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Des lycéens tabassés sur un îlot de Naïa

18 octobre 2026 à 18:15
8 min de lecture
Des lycéens tabassés sur un îlot de Naïa

Résumé IA

Jeudi soir, six lycéens d'une quinzaine d'années en camping sur l'îlot Ange au large de Naïa sont agressés par sept jeunes armés de sabres d'abattis. Les victimes sont frappées, insultées, et le camp est saccagé, avec menace de mettre le feu à une tente. Les agresseurs, dont le meneur présumé Maël L., auraient promis de revenir, et une plainte est déposée vendredi.

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FAITS DIVERS  ·  PAÏTA

Jeudi soir, six adolescents d'une quinzaine d'années, en camping sur l'îlot Ange au large de Naïa, ont été passés à tabac par une bande de sept jeunes armés de sabres d'abattis, débarqués pour en découdre. Coups de pied au sol, injures racistes, camp saccagé, menace de mettre le feu à une tente occupée par une adolescente. Plainte a été déposée vendredi. Les agresseurs, eux, ont promis de revenir.

Une soirée d'abord amicale

Mercredi, ils sont six à planter leurs tentes sur l'îlot Ange, l'un de ces confettis de sable qui font face à la baie de Naïa, à Païta. Cinq garçons et une fille, des lycéens nouméens, trois jours de camping devant eux. Le programme est celui que des générations de Calédoniens ont connu : baignade, feu de camp, nuits à la belle étoile. Rien de plus.

Jeudi, en début de soirée, sept jeunes débarquent sur l'îlot. Majeurs et mineurs mêlés. Ils s'approchent du camp et demandent poliment s'ils peuvent profiter des braises pour cuire leurs grillades. Les adolescents acceptent sans se méfier. La conversation est détendue, on trinque, on finit même par danser ensemble. Une soirée comme une autre, en apparence.

En apparence seulement.

Quatre adolescents frappés sur la plage

Les sept s'éloignent vers la plage, tombent le tee-shirt, puis appellent les quatre garçons restés au camp (le cinquième dort sous la tente avec sa copine). Le prétexte est servi sur un plateau : deux canettes de bière plantées dans le sable. Selon les victimes, ce sont les agresseurs eux-mêmes qui les y avaient déposées. Qu'importe. Il faut, paraît-il, « respecter l'environnement ».

La leçon d'écologie tourne aussitôt au lynchage. Les coups partent, les insultes pleuvent : « zoreilles », « nid de guêpes », « bourre ta mère », « bâtard ». Des adolescents calédoniens, traités de « zoreilles » chez eux. Ils sont jetés au sol, frappés à coups de pied et à coups de poing. Certains parviennent à s'enfuir et à se cacher dans l'obscurité. L'un d'eux reste le dernier, seul à terre, roué de coups par la meute.

Voilà donc les défenseurs autoproclamés du lagon : sept gaillards torse nu contre quatre gamins.

Le campement saccagé, une adolescente menacée

La séquence ne s'arrête pas là. Pendant que la pression retombe sur la plage, un autre membre de la bande, sabre d'abattis à la main, met le campement à sac. Glacières renversées, table retournée, tentes arrachées, poubelles éventrées. Puis vient l'humiliation : l'adolescent qui vient d'être tabassé reçoit l'ordre de tout nettoyer.

La bande part ensuite à la recherche de ceux qui ont réussi à se cacher, et somme les deux jeunes restés sous la tente d'en sortir. Le garçon s'exécute. À peine la tête dehors, il encaisse un coup de poing en plein visage. Selon les victimes, il a été porté par Maël L., désigné comme le meneur de la bande. À l'extérieur, un autre menace la jeune fille : si elle ne sort pas, il met le feu à la tente.

Des menaces de représailles

Avant de repartir, l'un des agresseurs fixe l'adolescent laissé au sol et lâche, avec un aplomb glaçant : « Merci pour la battle. » Suivent les consignes pour le lendemain. La bande annonce son retour sur l'îlot. Si des déchets traînent encore, elle saura où retrouver les adolescents, et cite nommément leurs lycées.

Tout est dit. Ce n'était ni une dispute qui dégénère, ni une histoire de canettes. C'était une expédition. Une « battle », dans le vocabulaire de ceux qui la mènent : préparée, assumée, revendiquée. Ils sont venus pour cogner, ils ont cogné, et ils s'en sont vantés.

La gendarmerie prévenue, mais pas sur place

Vers 22 heures, les parents reçoivent l'appel que tout parent redoute : leurs enfants sont en train de se faire tabasser sur l'îlot. Deux d'entre eux sautent dans un bateau. Pendant la traversée, la gendarmerie est prévenue. Elle n'est pas en mesure de se rendre sur place.

À leur arrivée, les agresseurs sont repartis. Les deux pères découvrent des adolescents choqués, certains blessés. Les contusions finiront par disparaître. Le traumatisme, lui, risque de s'installer durablement chez ces gamins de quinze ans.

Une question reste en suspens, et elle glace : que se serait-il passé si les deux pères étaient arrivés avant le départ de la bande ? Deux hommes seuls, face à sept individus armés de sabres d'abattis, sur un îlot plongé dans le noir. La gendarmerie avait pourtant été alertée bien en amont, pendant la traversée. Aucun renfort n'aurait suivi. Ce soir-là, entre ces six adolescents et une bande armée, il n'y avait que la mer et la volonté de deux pères.

