Ils retournent à l’école… en vacances !

Résumé IA
Le groupe scolaire de Saint-Michel expérimente le dispositif BAME, qui mêle français, maths et loisirs pour des élèves de 3 à 13 ans repérés en décrochage. 26 enfants participent, encadrés par des enseignants et les animateurs du centre de loisirs des Villages de Magenta. Le dispositif, déployé dans neuf écoles prioritaires de la province Sud, sera évalué en fin de semaine.
Saint-Michel prouve que l’école peut reprendre la main sur le décrochage, même en vacances.
Pas de grand discours : des enseignants, des animateurs, du français, des maths, et des enfants qui reviennent avec le sourire.
Les vacances qui ramènent à l’essentiel
À Saint-Michel, la cour de récréation ne s’est pas vidée avec les vacances d’octobre.
Elle s’est remplie autrement.
Le groupe scolaire accueille cette semaine une expérimentation lancée par la province Sud : le dispositif Bien avec mon école, plus connu sous le sigle BAME. Une première, financée grâce à la dotation républicaine de solidarité de l’État. Le principe est clair : on ne laisse pas filer les élèves qui décrochent, on va les chercher.
Concrètement, les enseignants de l’école travaillent main dans la main avec les animateurs du centre de vacances et de loisirs de l’Association Les Villages de Magenta. Deux mondes qui se croisent rarement. Ici, ils partagent les mêmes enfants, le même objectif et les mêmes matinées.
Les chiffres sont modestes, et c’est voulu. Sur 37 places ouvertes aux enfants de 3 à 13 ans, 26 élèves ont été inscrits, tous avec l’accord de leurs parents. Ce sont les équipes de l’établissement qui les ont repérés. Le centre de loisirs a ensuite pris contact avec les familles.
Nathalie De Brugada Vila, référente du dispositif et des centres de vacances à la DCJS, pilote l’ensemble. Le programme mêle apprentissages fondamentaux, compétences psychosociales, loisirs éducatifs et activités de découverte.
Rien de révolutionnaire sur le papier. Mais l’ambition est saine : remettre l’enfant au travail sans lui donner l’impression d’être puni.
Français, maths et méthode : le retour aux fondamentaux
Le matin, on ne plaisante pas avec les bases.
Dès 8 heures, les enfants sont accueillis. Jusqu’à 11 heures, ils travaillent le français et les mathématiques, avec une thématique différente chaque jour. Le vivre-ensemble s’invite aussi dans ces créneaux, parce qu’apprendre suppose d’abord de savoir se tenir en groupe.
Trois enseignants sont mobilisés. Chacun est épaulé par un animateur durant toute la matinée.
Jérémi, enseignant complémentaire du dispositif, assume une méthode différente de celle de la classe. Beaucoup de manipulation, du travail en équipe, une large place au jeu. Selon lui, les enfants s’impliquent davantage et en redemandent.
Océane, qui enseigne habituellement en CE1-CE2, a pris en charge cette semaine les plus petits, ceux de maternelle. Son objectif est simple : consolider les acquis. Elle raconte aussi découvrir ses élèves sous un autre jour, loin de la pression habituelle.
Avec les CM1-CM2, Malia, enseignante de cycle 2, constate le même effet. Les petits groupes permettent un suivi presque individuel. Certains enfants redoutaient de retrouver l’école pendant leurs congés. Ils se disent finalement ravis.
C’est peut-être là le vrai enseignement de la semaine. Un élève en difficulté n’est pas un élève perdu. Avec un adulte disponible, un cadre clair et du temps, il se remet à avancer.
Autour d’eux, tout le monde s’y met : enseignants, animateurs, intervenants extérieurs, personnel de service. Les journées sont pensées comme un tout, sans rupture entre le sérieux du matin et les loisirs de l’après-midi.
La directrice du centre de loisirs des Villages de Magenta ne cache pas son enthousiasme. Elle se dit plus que satisfaite. Pour elle, ce centre ne ressemble à aucun de ceux qu’elle organise d’habitude : la complémentarité entre ses équipes et les enseignants change visiblement la donne. Elle souhaite que l’expérience continue.
Les enfants, eux, retiennent surtout le plaisir de retrouver leurs copains et leur maîtresse. Owhen, 6 ans, parle avec fierté de ce qu’elle apprend : se laver les mains, les règles de sécurité, mais aussi chanter et danser.
Le centre s’est même transformé, le temps d’une activité, en salon de coiffure. Un détail ? Pas vraiment. Prendre soin de soi fait partie du programme.
600 à 800 jeunes sans diplôme chaque année : l’urgence est là
Derrière l’ambiance bon enfant, il y a une réalité brutale.
En Nouvelle-Calédonie, entre 600 et 800 jeunes quittent chaque année le système scolaire sans le moindre diplôme. L’absentéisme progresse. Le décrochage commence de plus en plus tôt, parfois dès les premières années d’école.
Face à ce constat, la province Sud n’a pas choisi la complainte. Elle a choisi l’action, avec le soutien de l’État. Le dispositif BAME s’inscrit dans le cadre du Pacte de refondation et se déploie dès cette année dans neuf écoles prioritaires de la province.
Pour ces vacances d’octobre 2026, trois centres de loisirs ont été organisés.
Deux organisateurs ont répondu à l’appel à projets provincial. Les Villages de Magenta à Saint-Michel, d’une part. L’Association calédonienne pour l’animation et la formation, l’ACAF, d’autre part, présente à Dumbéa-sur-Mer à l’école Michelle-Delacharlerie-Rolly et à Païta à l’école Les Scheffleras.
Reste maintenant l’étape décisive : l’évaluation.
Un bilan sera dressé à la fin de la semaine. Nathalie De Brugada Vila insiste sur deux points : la complémentarité des équipes et la place centrale de l’enfant. Elle rappelle aussi qu’il faudra mesurer précisément les moyens engagés avant d’envisager de pérenniser l’opération.
C’est la bonne méthode. L’argent public n’a pas vocation à financer des intentions, mais des résultats.
À Saint-Michel, la première semaine a en tout cas montré qu’un travail collectif, exigeant et bienveillant, peut redonner aux enfants le goût d’apprendre. La directrice du centre l’a dit sans détour en remerciant la province Sud : elle espère que le dispositif sera reconduit.
Si les résultats suivent, il faudra l’étendre. Car l’école de la République ne se résigne pas à voir ses enfants sortir par la petite porte.
(Crédit photo : province Sud)


