurs été mise en demeure par l’Autorité pour ne pas avoir respecté la diversité des courants de pensée et d’opinion lors de débats sur ses plateaux. Un dossier distinct, mais qui nourrit un climat où la chaîne se retrouve régulièrement en ligne de mire.
Reste que sur la question des horaires de nuit, la règle vaut pour tous. Privé comme public.
Les plateformes dans le viseur
La décision s’inscrit dans un mouvement plus large. Le 9 juillet 2026, l’Arcom a remis son rapport sur le traitement des élections municipales par les médias audiovisuels et les plateformes en ligne.
Le document insiste sur un point : la nécessité de renforcer la coopération avec les fournisseurs de très grandes plateformes en amont de l’élection présidentielle de 2027. Les réseaux sociaux pèsent désormais lourd dans la formation de l’opinion, et le régulateur entend ne pas rester spectateur.
L’Autorité en profite pour rappeler les obligations de chacun. Ce sont les éditeurs qui doivent identifier les personnalités politiques, relever leur temps de parole et transmettre ces données à l’Arcom. La responsabilité repose sur eux, pas sur le gendarme de l’audiovisuel.
Le rapport souligne aussi l’importance d’une meilleure effectivité des outils de transparence prévus par le règlement sur les services numériques, le RSN. En ligne de mire, l’accès aux données des plateformes, présenté comme un levier pour renforcer la lutte contre les risques de désinformation.
Un champ d’action qui s’élargit, donc. Et qui mérite d’être suivi de près.
Les podcasts, prochaine frontière
L’Arcom ne compte pas s’arrêter là.
Dans un entretien accordé à un journal national le 3 octobre 2026, le président de l’Autorité a indiqué qu’il était envisagé, pour les prochaines échéances électorales, de prendre en compte les temps de parole politiques sur les podcasts. Ces formats jouissent parfois d’une forte audience, mais échappent pour l’instant à tout décompte.
Le paradoxe est réel. Un responsable politique invité dans un podcast écouté par des centaines de milliers de personnes n’entre dans aucun tableau, quand son passage nocturne à la radio, lui, était jusqu’à récemment comptabilisé au même titre qu’une intervention en prime time.
Rien n’est encore tranché sur ce point. Il s’agit d’une piste évoquée, pas d’une décision.
En revanche, le calendrier est connu dans ses grandes lignes. L’Arcom doit faire connaître prochainement ses recommandations à l’égard des médias audiovisuels et des plateformes numériques dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027. Rédactions, chaînes, radios et plateformes attendent ces règles du jeu.
Pour les électeurs, l’enjeu est concret. Le pluralisme ne se mesure pas à des chiffres alignés dans un rapport, mais à ce que les Français entendent réellement, à des heures où ils sont devant leur poste.
Sur ce point au moins, la nouvelle règle va dans le bon sens.
(Crédit photo : Getty - Chesnot / Contributeur / Getty Images News)


