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Au delà du récif

Blocus : les policiers portent plainte contre l’État

15 octobre 2026 à 05:01
4 min de lecture
Blocus : les policiers portent plainte contre l’État

Résumé IA

Le syndicat Alliance Police nationale porte plainte contre l’État pour “mise en danger de la vie d’autrui”, dénonçant des consignes “floues” et un ministre, Laurent Nuñez, en décalage avec le terrain lors des violences lycéennes. Le syndicat réclame l’identification des responsables. Selon Sébastien Lecornu, 937 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début du mouvement.

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Ils tiennent la rue depuis des semaines, et ils en ont assez de payer pour les autres.
Alliance Police nationale saisit la justice contre l’État lui-même.

Des ordres flous, un ministre en décalage

“Chienlit d’État : les policiers trahis, abandonnés et livrés à eux-mêmes !”

Le titre du communiqué donne le ton. Publié ce mercredi 14 octobre, le texte d’Alliance Police nationale annonce une décision rare : le syndicat porte plainte contre l’État pour “mise en danger de la vie d’autrui”.

En toile de fond, la mobilisation lycéenne. Un mouvement qui, depuis plusieurs semaines, déborde régulièrement en violences autour des établissements, et que les forces de l’ordre encaissent en première ligne.

Le diagnostic du syndicat est sans appel. Les policiers seraient “esseulés, trahis, abandonnés, exposés à la violence et livrés à la vindicte”.

Des mots durs. Mais des mots qui disent un malaise profond.

Au cœur de la colère, un reproche précis. Alliance pointe une “dissonance devenue insupportable” entre ce que déclare publiquement le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et les consignes réellement transmises aux agents sur le terrain.

D’un côté, la parole officielle. De l’autre, des instructions que le syndicat juge “floues”, des injonctions qualifiées de “contradictoires” et ce qu’il appelle des “discours de façade”.

Résultat : des fonctionnaires envoyés au contact sans savoir exactement ce qu’on attend d’eux.

Le syndicat ne prend pas de gants pour interpeller directement le ministre. “Votre administration vous ment-elle ? Ou les policiers sont-ils délibérément sacrifiés sur l’autel de la communication politique ?”

La question est posée. Elle restera dans les mémoires.

Car derrière la formule, c’est une crainte bien concrète qui s’exprime : celle d’un drame dans les rangs. “Qui en assumera les conséquences ?”, demande Alliance.

Cette inquiétude n’est pas isolée. Reda Belhaj, porte-parole du syndicat Unité Île-de-France, a lui aussi alerté sur le risque de voir un collègue gravement touché lors de ces opérations de maintien de l’ordre.

Un bilan qui donne raison à la colère

Les chiffres, eux, ne relèvent pas de l’impression.

Selon le chef du gouvernement, Sébastien Lecornu, 937 policiers et gendarmes ont été blessés depuis le début du mouvement lycéen. Neuf cent trente-sept. Le chiffre mérite d’être répété, tant il pèse.

À ce bilan s’ajoutent 149 personnels de l’Éducation nationale blessés, ainsi que 248 élèves, touchés “souvent dans le cadre de violences urbaines”, toujours selon Matignon.

Autrement dit, ce ne sont pas de simples rassemblements de jeunes inquiets pour leur avenir. Ce sont, trop souvent, des scènes de violence où les forces de l’ordre servent de cible.

Et pendant ce temps ? L’Inspection générale de la police nationale, la “police des polices”, s’est vu confier 36 enquêtes portant sur des actes mettant en cause des policiers.

Le contraste est saisissant. D’un côté, près d’un millier d’agents blessés. De l’autre, des fonctionnaires placés sous le regard de l’IGPN, alors même qu’ils dénoncent des consignes qu’ils jugent incohérentes.

On comprend mieux pourquoi le mot “trahis” revient dans le communiqué.

L’heure des responsabilités

Alliance ne se contente pas de dénoncer. Le syndicat exige des comptes.

“Il est temps de mettre à plat la chaîne de commandement, d’identifier les auteurs des consignes litigieuses et d’établir les responsabilités à tous les niveaux de l’État.” La demande est claire : savoir qui a donné quels ordres, et pourquoi.

Puis vient la phrase qui résume tout l’état d’esprit des troupes.

Les policiers ne seront ni les boucliers d’une communication politique, ni les fusibles d’une administration qui refuse d’assumer ses décisions.

Le communiqué se referme sur une formule martelée comme un avertissement : “À chacun ses ordres. À chacun ses mensonges. À chacun ses responsabilités.”

Reste désormais l’épreuve du droit.

Pour que la plainte soit jugée recevable, le syndicat devra apporter la preuve d’un lien de causalité entre le préjudice subi par les forces de sécurité et l’action de l’État, c’est-à-dire les consignes données à ceux qui assurent le maintien de l’ordre face aux mouvements lycéens.

La barre est haute. Mais le message, lui, est déjà passé.

Ceux qui protègent la République refusent d’être sacrifiés par ceux qui la dirigent. Et ils entendent que cela se sache, jusque devant un juge.

(Crédit photo : Christophe ARCHAMBAULT / AFP)