Nickel : l’Indonésie envisage de suspendre la construction de nouvelles fonderies face à la surproduction mondiale

Résumé IA
L’Indonésie, premier producteur mondial de nickel, envisage un moratoire sur la construction de nouvelles fonderies pour lutter contre la surproduction qui pèse sur les cours. Cette mesure, à l’étude selon le ministre Bahlil Lahadalia, concernerait les produits semi-finis et affecterait les investisseurs chinois, majoritaires dans ce secteur.
Premier producteur mondial de nickel, l’Indonésie envisage de freiner l’expansion de son industrie métallurgique pour limiter la surproduction qui pèse sur les cours internationaux. Une décision qui pourrait particulièrement affecter les investisseurs chinois et avoir des répercussions sur l’ensemble du marché mondial, notamment en Nouvelle-Calédonie.
L’Indonésie veut mettre un frein à la surproduction de nickel
Le gouvernement indonésien étudie la possibilité d’instaurer un moratoire sur la construction de nouvelles fonderies de nickel, dans un contexte de surproduction mondiale et de faiblesse persistante des prix.
Selon l’agence nationale Antara, le ministre de l’Énergie et des Ressources minérales, Bahlil Lahadalia, a confirmé que cette mesure était actuellement à l’étude.
Elle concernerait principalement les installations produisant des produits semi-finis, notamment la fonte de nickel (NPI), destinée à l’industrie de l’acier inoxydable, et le nickel mat, utilisé dans la fabrication de matériaux pour les batteries de véhicules électriques.
Ces deux catégories représenteraient entre 50 et 60 % de la production indonésienne de nickel, selon les données rapportées par Antara.
L’objectif de Jakarta est de limiter l’expansion des capacités de production tout en encourageant les industriels à développer des produits à plus forte valeur ajoutée.
Les investissements chinois directement concernés
Cette éventuelle suspension pourrait constituer un changement important pour les entreprises chinoises, qui occupent une position dominante dans l’industrie indonésienne du nickel.
Selon les estimations du Centre d’études avancées de défense (C4ADS), basé aux États-Unis, les investissements chinois représentent environ 75 % de l’industrie indonésienne du raffinage du nickel.
Depuis plusieurs années, Pékin a massivement investi dans les infrastructures métallurgiques du pays, profitant notamment de la décision indonésienne d'interdire les exportations de minerai brut pour développer sa transformation sur place.
Cette stratégie a permis à l’Indonésie de devenir un acteur incontournable du marché mondial, mais elle a également favorisé une augmentation rapide des capacités de production.
Pour les investisseurs chinois, un moratoire pourrait entraîner le report, voire l’abandon de certains projets industriels, particulièrement ceux dont la rentabilité est déjà fragilisée par la baisse des cours.
Certains capitaux pourraient alors être réorientés vers d’autres régions productrices, notamment en Afrique ou en Amérique latine.
Une domination indonésienne qui a bouleversé le marché mondial
L’essor de l’industrie indonésienne a profondément modifié les équilibres du marché international du nickel.
Grâce à ses ressources minières et aux investissements étrangers, le pays représentait déjà plus de la moitié de la production mondiale de nickel en 2023, selon les estimations citées par l’analyste Rafi Adis Subarna, du cabinet KRA Group.
Cette croissance rapide a contribué à créer une offre excédentaire, exerçant une pression durable sur les prix.
Dans une analyse publiée en février 2026, Goldman Sachs soulignait que les investissements chinois dans les capacités de transformation indonésiennes avaient largement participé à cette situation, avec des conséquences sur les cours depuis 2023.
Désormais, Jakarta semble vouloir privilégier la rentabilité et la montée en gamme industrielle plutôt que l’augmentation permanente des volumes.
Toutefois, aucune suspension générale n’a encore été officiellement adoptée. Les autorités travaillent sur une proposition destinée au président Prabowo Subianto afin de déterminer précisément les activités qui pourraient être concernées.
Quelles conséquences pour le nickel calédonien ?
Pour la Nouvelle-Calédonie, cette évolution mérite une attention particulière.
Depuis plusieurs années, les industriels calédoniens subissent les conséquences d’un marché international marqué par la concurrence des producteurs indonésiens, des coûts de production élevés et des prix du nickel insuffisants pour assurer durablement la rentabilité de certaines installations.
Les difficultés rencontrées par la SLN, l’arrêt des activités métallurgiques de KNS et les incertitudes entourant l’avenir de l’usine du Sud illustrent la fragilité de la filière locale.
Dans ce contexte, une limitation de la construction de nouvelles fonderies indonésiennes pourrait constituer un signal favorable pour les producteurs confrontés à la surproduction mondiale.
Mais un moratoire sur les nouvelles installations ne signifie pas une réduction immédiate de la production existante.
Les capacités déjà opérationnelles continueraient d’alimenter le marché international. Une remontée significative des cours dépendrait donc également de l’évolution de la demande mondiale, des volumes effectivement produits et des décisions futures du gouvernement indonésien.
Pour les industriels calédoniens, cette initiative pourrait néanmoins marquer une première inflexion dans la stratégie d’expansion du premier producteur mondial.
Jakarta cherche désormais à reprendre le contrôle de son industrie
Au-delà de la question des prix, cette réflexion traduit une volonté des autorités indonésiennes de mieux maîtriser le développement de leur industrie métallurgique.
Après avoir attiré massivement les capitaux étrangers pour transformer ses ressources sur son territoire, l’Indonésie souhaite désormais encourager une industrie plus rentable, plus diversifiée et davantage orientée vers les produits à forte valeur ajoutée. Cette réorientation pourrait modifier les stratégies des grands groupes chinois, jusqu’ici moteurs de l’expansion industrielle indonésienne.
Pour le marché mondial du nickel, le signal est important : le pays qui a largement contribué à l’explosion de l’offre envisage désormais de ralentir la construction de nouvelles capacités.
Reste à savoir si cette volonté politique se traduira par des restrictions suffisamment importantes pour rééquilibrer durablement le marché.
Pour la Nouvelle-Calédonie, dont l’avenir industriel dépend en partie de l’évolution des cours internationaux, les prochaines décisions de Jakarta seront particulièrement importantes à suivre.



