Enfin une bonne nouvelle pour l’emploi

Résumé IA
L'emploi salarié privé en Nouvelle-Calédonie progresse pour le troisième trimestre consécutif, atteignant 56 650 salariés au 2e trimestre 2026, selon l'Isee. Cette embellie s'accompagne d'une hausse des créations d'entreprises et d'un net rebond du tourisme. Toutefois, la reprise reste fragile, marquée par un déficit commercial qui se creuse et des pertes d'emplois persistantes dans le nickel et le BTP.
Emploi privé en hausse, entreprises plus solides, touristes de retour : la Nouvelle-Calédonie relève la tête.
Mais derrière les bons chiffres, la facture énergétique, le déficit commercial et le nickel rappellent que rien n’est acquis.
L’emploi privé et les entreprises reprennent la main
Il aura fallu attendre près de trois ans. Pour la première fois depuis la fin de l’année 2023, la Nouvelle-Calédonie aligne trois trimestres consécutifs de hausse de l’emploi salarié privé. C’est le principal enseignement de la note de conjoncture publiée par l’Isee en octobre 2026. Une bonne nouvelle, réelle et mesurable. Mais une bonne nouvelle qui ne doit pas masquer le reste du tableau.
Car l’institut de la statistique parle lui-même d’une reprise contrastée, sur fond de déséquilibres persistants. Le mot est juste.
Les chiffres d’abord. Au 2e trimestre 2026, le secteur privé compte 56 650 salariés, selon les données provisoires de la Cafat et de l’Isee. Soit près de 700 emplois de plus en un an, une progression de 1,2 %.
En données corrigées des variations saisonnières, la hausse atteint 1,1 % sur le seul trimestre. Les deux trimestres précédents n’avaient progressé que de 0,4 % puis 0,1 %. L’accélération est nette.
Ce sont les entreprises qui portent ce redressement. Après une forte contraction du nombre d’employeurs entre début 2024 et fin 2025, la tendance s’inverse depuis le début de l’année : une centaine d’employeurs supplémentaires, même si leur nombre reste inférieur à celui de l’an dernier.
Le tissu économique tient. Le taux de radiation des entreprises productives recule de 2,9 % à 2,5 %. Le solde net des créations redevient positif, à +14, contre -40 un an plus tôt. Chez les travailleurs indépendants, il passe de 143 à 180. Et les liquidations judiciaires tombent de 78 à 56.
Côté bilan, les nouveaux crédits d’investissement accordés aux entreprises progressent de 1,9 %, à 7,0 milliards de F.CFP. Les dépôts à vue augmentent dans les mêmes proportions. Les créances douteuses nettes, elles, reculent de 6,3 %.
Autrement dit : ceux qui produisent, investissent et embauchent sont en train de remettre le pays en mouvement.
Le nombre de chômeurs indemnisés de droit commun chute de 41,4 %. L’Isee reste prudent sur ce point : impossible, à ce stade, de distinguer les reprises d’emploi des fins de droits. Le chiffre ne dit donc pas tout.
Et les difficultés n’ont pas disparu. 217 entreprises ont sollicité l’allocation exceptionnelle de maintien dans l’emploi, pour 2 755 salariés potentiellement indemnisables. C’est beaucoup moins qu’il y a un an, où l’on comptait 1 703 entreprises et plus de 23 000 salariés concernés. Mais le dispositif, qui a pris le relais du chômage partiel exceptionnel en juillet 2025, existe toujours. Ce n’est pas un détail.
Ménages : la consommation repart, l’énergie plombe les budgets
Les Calédoniens recommencent à acheter. Les achats de véhicules neufs bondissent de 55,7 % sur un an. Les achats immobiliers progressent de 49,4 %, les crédits à la consommation de 27,6 %. Seuls les voyages des Calédoniens reculent, de 4,1 %.
Mais le portefeuille souffre.
Sur un an, les prix de l’énergie s’envolent de 19,3 %. Ceux de l’alimentation baissent de 1,6 %, ce qui contient l’inflation globale à 0,9 % entre juin 2025 et juin 2026. Pour les ménages modestes, l’indice de l’énergie passe de 111,9 à 128,1.
Les signaux de tension restent là. Les nouveaux découverts bancaires augmentent de 3,8 %. Les créances douteuses des ménages ne baissent pas, elles se stabilisent à un niveau élevé. L’épargne, elle, ne bouge guère.
Une partie des familles calédoniennes vit donc sur une ligne de crête : elle consomme davantage, mais à crédit et sous la pression d’une facture énergétique qui ne cesse de grimper.
Déficit, nickel, BTP : les vrais points noirs
Le déficit commercial se creuse sévèrement. Il atteint 29,7 milliards de F.CFP, contre 18,2 milliards un an plus tôt.
La raison est claire. Les importations explosent de 27,5 %, à 67,3 milliards de F.CFP, tirées par les machines électriques et industrielles, le soufre et la houille destinés à l’industrie, notamment métallurgique. Les exportations progressent aussi, mais plus modestement : +9,6 %, à 37,6 milliards. Le nickel en représente l’essentiel, avec 35,0 milliards de F.CFP vendus à l’extérieur.
Résultat : le taux de couverture des importations par les exportations chute de 65,0 % à 55,9 %.
Le nickel justement. La mine rebondit : 3,4 millions de tonnes humides extraites, en hausse de 21,7 %, et des exportations de minerai en progression de 22,2 % en valeur. La métallurgie, en revanche, recule de 3,9 %, à 16 734 tonnes de nickel contenu.
L’emploi de la filière dit tout de la blessure. 4 600 salariés aujourd’hui. Depuis le 1er trimestre 2024, le secteur a perdu 1 800 emplois, soit 28,3 % de ses effectifs. La chute ralentit, l’Isee le note. Mais l’emploi reste nettement inférieur à son niveau d’avant la crise de 2024 et à celui d’avant l’arrêt de la production de KNS.
Le BTP raconte la même histoire. Les ventes de ciment remontent de 11,4 %, à 9 110 tonnes, loin toutefois des quelque 15 000 tonnes du début 2024. Les nouveaux crédits immobiliers bondissent de 79,7 %, à 5,5 milliards de F.CFP. Sur le papier, la machine se relance.
Sur le terrain, non. Le secteur compte 4 260 salariés, 25 % de moins qu’au 1er trimestre 2024. Et l’indice BT21 du coût des matériaux grimpe de 2,9 % entre mars et juin, de quoi renchérir les chantiers et rogner les marges.
Le tourisme, enfin, offre un vrai motif de satisfaction : 17 041 visiteurs, en hausse de 36,7 %, et 52 282 croisiéristes, soit 14,1 % de plus. Mais dans le même temps, le trafic aérien intérieur s’effondre de 67,5 %, à 13 934 passagers contre 42 865 un an plus tôt. Les liaisons avec les îles et l’intérieur restent durablement perturbées.
Le constat est là, sans fard. L’économie privée a recommencé à créer des emplois et les entreprises se consolident. C’est la preuve que la reprise passe d’abord par ceux qui travaillent et qui investissent. Mais avec un nickel amputé de près d’un tiers de ses effectifs, un BTP exsangue et une balance commerciale qui se dégrade, la Nouvelle-Calédonie n’est pas encore sortie de l’ornière.



