Misère mondiale : du jamais-vu depuis 2010

Résumé IA
Le rapport 2026 du PNUD et de l'OPHI, publié le 12 octobre, révèle que 1,2 milliard de personnes vivent en situation de pauvreté multidimensionnelle, une première hausse depuis 2010, avec 51,5 millions de nouveaux pauvres en un an, dont plus de la moitié sont des mineurs.
Une première depuis 2010. L’indicateur onusien de la misère mondiale repart à la hausse, et l’alerte est lancée.
Mais à y regarder de près, le rapport du PNUD raconte une histoire beaucoup moins simple que le titre qu’on voudra en tirer.
Un chiffre choc, une première en seize ans
Le chiffre est tombé ce lundi 12 octobre. 1,2 milliard de personnes vivent désormais en situation de pauvreté multidimensionnelle, selon le Programme des Nations Unies pour le Développement.
C’est une rupture. Depuis la création de l’indice en 2010, la courbe n’avait jamais grimpé. Cette fois, elle monte.
Dans leur rapport annuel 2026, le PNUD et l’Initiative d’Oxford sur la pauvreté et le développement humain (OPHI) dénombrent 51,5 millions de personnes supplémentaires basculées dans la pauvreté dite « aiguë » en un an. Les deux organisations le reconnaissent elles-mêmes : jamais en seize ans un tel recul n’avait été constaté.
À la tête du PNUD, l’ancien Premier ministre belge Alexander De Croo n’a pas mâché ses mots. Dans un communiqué, il parle d’un « signal d’alarme pour le monde entier ». Derrière les statistiques, explique-t-il, se cachent des vies enfermées dans un engrenage : la faim, l’abandon de l’école, l’absence d’eau potable ou d’électricité.
Un détail glace davantage que les autres. Plus de la moitié des personnes concernées, 51,5 %, sont des mineurs.
L’indice ne se limite d’ailleurs pas au seul revenu. Il agrège des privations bien concrètes : un logement indigne, l’absence d’assainissement, pas d’électricité, pas de combustible pour cuisiner, une alimentation insuffisante, un accès à l’éducation inexistant. Bref, ce qui fait la différence entre survivre et vivre.
Des chiffres à lire avec prudence
Voilà pour l’alerte. Reste la méthode, et elle mérite qu’on s’y attarde.
Car le PNUD et l’OPHI l’admettent noir sur blanc : la croissance démographique est un facteur majeur de cette hausse. Autrement dit, si le nombre de pauvres augmente, c’est d’abord parce que la population augmente dans les zones déjà les plus fragiles.
Autre aveu, plus embarrassant encore. Sur les 108 pays couverts par le rapport, de nouvelles données n’étaient disponibles que pour 13 d’entre eux. Treize. Le reste repose sur des chiffres antérieurs.
On peut s’émouvoir du résultat. On peut aussi s’interroger sur la solidité d’un constat planétaire bâti sur une actualisation aussi partielle. Les deux ne sont pas incompatibles, mais le second est rarement mis en avant quand il s’agit de faire les gros titres.
Le rapport lui-même le dit : le tableau est contrasté. Et c’est sans doute l’information la plus importante.
Le développement, ça marche
Sur les quinze dernières années, 33 pays ont réduit de moitié la part de leur population vivant sous le seuil défini par l’indice. Parmi eux, six pays d’Afrique subsaharienne, région pourtant présentée comme condamnée.
Les progrès les plus spectaculaires viennent d’Asie. Le PNUD cite en exemple la Chine et le Vietnam, où le recul de la pauvreté a été le plus rapide.
La leçon est limpide, et elle dérange ceux qui préfèrent la plainte à l’effort. La pauvreté n’est pas une fatalité. Elle recule là où les États se développent, investissent dans leurs infrastructures, électrifient, scolarisent, construisent.
Alexander De Croo le reconnaît lui-même : « Nous savons que le progrès est possible. » Les pays qui ont relevé le défi, ajoute-t-il, ont démontré ce qu’une action résolue permet d’obtenir.
Résolue. Le mot compte.
La carte de la misère, elle, bouge peu. Près de 83,3 % des pauvres du monde vivent en zone rurale, loin des villes. Comme l’an dernier, la majorité des plus démunis se concentre en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud, ce sous-continent indien qui forme la région la plus peuplée de la planète.
Ce n’est pas un hasard si ces deux régions combinent forte natalité et retard d’équipement. Les chiffres du PNUD le montrent sans détour : là où la démographie galope et où l’électricité, l’eau et l’école n’arrivent pas, la pauvreté s’installe.
Le rapport 2026 tire donc la sonnette d’alarme. Soit. Mais il apporte aussi la preuve que des dizaines de nations s’en sont sorties. Pas par la repentance, ni par la culture de l’excuse. Par le travail, l’investissement et la volonté politique.
C’est peut-être cela, au fond, le vrai message de ce document. Encore faut-il avoir envie de le lire jusqu’au bout.
(Crédit photo : François BOUCHON / LE FIGARO)



