Pas besoin d’uniforme pour en profiter

Résumé IA
La Fondation du SMA, financée par le privé, était en Nouvelle-Calédonie pour mobiliser les entreprises autour de l’insertion professionnelle des jeunes. Le général Jean-Pierre Metz et le colonel Jérémie Guilbeault ont mené des échanges à ce sujet.
Ici, pas d’allocation à vie ni de discours misérabiliste : on finance des projets, on exige du sérieux, on suit les résultats.
La Fondation du SMA, adossée à l’armée et financée par le privé, était en Nouvelle-Calédonie pour mobiliser les entreprises.
Une fondation née pour prolonger l’œuvre du SMA
Le RSMA-NC a reçu cette semaine la visite du général Jean-Pierre Metz, président de la Fondation du SMA.
À ses côtés, le colonel Jérémie Guilbeault, chef de corps du régiment et président de l’antenne calédonienne de la Fondation.
Au menu : tables rondes, échanges avec les acteurs de la formation et de l’emploi, et une ambition claire. Faire émerger de nouveaux projets pour l’avenir professionnel des jeunes du territoire.
C’est la troisième visite de la Fondation sur le Caillou. Elle n’a rien d’une tournée protocolaire.
La Fondation du SMA a vu le jour en 2023. Elle a été voulue par Sébastien Lecornu, à l’issue d’une réflexion sur un outil capable de compléter l’action des régiments du service militaire adapté.
La mission reste identique. Il s’agit de l’insertion socioprofessionnelle des jeunes dans leur propre territoire.
Ce qui change, c’est le modèle.
Le SMA fonctionne sur fonds publics. La Fondation a fait le choix inverse : elle vit de financements privés. Depuis trois ans, elle multiplie les démarches auprès des partenaires pour offrir un supplément à ce que propose le régiment.
Autre différence de taille, le public visé. La Fondation ne se limite pas aux anciens volontaires du RSMA. Elle s’adresse à toute la jeunesse ultramarine, sans obligation d’avoir passé un an sous l’uniforme.
Les limites d’âge sont aussi plus larges. Le SMA accueille ses volontaires stagiaires jusqu’à 25 ans. La Fondation accompagne jusqu’à 30 ans, et même jusqu’à 39 ans pour les créateurs d’activité.
L’esprit de la maison tient en un mot : opérationnel.
Un jeune qui pousse la porte de l’antenne calédonienne est d’abord aidé à comprendre son projet, puis à le structurer avec l’appui des partenaires. Le dossier est ensuite validé par le comité exécutif, réuni tous les quatre mois à Paris. Le suivi se poursuit dans la durée.
Le point de départ ne varie jamais. C’est le besoin réel du territoire.
Logement, permis, formation : des leviers très concrets
Piloter tout depuis Paris serait impossible. D’où le choix d’une fondation des territoires.
Chaque collectivité ultramarine dispose de sa propre association, présidée par le chef de corps du régiment local, ce qui maintient le lien avec l’institution militaire. Un salarié civil y accompagne les jeunes sur les sujets que l’on néglige souvent au moment de se lancer : trésorerie, plan de financement, questions juridiques, déclarations administratives.
L’aide s’organise autour de plusieurs grands domaines.
Le premier est le coup de pouce logement. Il concerne le jeune qui décroche une promesse d’embauche ou un nouveau poste et doit s’installer. En Calédonie, il profite surtout à ceux qui quittent le Nord ou les Îles pour rejoindre Nouméa.
Vient ensuite la mobilité, avec le financement de permis de conduire, y compris des permis complémentaires pour ceux qui sont déjà passés par le SMA.
Puis la formation, souvent qualifiante. Elle va du stage d’une semaine, comme une habilitation au travail en hauteur, jusqu’à des cursus de deux ou trois ans. Des jeunes Calédoniens sont ainsi soutenus en ce moment dans l’Hexagone, notamment en études d’infirmier.
Enfin, deux programmes sont consacrés à la création d’activité. La bourse financière n’y est qu’une partie de l’aide. L’essentiel tient dans l’apport de compétences : experts-comptables partenaires, entreprises mobilisées pour aider à bâtir des projets qui restent avant tout ceux des jeunes.
Cet accompagnement peut s’étendre sur plusieurs années.
En Guadeloupe, une ingénieure agronome est suivie depuis deux ans et demi. Son ambition : relancer l’élevage de chèvres et la production de fromage, disparus de l’île depuis plus de quarante ans. Il a d’abord fallu trouver et sécuriser le foncier, un problème bien connu ici aussi. Puis bâtir l’outil de production à partir de rien. Puis travailler les circuits de distribution.
Sur ce dernier point, la Fondation commence à s’intéresser à ce qui se structure en Calédonie, comme Maison Terra, pour offrir aux jeunes producteurs des débouchés que la grande distribution ne leur garantit pas.
Des résultats sur le terrain, et un appel aux entreprises
Les chiffres progressent d’année en année. Une centaine de projets la première année, puis 150, puis 170 nouveaux projets engagés l’an dernier. L’objectif est un rythme de croisière de 200 par an.
En Nouvelle-Calédonie, 31 jeunes ont été soutenus en 2025.
Derrière ces chiffres, des parcours qui parlent d’eux-mêmes.
À Bélep, une jeune passée par le SMA a constaté que le transport scolaire avait disparu depuis plusieurs années. Des enfants du primaire marchaient parfois jusqu’à douze kilomètres par jour. Avec le soutien de la Fondation, elle a recréé l’an dernier une activité de ramassage scolaire, et envisage de se diversifier dans le transport.
Une réponse simple à un problème concret. Pas de commission, pas de rapport. Un service rendu.
À Hienghène, la commune n’avait plus de chauffeurs poids lourds pour ses camions de pompiers. Elle a sollicité la Fondation, qui a financé trois permis poids lourds.
Rien de tout cela ne tient sans le monde économique. La Fondation répond à un besoin précis, souvent mal couvert par les dispositifs classiques, et les entreprises calédoniennes s’engagent.
L’une d’elles sécurise ainsi le parcours de trois jeunes du territoire, qui partiront se former dans un CFA à Auray, en Bretagne. Départ en novembre, retour en juin, et embauche déjà actée à la clé.
C’est précisément l’objet de cette visite : convaincre davantage d’acteurs économiques locaux de rejoindre l’aventure.
Tout juste reconduit pour trois ans à la tête de la Fondation, le général Metz a fixé deux priorités. D’abord, ancrer chaque association dans son territoire en développant les partenariats locaux, jusqu’ici surtout noués au niveau national. Ensuite, consolider la structure, augmenter légèrement le volume d’aide et garantir ses ressources par des partenariats de long terme.
Une fondation adossée à l’armée, financée par le privé, qui exige un projet et accompagne jusqu’au bout.
En matière d’insertion, la Calédonie a rarement manqué de discours. Elle manque surtout de ce genre d’outils.
(Crédit photo : RSMA-NC)


