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Pendant que le monde chauffe, le Caillou gèle

15 octobre 2026 à 09:00
5 min de lecture
Pendant que le monde chauffe, le Caillou gèle

Résumé IA

En Nouvelle-Calédonie, septembre 2026 enregistre un froid inédit depuis 1994, avec une température moyenne de 20,2°C et des records de fraîcheur nocturne à Lifou, Maré et Poum. Météo-France attribue ce phénomène à El Niño, tandis que le nord-ouest subit une sécheresse sévère.

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Dans les champs du nord-ouest, on guette le ciel depuis six mois. Pendant ce temps, tout le pays a sorti les pulls en plein mois de septembre.

Un froid inédit depuis 32 ans

Les chiffres sont tombés le 14 octobre, et ils ne laissent aucune place à l’interprétation. Selon le bulletin climatique mensuel de Météo-France Nouvelle-Calédonie, septembre 2026 a été un mois froid, sec et venteux. Une combinaison rare, que le territoire n’avait plus connue avec une telle netteté depuis plus de trois décennies.

Pas de récit à construire ici. Seulement des relevés, station par station, qui racontent un mois hors norme.

La température moyenne mensuelle s’est établie à 20,2°C à l’échelle du pays, soit -1,0°C sous les valeurs de saison. Il faut remonter à 1994 pour retrouver un mois de septembre aussi frais.

Le jour comme la nuit. La maximale mensuelle plafonne à 25,4°C, en retrait de 0,6°C sur la référence 1991-2020. La minimale descend à 15,1°C, soit 1,3°C sous la normale. Et certaines nuits ont franchement surpris : le 20 septembre, la moyenne pays est tombée à 13,3°C.

À Hapetra, sur Lifou, le thermomètre a affiché 6,4°C les 7 et 8 septembre. La valeur la plus basse du mois.

Plus parlant encore, six stations ont enregistré leurs nuits les plus fraîches jamais mesurées pour un mois de septembre, en moyenne mensuelle. Tadine à Maré avec 15,4°C, Poingam à Poum avec 19,2°C, Bouraké à Boulouparis avec 16,1°C, Pouébo avec 17,3°C, le Col des Roussettes à Houaïlou avec 14,2°C et Tango, à Koné, avec 14,3°C. Des records, de l’extrême nord aux îles Loyauté.

Seule exception notable, la fin de mois. Le 30, Bouraké a grimpé à 31,1°C, la journée la plus chaude de septembre.

Le contraste avec le reste du monde est frappant. D’après les réanalyses européennes ERA5, septembre 2026 se classe au deuxième rang des mois de septembre les plus chauds à l’échelle du globe depuis 1940, derrière 2023. Météo-France souligne d’ailleurs que la fraîcheur calédonienne est exceptionnelle au regard du contexte de réchauffement climatique. Le Caillou a donc vécu un mois à rebours de la tendance mondiale.

El Niño, alizés secs et anticyclone de Tasman

L’explication tient en un nom : El Niño. L’épisode a démarré en juillet 2026 et devrait continuer de se renforcer jusqu’à la fin de l’année.

Son influence a favorisé le maintien d’un puissant anticyclone sur la mer de Tasman. Celui-ci a entretenu un vif flux de sud pendant une grande partie du mois, d’où ces températures basses. Autour du territoire, l’océan a d’ailleurs continué de se refroidir, à contre-saison : 21,7°C en surface, 0,3°C sous la normale.

Les alizés secs, eux, se sont imposés 21 jours, trois de plus qu’habituellement à cette période. Ils n’ont cédé la place qu’à de brèves accalmies anticycloniques les 7 et 8, puis les 16 et 17, et à quelques averses éparses sous un alizé humide les 14 et 15, puis du 26 au 29.

Côté vent, Poingam a été la station la plus exposée, avec 11 journées de vent fort et la rafale la plus violente du mois, 87 km/h le 25 septembre. À l’inverse, Aoupinié, à Ponérihouen, a compté 23 journées de vent calme.

Il a fallu attendre le 30 pour voir une véritable dégradation. Fortes pluies sur le sud-est de la Grande Terre, sur la région de Poindimié et localement sur Lifou. À Goro usine, au Mont-Dore, 248,6 mm sont tombés en une seule journée. L’activité orageuse la plus intense s’étant produite début octobre, aucun impact de foudre n’a touché la terre ferme en septembre.

Le nord-ouest de la Grande Terre face à la sécheresse

Malgré cet épisode tardif, le bilan reste sévère. Avec un cumul moyen de 20 mm, les précipitations accusent un déficit de 64 % par rapport à la moyenne 1991-2020. Septembre 2026 se classe au 9e rang des mois de septembre les plus secs depuis 1955, à égalité avec 2021, 1994, 1979 et 1962.

Mais tout le pays n’est pas logé à la même enseigne.

Le nord-ouest de la Grande Terre est en première ligne. La sécheresse y est installée depuis six mois. À Ouégoa, il est tombé 4,2 mm sur tout le mois. À Gomen, sur la commune de Kaala-Gomen, 4,6 mm, soit 82 % de moins que la normale. Pour ces deux stations, c’est le deuxième mois consécutif sous la barre des 5 mm : 6,2 et 7,0 mm cumulés en deux mois. Koumac, Ouaco et Poingam n’ont connu qu’un seul jour de pluie.

Ailleurs, le paysage diffère. Poya affiche un excédent de 117 %, avec 67,1 mm. Goro usine totalise 330,1 mm sur le mois, et la Montagne des Sources, à Yaté, a vu la pluie tomber 19 jours.

Ces écarts dessinent un territoire coupé en deux, entre une côte est et un Grand Sud arrosés en fin de mois, et un nord-ouest qui attend toujours. Avec un El Niño appelé à se renforcer jusqu’en fin d’année selon Météo-France, la situation de cette région sera à suivre de près dans les prochains bulletins.