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Au delà du récif

Le FMI humilie la France

14 octobre 2026 à 10:00
5 min de lecture
Le FMI humilie la France

Résumé IA

Le FMI publie ses Perspectives de l'économie mondiale et constate une résilience inattendue malgré sept ans de crises, mais la France décroche avec une croissance de 0,4 % en 2026 et un chômage en hausse à 8,4 %. Le Fonds souligne une « économie mondiale fragmentée », plombée par la guerre entre les États-Unis et l’Iran, et appelle à une action urgente pour restaurer les marges budgétaires.

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L’économie mondiale tient bon, malgré la guerre en Iran et sept ans de crises. Mais la France décroche : 0,4 % de croissance, et le chômage repart à la hausse.

Une résilience que personne n’attendait

Pandémie. Chaînes d’approvisionnement à l’arrêt. Guerre en Ukraine, puis au Moyen-Orient. Flambée de l’énergie et des matières premières. Recomposition brutale des échanges.

Le tout en moins de sept ans.

Chacun de ces chocs, pris seul, aurait déjà été jugé improbable. Leur accumulation sur une période aussi courte relève de l’exceptionnel. C’est le constat posé par le Fonds monétaire international dans ses Perspectives de l’économie mondiale, publiées ce mardi 13 octobre.

Et pourtant, la machine n’a pas cédé.

Les marchés du travail ont tenu. Les systèmes financiers ont encaissé, y compris le plus fort resserrement monétaire depuis près d’un demi-siècle. L’inflation a reflué après ses pics, même si elle s’accroche dans plusieurs pays.

Le FMI a même légèrement relevé sa prévision de croissance mondiale pour 2026, désormais fixée à 3,1 %, soit 0,2 point de plus qu’en juillet. Un ralentissement tout de même par rapport aux 3,5 % attendus en 2025, avant une remontée à 3,4 % en 2027.

Deux moteurs expliquent cette tenue.

D’abord, l’adaptation des marchés de l’énergie. Réorientation des approvisionnements, hausse de la production ailleurs, recours aux stocks, substitution par d’autres sources dont les renouvelables, gains d’efficacité. Sans ces amortisseurs, la seule perturbation pétrolière aurait sévèrement amputé la croissance cette année.

Ensuite, l’investissement massif dans l’intelligence artificielle, porté par l’espoir de rendements plus élevés et visible dans les valorisations boursières. Il a dopé l’activité et soutenu le commerce mondial.

Les économies avancées devraient ainsi croître de 2,1 % en 2026. Celles qui sont intégrées à la chaîne de l’IA, comme Taïwan ou la Corée du Sud, font nettement mieux. La Chine, elle, ralentit à 4,5 %, freinée par une demande intérieure atone.

Un monde à deux vitesses, et la France du mauvais côté

Le FMI parle désormais d’une « économie mondiale fragmentée ». La faute à deux forces contraires : l’essor de l’IA d’un côté, la guerre de l’autre.

Car le conflit entre les États-Unis et l’Iran, déclenché en février, est entré dans son huitième mois. Les représailles de Téhéran ont fait grimper les prix de l’énergie. Les produits pétroliers raffinés restent 70 % à 95 % au-dessus de leurs niveaux d’avant-guerre.

Les pays importateurs d’énergie qui ne profitent pas de la vague IA sont les plus exposés. L’Europe en fait partie.

La zone euro ne devrait croître que de 1,1 % cette année, plombée par une énergie chère et une confiance des ménages en berne. Le rebond du deuxième trimestre, à 2,6 % après une croissance nulle en début d’année, n’y change pas grand-chose. Le FMI anticipe à peine 1,2 % en 2027.

Le Fonds s’inquiète aussi de stocks de gaz inférieurs aux normales saisonnières dans certaines régions européennes, ce qui rend le marché vulnérable aux caprices de la météo à l’approche de l’hiver.

Côté prix, l’inflation européenne est attendue à 3,1 % cette année et 2,8 % l’an prochain, loin de la cible de 2 % de la BCE. L’inflation sous-jacente ne reviendrait à 2 % qu’à la mi-2028.

Et dans ce paysage déjà terne, la France fait figure de mauvais élève.

L’Allemagne vise 1,3 %. L’Espagne reste solide à 2,5 %. Le Royaume-Uni voit même sa prévision relevée à 1,3 %.

La France ? 0,4 % de croissance seulement en 2026, contre 0,9 % attendus en 2025. Pire, le chômage devrait grimper à 8,4 %, contre 7,7 % l’an dernier.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

La fin de l’argent facile : rigueur exigée

Le reste du rapport sonne comme un avertissement.

Si les capacités d’approvisionnement ne sont pas renforcées et les marges reconstituées, l’économie mondiale pourrait bientôt buter sur les limites de sa résilience. Les stocks énergétiques fondent, et le prochain choc géopolitique frapperait les prix plus durement. Les ménages et pays modestes restent en première ligne face à la hausse des prix alimentaires.

L’IA elle-même n’est pas sans danger. L’expansion mondiale repose sur une poignée d’entreprises, de secteurs et de pays. Le FMI prévient que ce vent porteur pourrait retomber brutalement si les espoirs de profits et de productivité étaient revus à la baisse.

Mais c’est sur les finances publiques que le diagnostic est le plus sévère.

Les coûts d’emprunt ont fortement augmenté dans les grands pays avancés. La dette publique est élevée dans de nombreux États, et les marges budgétaires ont été englouties par les crises successives. Taux plus hauts et endettement massif forment une vulnérabilité.

Le FMI pointe un paradoxe dérangeant : malgré le durcissement monétaire d’après-Covid, les déficits primaires sont restés élevés, souvent bien au-dessus de leurs niveaux d’avant. Les banques centrales ont serré la vis pendant que les États continuaient de dépenser.

Le Fonds a testé un scénario noir : flambée des matières premières, doutes sur les budgets, réévaluation du risque des dettes publiques par les marchés. La croissance de 2027 serait alors nettement inférieure aux prévisions, l’inflation sensiblement plus forte. Le remède ? Remettre les dettes sur une trajectoire soutenable.

La cheffe économiste du FMI, Silvana Tenreyro, réclame une « action urgente ». Les aides face à la vie chère doivent rester temporaires et ciblées. La politique monétaire doit rester fermement tournée vers la stabilité des prix, quitte à relever les taux. Et l’indépendance des banques centrales demeure essentielle.

Sa conclusion tient en une phrase : la résilience de l’économie mondiale « atteint ses limites ». Il faut désormais passer de la gestion de crise à la reconstruction, restaurer les marges budgétaires et renforcer l’offre.

Un message que Paris, avec sa croissance anémique et son chômage en hausse, ferait bien d’entendre.

(Crédit photo : REUTERS/Leah Millis/File Photo/File Photo)