Le casse du siècle, un an après

Résumé IA
Un an après le vol des joyaux de la Couronne au Louvre, le 19 octobre 2025, le butin de 88 millions d'euros reste introuvable et le commanditaire n'est pas identifié. Quatre hommes sont mis en cause, mais les exécutants présumés évoquent la présence d'un donneur d'ordres toujours en fuite, sur fond de déclarations contradictoires. L'enquête se poursuit sans avoir honoré la promesse présidentielle.
Un an jour pour jour, ou presque. Le butin de 88 millions d’euros dort toujours quelque part, et l’homme qui a tout orchestré aussi.
Un casse audacieux, des exécutants maladroits
Dimanche 19 octobre 2025, peu après l’ouverture. Un monte-charge de déménageurs se dresse contre la façade du plus grand musée du monde.
Quelques minutes plus tard, les joyaux de la Couronne de France ont disparu de la galerie d’Apollon. Huit pièces, une valeur estimée à 88 millions d’euros, un patrimoine que rien ne remplace.
Le jour même, Emmanuel Macron promettait sur X : « Nous retrouverons les œuvres et les auteurs seront traduits en justice ». Un an plus tard, la seconde moitié de la promesse avance péniblement. La première n’a toujours pas été tenue.
Car à la veille de ce triste anniversaire, le constat est sans appel : les bijoux restent introuvables, et l’homme qui a donné les ordres n’a toujours pas de nom.
Le scénario tenait du cinéma. L’exécution, beaucoup moins.
Disqueuses, nacelle, gilet fluo, casque de moto : en moins de quatre minutes, deux vitrines sont éventrées sous l’œil des caméras de surveillance. Mais sur place, les voleurs abandonnent derrière eux une quantité d’indices, dont des traces ADN.
Résultat : le 25 octobre, la Brigade de répression du banditisme interpelle deux premiers suspects sans grande difficulté.
Le premier, Abdoulaye N., chauffeur de taxi sans licence, a déjà été condamné pour vols aggravés. Sur les réseaux sociaux, on le surnomme « Doudou Cross Bitume », en raison de son aisance à moto-cross.
Le second, Ghemlamallah A., Algérien sans emploi, a surtout été condamné pour conduite sans permis.
Deux trentenaires, deux profils défavorablement connus des services de police. En garde à vue, tous deux reconnaissent leur participation.
Les enquêteurs de la BRB avaient d’ailleurs prévenu dès le départ : le mode opératoire relevait des méthodes habituelles de délinquants chevronnés attirés par l’argent, bien loin de l’image romantique du gentleman cambrioleur.
Deux autres hommes sont ensuite mis en examen : Slimane K. et Rachid H.
Détail savoureux relevé par le site Entrevue : en 1975, le romancier Georges Chaulet imaginait déjà, dans Appelez Fantômette, un vol de bijoux dans cette même galerie d’Apollon. Cinquante ans plus tard, la réalité a rattrapé la fiction.
Le mystérieux donneur d’ordres
Sept mois après le casse, les deux premiers suspects ont changé de discours devant la juge. Et leurs nouvelles déclarations, révélées par l’AFP, fissurent l’édifice de l’enquête.
Selon eux, Slimane K. et Rachid H. n’ont rien à voir avec le vol.
Qui était donc sur place ? Un commanditaire, répondent-ils. Un homme toujours libre.
« C’était le mec qui était dans le TMAX », affirme Ghemlamallah A. en juin. C’est lui, assure-t-il, qui aurait installé et manœuvré la nacelle. Il dit avoir été recruté quelques jours seulement avant le casse et avoir reçu une vidéo montrant les caissons contenant les bijoux.
Abdoulaye N. raconte avoir suivi pendant toute l’opération un homme qui « donnait les instructions ». « Je n’étais pas son bras droit, mais presque », glisse-t-il. Le même individu serait reparti avec lui à scooter jusqu’à un parking d’Aubervilliers.
Ce donneur d’ordres serait connu de la petite délinquance locale. Abdoulaye N. refuse d’en dire davantage, par crainte pour sa sécurité.
Problème : en garde à vue, il évoquait des commanditaires à l’accent slave.
Les juges s’étonnent qu’un cerveau prenne le risque de venir sur le terrain. Réponse du suspect : l’homme voulait être certain de récupérer la marchandise. Et il n’aurait pas caché sa déception. « J’avais sept ou huit bijoux dans la sacoche », raconte Abdoulaye N., le commanditaire estimant qu’ils auraient pu en emporter davantage.
Les enquêteurs, eux, restent prudents. Une source proche du dossier confie à l’AFP qu’ils ne croient pas à ces versions. Ce qui manque surtout, ce sont les receleurs.
« Si j’avais su, j’aurais demandé plus »
Il y a, dans les auditions de cette affaire, des passages qui en disent long.
Ghemlamallah A. laisse échapper devant la juge qu’il n’a « pas encore » été payé, avant de se reprendre.
Abdoulaye N., lui, se plaint ouvertement. Recruté pour sa conduite « dynamique », il admet avoir su qu’il allait cambrioler le Louvre. Sa rémunération, selon lui : 15 000 euros.
Une misère, à l’entendre. « La valeur, je la découvre de jour en jour. Si j’avais su, j’aurais demandé plus. »
Il parle d’« arnaque ». Il espère même recontacter son commanditaire pour lui « dire ses quatre vérités ».
La juge lui demande s’il envisage de réclamer une prime. « Oui, j’y pense », répond-il.
Aucun regret pour le patrimoine national. Aucune gêne. Simplement la frustration d’avoir été mal payé pour avoir dépouillé la France.
En face, la défense contre-attaque. Slimane K. et Rachid H. ont déposé des recours contre la procédure, visant notamment l’usage de la vidéosurveillance.
Slimane K., présenté par une source policière comme un complice de longue date d’Abdoulaye N., nie tout. Pourtant, son profil génétique a été retrouvé sur la télécommande de la nacelle. Une clé saisie dans sa poche ouvrait un local de La Courneuve où dormaient des disqueuses, un brouilleur d’ondes et du matériel pour tester la pureté de l’or. Un lieu de passage, se défend-il, dont il n’avait pas l’usage exclusif.
Rachid H. attend que la chambre de l’instruction statue sur sa demande de remise en liberté. Il est soupçonné d’avoir fourni les clés du parking d’Aubervilliers, là précisément où les enquêteurs perdent la trace des bijoux. Sa version : réveillé par deux connaissances qui le sifflaient depuis la rue, il leur aurait simplement passé les clés pour garer un scooter.
Au Louvre, l’affaire a laissé des traces. Sa présidente-directrice, Laurence des Cars, a quitté ses fonctions en février 2026, Emmanuel Macron acceptant sa démission le 24 février.
Un an après, l’enquête reste ouverte. Les exécutants sont identifiés. Le cerveau, les receleurs et le trésor manquent toujours à l’appel.
Et la promesse présidentielle attend encore d’être honorée.
(Crédit photo : GONZALO FUENTES, REUTERS)


