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Mémoire

Décapité pour avoir enseigné

16 octobre 2026 à 12:00
4 min de lecture
Décapité pour avoir enseigné

Résumé IA

Six ans après l'assassinat de Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie à Conflans-Sainte-Honorine, le procès en appel se solde par des peines réduites pour trois condamnés, seule celle d'Abdelhakim Sefrioui étant confirmée. Le drame a fracturé la gauche française, opposant défenseurs de la laïcité et tenants de l'accommodement, tandis que la question sociale a disparu des débats.

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Six ans. Six ans que la France a vu un enseignant tomber pour avoir fait son métier.

Et six ans plus tard, la question reste entière : qui défend encore vraiment ceux qui transmettent ?

Un professeur tué pour un cours

Il enseignait l’histoire et la géographie. Rien de plus, rien de moins.

Le 16 octobre 2020, Samuel Paty, professeur dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines, est assassiné à la sortie de son établissement. Il avait 47 ans.

Son meurtrier, Abdoullakh Anzorov, a 18 ans. C’est un jeune Tchétchène qui a obtenu en France le statut de réfugié. Le pays qui l’a accueilli et protégé est celui dont il frappe l’école.

Son mobile, il l’a lui-même revendiqué. Il disait vouloir venger le prophète Mahomet. Quelques jours plus tôt, l’enseignant avait montré des caricatures publiées par Charlie Hebdo pendant un cours d’éducation civique. Le sujet de ce cours était la liberté d’expression.

On peut difficilement imaginer plus symbolique.

L’assassin est abattu par la police peu après. Mais l’enquête établit vite qu’il n’a pas agi dans le vide.

Au départ de l’affaire, il y a un mensonge. Une collégienne a accusé son professeur. Elle n’avait pourtant pas assisté au cours en question. Son père, Brahim Chnina, s’est emparé de cette accusation et l’a diffusée sur les réseaux sociaux. Le prédicateur islamiste Abdelhakim Sefrioui l’a relayée. Une campagne de haine se met alors en place. Elle désigne une cible, un nom, un établissement.

Elle ne s’arrêtera qu’avec la mort de Samuel Paty.

Une justice qui a tranché, puis corrigé

Le premier procès s’ouvre devant la cour d’assises spéciale de Paris et dure sept semaines. En décembre 2024, les huit accusés sont tous reconnus coupables. Leurs peines vont de un à seize ans de prison.

Deux amis du tueur, Naïm Boudaoud et Azim Epsirkhanov, sont condamnés à seize ans de réclusion criminelle pour complicité d’assassinat. Brahim Chnina et Abdelhakim Sefrioui sont reconnus coupables d’association de malfaiteurs terroriste. Ils écopent respectivement de treize et quinze ans.

Selon la cour, les deux hommes avaient lancé une véritable fatwa numérique. Ils ne pouvaient ignorer où elle risquait de mener.

Quatre condamnés font appel. Le procès en appel s’ouvre à Paris le 26 janvier 2026.

Le verdict tombe au début du mois de mars. Les peines prononcées vont de six à quinze ans. Seule celle de Sefrioui, quinze ans, est confirmée. Pour les trois autres, elles sont réduites. Chnina passe de treize à dix ans.

Côté parties civiles, la décision est plutôt bien reçue. L’avocate des parents de l’enseignant estime que la famille a été entendue. La défense de Sefrioui, elle, annonce un pourvoi en cassation.

Le dossier n’est donc pas clos. La mémoire, elle, ne doit pas l’être.

Le collège de l’enseignant porte désormais officiellement son nom. C’est un geste, mais il ne suffit pas.

La gauche face à son propre miroir

Ce drame n’a pas seulement endeuillé une famille et une profession. Il a aussi fracturé la gauche française, et cette fracture n’a pas été refermée depuis.

D’un côté, il y a une gauche républicaine. Elle défend la laïcité et la liberté d’expression sans trembler, quitte à ce que cette liberté finisse par se résumer au droit, presque au devoir, de caricaturer les religions.

De l’autre, il y a le courant que ses adversaires appellent islamo-gauchiste. Celui-là privilégie l’accommodement avec les mouvances islamistes et indigénistes. Au nom de la lutte contre les discriminations, il préfère souvent la complaisance à la fermeté.

Entre les deux, le dialogue est rompu.

Mais le plus frappant tient à ce qui manque. Dans les débats de la gauche du début du XXIe siècle, la question sociale a disparu. Plus de salaires, plus de travail, plus de conditions de vie. Le combat se joue ailleurs, sur le terrain des identités et des symboles.

L’histoire bégaie. Sous la IIIe République, avant la Première Guerre mondiale, la gauche républicaine avait elle aussi déserté le terrain social. Elle n’avait alors qu’une obsession, régler ses comptes avec l’Église, et une ambition, « civiliser » les populations africaines.

Hier l’anticléricalisme, aujourd’hui la querelle identitaire. Dans les deux cas, ceux qui attendaient des réponses concrètes sont oubliés.

Six ans après, Samuel Paty n’est pas seulement une victime. Il est un rappel brutal de ce que coûte le renoncement. La France ne peut plus se permettre de détourner les yeux.

(Crédit photo : Thomas Coex / AFP)