Aller au contenu
0%
Tribune

Nickel : l’UC dit encore non

16 octobre 2026 à 14:00
5 min de lecture
Nickel : l’UC dit encore non

Résumé IA

L’Union calédonienne, par la voix de son président Emmanuel Tjibaou, rejette le protocole d’entente avec l’Union européenne sur le nickel avant sa signature prévue le 20 octobre, y voyant un manque de garanties sur les volumes, les prix et les financements. Le parti répète ainsi un refus déjà exprimé en 2023 sur le pacte nickel, alors que la filière traverse une grave crise.

Aa

L’Union calédonienne a trouvé le moyen de dire non avant même que l’encre ne soit sur le papier.
À cinq jours de la signature avec Bruxelles, le parti d’Emmanuel Tjibaou rejoue une partition que le nickel calédonien connaît déjà par cœur.

Un réquisitoire contre un texte qui n’impose rien

Le communiqué est tombé ce 15 octobre. Trois pages, signées du président de l’Union calédonienne, Emmanuel Tjibaou. Un titre en forme de slogan : « Notre nickel, notre avenir ». Et une conclusion qui sonne comme un verdict : coopérer, oui, s’engager sans garanties, non.

Le calendrier, lui, est connu. Stéphane Séjourné, vice-président exécutif de la Commission européenne chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle, est attendu au Congrès le lundi 19 octobre pour une séance solennelle. Le lendemain, il doit signer avec le président du gouvernement, Milakulo Tukumuli, un mémorandum d’entente entre l’Union européenne et la Nouvelle-Calédonie sur les matières premières.

Que reproche l’UC à ce texte ? De servir d’abord la sécurité des approvisionnements européens. De laisser les intérêts calédoniens dans le flou. De ne garantir ni volumes, ni prix, ni financements.

Le problème, c’est que le document dit précisément l’inverse sur le point qui inquiète le plus le parti indépendantiste. Il ne prévoit aucune exclusivité au profit de l’Union européenne. Il n’oblige pas la Nouvelle-Calédonie à lui vendre son nickel. Il ne réserve aucun volume. Et il affiche noir sur blanc la volonté de développer davantage de transformation et d’activités à valeur ajoutée sur le territoire.

Autrement dit, la « valeur locale » que l’UC réclame à grands cris figure déjà dans l’intention du texte.

Reste l’argument de l’absence d’obligations contraignantes. Il ne tient pas longtemps. Un mémorandum d’entente n’est pas un contrat industriel, et personne ne l’a présenté comme tel. L’UC le reconnaît d’ailleurs elle-même en citant le gouvernement, pour qui ce protocole « n’est pas la destination ». Reprocher à un point de départ de ne pas être une ligne d’arrivée, c’est un procès d’intention, pas une analyse.

Le précédent du pacte nickel, ou l’art de laisser passer le train

Ce scénario a un air de déjà-vu.

En novembre 2023, Bruno Le Maire présentait son pacte nickel. Sur la table : une aide de 200 millions d’euros pour subventionner l’énergie des usines et développer la production électrique du territoire. De l’argent réel, pas une déclaration d’intention.

Avant même l’ouverture des discussions, l’UC, réunie en congrès, avait qualifié d’« inacceptable » le document présenté par l’État, selon son président de l’époque, Daniel Goa.

Puis vint le Congrès. Début avril 2024, une motion portée majoritairement par des élus de l’Union calédonienne obtenait un nouveau report de la signature. Le 18 avril, les groupes indépendantistes, soutenus par l’Éveil océanien et Calédonie ensemble, votaient la création d’une commission spéciale chargée de retravailler le pacte.

Nicolas Metzdorf avait alors pointé l’incohérence. Le président du gouvernement, l’indépendantiste Louis Mapou, et Gilbert Tyuienon étaient favorables à la signature. Leurs propres groupes au Congrès renvoyaient pourtant le dossier en commission. L’urgence de la filière se mesurait en jours, la réponse politique se comptait en mois.

On connaît la suite. C’est l’Union calédonienne qui la résume le mieux dans son propre communiqué : Koniambo à l’arrêt, Prony Resources en difficulté, la SLN maintenue sous perfusion d’argent public. Depuis mai 2024, la Nouvelle-Calédonie a perdu 11 000 emplois et subi deux milliards d’euros de dégâts.

Le constat de crise est juste. Il est simplement curieux de le lire sous la plume de ceux qui exigeaient, hier déjà, d’attendre de meilleures garanties.

Exiger tout, tout de suite, c’est ne rien obtenir

Relisons la liste des exigences de l’UC. Un dossier industriel et financier consolidé pour chacune des trois usines. Un diagnostic et un plan de redressement. Des prix transparents. Des engagements précis des industriels européens sur les volumes et les débouchés. Le tout, avant tout engagement.

C’est demander la destination avant d’avoir accepté de prendre la route.

Aucun investisseur ne s’engage sur des volumes avant qu’un cadre de coopération n’existe. C’est justement ce cadre que le protocole vient poser, avec une feuille de route attendue dans les six mois. Le gouvernement, de son côté, ne cache pas ses objectifs : attirer des investissements et améliorer la compétitivité de la filière, notamment en agissant sur le coût de l’énergie. Celui-là même que l’UC désigne comme un handicap majeur.

Le parti réclame aussi que le Congrès soit associé à la démarche. Il le sera dès lundi, en séance solennelle, en présence du commissaire européen. Difficile de parler d’une négociation conduite dans le dos des institutions.

Il y a enfin une dimension que le communiqué passe sous silence. La Nouvelle-Calédonie ne négocie pas seule face à Bruxelles : elle le fait comme territoire de la République française. Les ressortissants des pays et territoires d’outre-mer disposent de la citoyenneté européenne. À l’Assemblée nationale, une proposition de résolution européenne demande que l’Union reconnaisse la valeur stratégique du nickel calédonien, en rappelant que la Nouvelle-Calédonie, et donc la France, doit être reconnue comme partenaire. Ce poids-là, aucun territoire isolé ne l’aurait.

L’Europe cherche à diversifier ses approvisionnements en matières premières critiques. La Nouvelle-Calédonie cherche des partenaires et des investisseurs pour une filière au bord du gouffre. Les intérêts se rencontrent.

Refuser de s’asseoir à la table au nom de garanties qui ne peuvent naître que de la négociation, c’est condamner nos usines à attendre encore. L’UC dit : coopérer, oui, s’engager sans garanties, non. Les salariés de Koniambo pourraient lui répondre que des garanties sans engagement, ça s’appelle du surplace.

(Crédit photo : AFP - Xavier DESMIER /Gamma-Rapho)