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Mémoire

Elle a sauvé l’« homme malade de l’Europe »

13 octobre 2026 à 12:00
5 min de lecture
Elle a sauvé l’« homme malade de l’Europe »

Résumé IA

Née le 13 octobre 1925 à Grantham, Margaret Thatcher devient en 1979 la première femme à diriger le gouvernement britannique. Elle impose un programme radical de libéralisation, affronte les syndicats et envoie la flotte aux Malouines en 1982. Elle démissionne en novembre 1990, laissant un pays transformé mais profondément divisé.

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La Dame de fer est née il y a plus d’un siècle, dans l’arrière-boutique d’une épicerie de province.
Elle a fait mentir les pronostics, les syndicats et ceux qui avaient déjà enterré la Grande-Bretagne.

Fille d’épicier, pas héritière

Le 13 octobre 1925 naissait à Grantham, dans le Lincolnshire, Margaret Thatcher. Elle s’est éteinte le 8 avril 2013 à Londres, laissant derrière elle un pays profondément transformé.

Peu de dirigeants occidentaux ont autant incarné la fermeté, le mérite et le refus du renoncement.

Rappel des faits.

Rien ne destinait Margaret Hilda Roberts au 10 Downing Street. Un père épicier, une mère couturière, une famille austère de l’entre-deux-guerres. Pas de réseau, pas de fortune, pas de nom.

Elle a son intelligence. Et une volonté hors du commun.

Brillante, elle étudie la chimie à Oxford, puis le droit. Elle évolue alors dans un monde presque exclusivement masculin, à une époque où l’on attend d’une femme qu’elle reste au foyer. À 24 ans, elle est pourtant la plus jeune femme candidate à la députation.

En 1959, elle entre à la Chambre des communes comme députée de Finchley, dans la banlieue londonienne, siège qu’elle conservera à plusieurs reprises. Un an plus tard, interrogée chez elle par la télévision britannique, elle confie que parler devant les Communes n’a rien à voir avec ses discours précédents, une expérience unique. Le journaliste lui demande alors si c’est plus difficile parce qu’elle est une femme.

La question en dit long sur l’époque. La suite de sa carrière y a répondu.

Porte-parole de son parti aux Communes de 1964 à 1970, ministre de l’Éducation sous Edward Heath de 1970 à 1974, elle prend la tête du parti conservateur en 1975. Ses convictions sont carrées, son antisocialisme assumé sans détour.

En 1969, elle déclarait pourtant à la télévision britannique : « Je ne pense pas que je verrai une femme Première ministre de mon vivant. » Dix ans plus tard, elle l’était.

Sa vision tient en une idée simple : le succès est une affaire de volonté personnelle. Elle s’en est sortie seule ; elle estime que les autres le peuvent aussi. Méritocrate jusqu’au bout des ongles, elle pense que les femmes doivent réussir en jouant selon les règles, pas en réclamant des passe-droits. Entourée d’hommes durant l’essentiel de sa vie d’adulte, elle en a tiré une combativité que ses adversaires ont qualifiée d’agressivité.

Ses détracteurs y voyaient de la dureté. On peut aussi y voir le refus de la victimisation.

1979 : le choc contre « l’homme malade de l’Europe »

Le 3 mai 1979, les conservateurs remportent une victoire écrasante. Margaret Thatcher devient la première femme à diriger le gouvernement britannique, et la première femme élue à la tête d’un grand pays occidental.

Le pays qu’elle hérite est à genoux. Depuis le début des années 1970, la crise ravage l’économie, et les voisins européens surnomment le Royaume-Uni « l’homme malade de l’Europe ».

Ses prédécesseurs, Harold Macmillan et Edward Heath en tête, avaient choisi le consensus : compromis avec les syndicats, protection de l’État-providence, chômage contenu coûte que coûte. Pour Thatcher, tout cela est allé trop loin. Sa priorité absolue : restaurer l’autorité du gouvernement et l’indépendance de l’État, deux piliers qu’elle juge compromis par la décennie précédente.

Elle appartient à cette famille rare de dirigeants mus avant tout par des valeurs. Celle de Ronald Reagan. Celle du général de Gaulle.

Le remède est radical. Libéralisation de l’économie, baisse des impôts, baisse des dépenses publiques, privatisation des entreprises nationales, coupes dans les budgets sociaux. Ce dont le pays a besoin, selon elle, c’est de liberté d’entreprendre, de compétitivité et d’opportunités.

Les trois premières années sont brutales. En 1981, le chômage atteint le record de 3 millions de personnes. L’inflation flambe, les prix explosent. Une remontée du chômage est alors assumée, dans une certaine mesure, comme le prix à payer du redressement.

Elle ferme les mines d’État devenues non compétitives, quitte à frapper durement des régions qui vivaient presque exclusivement du charbon. Elle s’attaque au pouvoir des syndicats et au droit de grève, qu’elle juge démesurés.

En 1984, la tension explose. La grève des mineurs s’éternise, des affrontements violents opposent ouvriers et forces de l’ordre, comme à Orgreave.

Elle ne cède rien. Aucun compromis. C’est cette intransigeance qui lui vaut son surnom de « Dame de fer ».

Les Malouines, la fermeté et l’héritage

Avant même la grève des mineurs, l’épreuve décisive est venue de l’Atlantique Sud. En 1982, alors que son impopularité menace ses réformes, l’armée argentine envahit les îles Malouines.

Thatcher ne négocie pas la souveraineté britannique. Elle envoie la flotte. La reconquête militaire des Malouines fait remonter sa popularité en flèche et sauve son programme. Elle enchaîne ensuite les mandats.

Le tournant néolibéral qu’elle impose à Londres dépasse vite les frontières : il entraîne aussi les États-Unis et le reste de l’Europe.

La fin, elle, est moins glorieuse. L’accroissement des inégalités sociales et régionales pèse, et le projet d’un impôt extrêmement impopulaire, la « poll tax », l’affaiblit durablement. En novembre 1990, elle démissionne et laisse la place à John Major.

Son successeur ne parviendra jamais à s’installer. En 1997, il est très largement battu par le « New Labour » de Tony Blair.

Aujourd’hui encore, Margaret Thatcher reste la personnalité politique qui divise le plus les Britanniques. Adulée par les uns, honnie par les autres.

Mais une chose est certaine : elle a transformé durablement la Grande-Bretagne en y appliquant sa vision de la liberté. Une fille d’épicier qui ne demandait la permission à personne. Et qui, pour cela, a changé l’histoire de son pays.

(Crédit photo : Getty - Bettmann)