Il faut ensuite tout ramasser, mettre les enfants à l'abri chez des proches à Naïa, puis reprendre la mer de nuit. Arrivée à la marina à 3 h 30 du matin.

Vendredi, la journée est consacrée au dépôt de plainte, puis aux examens médicaux pour les jeunes blessés. La Dépêche a pu avoir accès aux photos prises après l'agression. Il ne s'agit pas de quelques égratignures : ces images témoignent d'un véritable lynchage et de blessures sérieuses. Par respect pour ces adolescents, nous avons choisi de ne pas les diffuser, elles sont trop dures à supporter.

On ne demandera pas à la gendarmerie d'avoir une vedette amarrée devant chaque îlot. On peut en revanche s'étonner qu'une alerte pour des violences commises par une bande armée sur des adolescents, en plein lagon du Grand Nouméa, reste sans réponse sur le terrain. Et s'inquiéter que, selon la famille, les militaires ne semblaient pas informés des problèmes récurrents signalés sur les îlots de Naïa.

Des agresseurs identifiables

Le plus rageant, dans cette affaire, c'est que tout est là. Les agresseurs ont passé une partie de la soirée avec leurs victimes. Ils ont parlé, bu, dansé avec elles. Ils ont annoncé leur retour. Ils connaissent même les lycées de leurs cibles.

Le meneur présumé est même désigné par les adolescents : Maël L., majeur. Champion de va'a le jour, chef de meute la nuit, à en croire les victimes. La Dépêche connaît également l'identité de deux autres agresseurs présumés, que nous ne publions pas à ce stade.

D'après les familles, le bateau de la bande serait parti du lotissement Naïa canaux, et y serait revenu après l'agression. Des nuisances régulières seraient signalées sur un terrain de ce lotissement. En repartant, le groupe se serait même accroché avec le gardien. Un témoin de plus, au point de départ de l'expédition.

À notre connaissance, aucune interpellation n'a pourtant été annoncée à ce jour. Les éléments pour remonter jusqu'aux auteurs ne manquent pas. Ce qui manque, pour l'instant, c'est le signal que l'affaire est prise au sérieux.

D'autres témoignages sur les îlots

Cette agression n'a rien d'un cas isolé. La Dépêche a recueilli plusieurs autres témoignages décrivant des bagarres provoquées et des « raids baston » sur des îlots du lagon. D'après la famille, les îlots qui font face à Naïa connaissent régulièrement des épisodes de violence ou des tentatives de vol au détriment des campeurs.

Le mode opératoire a quelque chose de terriblement dans l'air du temps : on débarque, on choisit des cibles isolées, on frappe, on repart, et on raconte. La violence comme loisir, la victime comme trophée. Sur un îlot, de nuit, avec la mer entre les victimes et les secours, les agresseurs savent qu'ils disposent d'une avance confortable.

Ces îlots, refuge des familles calédoniennes le week-end, ne peuvent pas devenir des terrains de chasse. Les laisser glisser vers ça, c'est accepter qu'une partie du lagon échappe à la loi commune.

Le milieu du va'a concerné

Selon nos informations, plusieurs membres de la bande évolueraient dans le milieu du va'a, à commencer par son meneur présumé. Le détail n'est pas anodin. Le va'a est une école d'exigence : on n'avance qu'au rythme du collectif, on respecte l'équipage, l'adversaire et l'océan. Comme au rugby, le mérite et le respect n'y sont pas des slogans, mais la condition pour monter dans la pirogue.

C'est précisément pour cela que la communauté du va'a ne laissera pas passer. Entraîneurs, dirigeants, anciens savent ce que représente une pirogue et ce qu'elle exige de ceux qui y prennent place. Nul doute que les intéressés vont être recadrés, et sérieusement. Le sport reste l'une des meilleures écoles contre ce genre de dérive. Mais une sanction sportive, aussi nécessaire soit-elle, ne remplace pas une réponse judiciaire.

Les familles attendent des interpellations

Un dernier fait achève de dessiner le tableau. Avant de repartir, les agresseurs ont emporté des bidons d'essence et des chargeurs de téléphone portable appartenant aux campeurs. Après les coups, les menaces et le saccage, le butin.

Les faits rapportés pourraient relever de plusieurs qualifications : violences volontaires en réunion et avec arme, injures à caractère raciste, menaces, dégradations, et vol en réunion, voire en bande organisée si la préparation de l'expédition est établie. Sans compter la promesse de retrouver les victimes à la sortie du lycée. Des faits sérieux, commis en partie par des majeurs.

Les familles attendent désormais des actes. L'identification et l'interpellation des auteurs, d'abord. Une présence visible sur les îlots les plus fréquentés, ensuite, notamment les week-ends et pendant les vacances. Et une coordination réelle entre la gendarmerie, la commune de Païta et la province Sud, pour que les signalements des campeurs cessent de se perdre dans le vent du large.

Parce que la bande l'a dit elle-même : elle compte revenir. Si personne ne l'en empêche, la prochaine « battle » n'est qu'une question de jours.

À suivre.