Aircal : six mois pour survivre

Résumé IA
Le tribunal mixte de commerce de Nouméa prolonge la période d’observation d’Air Calédonie jusqu’à mi-avril 2027, évitant la liquidation. Le directeur Daniel Houmbouy confirme ce sursis, visant à finaliser le plan de redressement de la compagnie, dont environ 220 emplois dépendent. La reprise des vols vers certaines îles s’effectue, mais Maré reste fermée depuis le 2 mars.
Six mois de plus. C’est le délai que la justice vient d’accorder à Air Calédonie pour échapper à la liquidation.
Derrière ce sursis, 220 salariés, des îles qui attendent leurs avions, et une compagnie publique qui paie au prix fort sept mois de blocages.
Un sursis arraché au tribunal
La décision est tombée le jeudi 8 octobre.
Le tribunal mixte de commerce de Nouméa a prolongé la période d’observation d’Air Calédonie jusqu’à la mi-avril 2027. Six mois supplémentaires pour une compagnie placée en redressement judiciaire depuis le 14 avril dernier, et dont la première période d’observation arrivait à son terme.
Daniel Houmbouy, directeur d’Aircal, l’a confirmé aux Nouvelles calédoniennes. Il précise que la demande était portée par l’Adanc, l’Agence pour la desserte aérienne, actionnaire principal de la compagnie. Le but affiché :
finaliser le plan de redressement de la compagnie et consolider notre activité.
Le message est simple. Pas question de laisser disparaître l’outil qui relie la Grande Terre aux îles.
Car l’enjeu dépasse largement le bilan comptable d’une entreprise. Air Calédonie, c’est la continuité territoriale au quotidien : des patients qui doivent rejoindre Nouméa, des fonctionnaires, des familles, des commerçants. C’est aussi environ 220 emplois directement menacés si le plan échoue.
Le directeur affiche pourtant un certain optimisme. Il parle d’un contexte « encourageant », porté par le retour des vols vers l’île des Pins, Lifou et, plus récemment, Ouvéa. Sur ces trois lignes, le trafic serait « soutenu ».
Une éclaircie. Pas encore une sortie de crise.
Sept mois de blocages, une compagnie à genoux
Pour comprendre comment une compagnie publique en est arrivée là, il faut remonter au 2 mars.
Ce jour-là, des collectifs coutumiers bloquent les aérodromes des îles Loyauté et de l’île des Pins. Leur cible : le transfert des activités d’Aircal de l’aérodrome de Magenta vers l’aéroport international de La Tontouta. Un projet présenté par les autorités comme indispensable au redressement de la compagnie.
Résultat immédiat : plus aucun vol domestique. Vingt-cinq jours d’arrêt total, et une trésorerie qui s’effondre.
Le 27 mars, le conseil d’administration tranche à l’unanimité. La direction dépose elle-même le bilan, constatant une situation financière devenue intenable. Deux semaines plus tard, le tribunal ouvre la procédure de redressement judiciaire. Conséquence majeure : le gel de l’ensemble des dettes, seul moyen de préserver ce qui restait de liquidités.
Il faut le rappeler, la compagnie n’était déjà pas florissante. Avant même les blocages, un soutien de 500 millions de francs de la Nouvelle-Calédonie était prévu, son budget 2026 tablant sur 220 000 passagers, un niveau insuffisant pour atteindre l’équilibre. Les blocages n’ont pas créé la fragilité. Ils l’ont transformée en naufrage.
La suite s’est jouée île par île, au rythme des négociations.
L’île des Pins a levé son blocage rapidement. Lifou a dû attendre le 3 juin pour revoir un avion d’Aircal à Wanaham, après trois mois de paralysie. À Ouvéa, les vols n’ont repris que le 10 septembre, grâce à l’accord de la chefferie de Banutr, propriétaire d’une partie du foncier de l’aérodrome, une décision alors contestée par le collectif et une large part des chefferies de l’île.
Il a fallu que le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, se déplace lui-même à Ouvéa le 1er octobre pour rencontrer les trois grandes chefferies. Bilan de la négociation : deux rotations par semaine entre La Tontouta et Hulup, avec la possibilité de renforcer la liaison selon les besoins, notamment pendant les vacances.
Deux vols hebdomadaires. Pour une île entière. Voilà où en est aujourd’hui la desserte d’un territoire français.
Maré, dernier verrou d’une desserte en otage
Reste Maré.
Depuis le 2 mars, l’aérodrome de La Roche n’a plus vu un seul appareil d’Air Calédonie. Plus de sept mois de fermeture. L’exécutif dit désormais concentrer ses efforts sur l’île, mais aucune date de reprise n’a été annoncée à ce jour.
En attendant, c’est un petit opérateur privé qui comble le vide. Air Oceania relie Maré et Ouvéa depuis Magenta avec un Tecnam de neuf places. Le gouvernement a validé, le 28 septembre, son nouveau programme de vols jusqu’en février 2027 : une rotation quotidienne du lundi au vendredi vers chacune des deux îles, avec la possibilité d’un vol supplémentaire par jour. Un dispositif utile, mais sans commune mesure avec ce qu’assurait la compagnie publique.
La situation a quelque chose de profondément absurde. Une compagnie financée par la collectivité, donc par le contribuable calédonien, se retrouve empêchée d’exercer sa mission de service public par quelques collectifs qui contestent une décision de gestion. Et ce sont les habitants des îles eux-mêmes, les malades, les salariés, les familles, qui en subissent les conséquences les plus lourdes.
Les six mois accordés par le tribunal ne sont pas un chèque en blanc.
Ils offrent à la direction le temps de présenter un plan de redressement crédible. Mais ce plan ne pourra tenir que si la compagnie vole partout, normalement, sans dépendre de négociations au cas par cas pour chaque piste. La compagnie elle-même l’avait reconnu dès juin : c’est la reprise sur l’ensemble des Loyauté qui améliorera réellement sa situation financière.
D’ici avril, Air Calédonie devra prouver qu’elle peut redevenir viable. Encore faut-il qu’on la laisse travailler.
(Crédit photo : AIR CALEDONIE)



