Nickel : la production indonésienne devrait reculer de 4 % en 2026, un tournant pour le marché mondial

Résumé IA
Selon le Forum indonésien de l’industrie du nickel, la production indonésienne de nickel transformé pourrait reculer de 3,5 % à 4 % en 2026, une première après des années d’expansion. Ce ralentissement, lié aux restrictions minières et à la hausse des coûts, ne suffirait pas à résorber l’excédent mondial, qui pourrait atteindre 19 000 tonnes cette année.
Après plusieurs années d'expansion industrielle, l'Indonésie pourrait enregistrer une baisse de sa production de nickel transformé en 2026. Une évolution significative pour le premier producteur mondial, confronté à la hausse de ses coûts, aux restrictions minières et aux difficultés d'approvisionnement de ses fonderies.
Une baisse de production estimée entre 3,5 % et 4 %
Selon les prévisions communiquées le 14 octobre 2026 par le Forum indonésien de l'industrie du nickel (FINI), la production nationale de produits transformés à base de nickel devrait diminuer de 3,5 % à 4 % cette année. Cette estimation repose sur une production de référence de 2,5 millions de tonnes de nickel contenu en 2025. Si elle se confirme, la production indonésienne pourrait ainsi s'établir entre 2,4 et 2,41 millions de tonnes en 2026.
Cette contraction constitue un changement notable pour un pays dont la croissance industrielle a profondément bouleversé le marché mondial du nickel.
L'Indonésie représente désormais plus de 60 % de la production mondiale, une domination construite grâce à des investissements massifs dans les infrastructures minières et métallurgiques, notamment avec le soutien d'entreprises chinoises.
Des fonderies confrontées à plusieurs difficultés
Cette baisse attendue ne résulte pas d'un seul facteur. Les industriels indonésiens doivent composer avec plusieurs contraintes qui fragilisent leur compétitivité. La première concerne les restrictions imposées à l'extraction du minerai de nickel. Jakarta a réduit les quotas miniers afin de limiter la surproduction et de soutenir les cours internationaux.
Ces décisions ont provoqué une hausse du prix du minerai disponible localement, compliquant l'approvisionnement des installations métallurgiques.
Dès juin, certaines lignes de production des provinces de Sulawesi du Sud et de Sulawesi central avaient réduit leur activité à moins de 50 % de leur capacité.
À ces difficultés s'ajoutent :
La hausse du coût du soufre et de l'acide sulfurique, indispensables à certaines technologies de transformation du nickel.
Les épisodes de sécheresse liés à El Niño, susceptibles de réduire les ressources en eau nécessaires aux installations industrielles.
La réorientation de certaines capacités énergétiques vers l'aluminium, plusieurs exploitants envisageant de privilégier cette production au détriment du nickel.
Ces contraintes pourraient prolonger le ralentissement de certaines fonderies au cours des derniers mois de 2026.
Jakarta tente de reprendre le contrôle du marché du nickel
Depuis plusieurs années, l'Indonésie poursuit une stratégie industrielle ambitieuse : transformer davantage de minerai sur son territoire plutôt que de l'exporter à l'état brut.
L'interdiction des exportations de minerai non transformé, entrée en vigueur en 2020, a favorisé l'implantation de nombreuses usines de transformation, largement financées par des investisseurs étrangers.
Mais cette expansion rapide a également contribué à une surproduction mondiale, exerçant une pression durable sur les cours du nickel.
Pour tenter de rééquilibrer le marché, le gouvernement indonésien a donc décidé de limiter les volumes d'extraction autorisés.
Cette politique présente toutefois un paradoxe : en cherchant à soutenir les prix, Jakarta fragilise certaines de ses propres installations industrielles, qui peinent désormais à obtenir suffisamment de minerai.
Malgré ces difficultés, le pays continue d'attirer des investissements. Le 8 octobre, le président Prabowo Subianto a inauguré de nouveaux projets industriels à Weda Bay, confirmant la volonté indonésienne de conserver sa position dominante.
Un marché mondial qui reste excédentaire
La diminution annoncée de la production indonésienne ne signifie pas pour autant la fin de la surproduction mondiale.
Le 13 octobre, l'International Nickel Study Group (INSG) a révisé ses prévisions et anticipe désormais un excédent de 19 000 tonnes de nickel en 2026, alors qu'il prévoyait auparavant un déficit.
Pour 2027, cet excédent pourrait atteindre 70 000 tonnes, avec une production mondiale estimée à 4,07 millions de tonnes pour une consommation de 4 millions de tonnes.
Le groupe japonais Sumitomo Metal Mining prévoit également un marché excédentaire en 2027, même si ses estimations diffèrent de celles de l'INSG.
Autrement dit, le recul de la production indonésienne ne suffirait pas, à lui seul, à rétablir durablement l'équilibre entre l'offre et la demande.
Quelles conséquences pour le nickel calédonien ?
Pour la Nouvelle-Calédonie, ces évolutions méritent une attention particulière.
Depuis plusieurs années, la montée en puissance de l'Indonésie a profondément modifié les conditions de concurrence auxquelles sont confrontés les producteurs calédoniens.
Les volumes considérables mis sur le marché par les installations indonésiennes ont contribué à maintenir une pression sur les prix, compliquant la situation économique des opérateurs historiques.
Un ralentissement durable de la production indonésienne pourrait donc constituer un signal favorable pour les producteurs calédoniens, à condition qu'il entraîne une remontée suffisamment importante des cours internationaux.
Mais plusieurs incertitudes demeurent. D'une part, les prévisions mondiales montrent que les excédents pourraient persister en 2027. D'autre part, les capacités industrielles indonésiennes restent considérables et pourraient rapidement retrouver une dynamique de croissance si les quotas miniers étaient assouplis.
Pour la Nouvelle-Calédonie, cette évolution ne constitue donc pas encore une véritable inversion de tendance.
Elle rappelle néanmoins que la domination indonésienne, malgré son ampleur, n'est pas à l'abri des contraintes économiques, énergétiques et industrielles.
Une année charnière pour le premier producteur mondial
L'Indonésie aborde ainsi la fin de l'année 2026 dans une situation paradoxale.
Le pays demeure incontournable sur le marché mondial du nickel, mais sa politique de régulation, la hausse des coûts de transformation et les difficultés rencontrées par ses fonderies commencent à peser sur sa production.
Pour les autres pays producteurs, dont la Nouvelle-Calédonie, la question sera désormais de savoir si cette contraction constitue un simple ajustement temporaire ou le début d'un rééquilibrage plus durable du marché international.
La réponse dépendra largement des décisions de Jakarta concernant les quotas miniers en 2027 et de l'évolution des cours mondiaux du nickel.


