Aller au contenu
0%
Au delà du récif

Couvre-feu, interdictions : la France bascule

22 octobre 2026 à 13:00
4 min de lecture
Couvre-feu, interdictions : la France bascule

Résumé IA

Le couvre-feu est décrété de 23 heures à 6 heures dans certains secteurs de Paris, et plusieurs manifestations étudiantes sont interdites à Paris, Lyon, Toulon, Rouen et Le Havre. Après les violences, 557 personnes sont placées en garde à vue, dont 433 majeures, selon le parquet de Paris.

Aa

Une nuit de plus sous couvre-feu dans la capitale. Et un pays qui compte ses dégâts.

Paris sous cloche, la rue sous contrôle

De 23 heures à 6 heures. C’est le créneau retenu pour le nouveau couvre-feu décrété dans la nuit de mercredi à jeudi dans certains secteurs de Paris.

La décision s’inscrit dans la ligne fixée par Sébastien Lecornu. Le Premier ministre avait prévenu que de nouveaux couvre-feux seraient décidés partout où la situation l’exigerait. La capitale en fait partie, et cela dit beaucoup de l’état du pays.

Les préfectures ont suivi le même mouvement. Deux manifestations étudiantes prévues ce jeudi, l’une à Paris, l’autre à Lyon, ont été interdites. Avant même les mobilisations du 17 octobre, l’État avait déjà proscrit les rassemblements dans plusieurs villes, dont Toulon, Rouen et Le Havre.

Le gouvernement promet d’avancer. Il doit présenter lundi de « premières décisions » en réponse aux revendications de la jeunesse. Reste à savoir si le dialogue peut s’ouvrir tant que la rue n’est pas apaisée.

Car le bilan judiciaire est lourd. Après les violences et les pillages commis à Paris, 557 personnes ont été placées en garde à vue. Le parquet de Paris l’a précisé mercredi : 433 d’entre elles sont majeures, soit près de 78 % des effectifs.

Ce chiffre balaie une idée reçue tenace. Les casseurs ne sont pas, dans leur immense majorité, des adolescents égarés. Ce sont des adultes, pleinement responsables de leurs actes devant la loi.

Les entreprises en paient aussi le prix. Carrefour anticipe un impact pouvant atteindre 200 millions d’euros après les pillages.

Le 5 novembre en ligne de mire, Orléans sous haute tension

Pendant que l’État cherche à rétablir l’ordre, la CGT, elle, appelle à monter d’un cran.

Sophie Binet, sa secrétaire générale, veut une mobilisation « la plus large possible le 5 novembre ». Le message est sans ambiguïté : « La grève doit prendre le relais. » Autrement dit, la contestation ne doit pas retomber, elle doit changer de terrain.

Le week-end s’annonce tout aussi tendu. Le Rassemblement national tient son congrès à Orléans les 24 et 25 octobre. Et face à lui, « plusieurs dizaines de milliers » de contre-manifestants sont attendus samedi, selon le ministre de l’Intérieur.

Laurent Nuñez annonce « un dispositif de service d’ordre extrêmement conséquent ». Le RN avait lui-même demandé à l’État de sécuriser l’événement. Qu’un parti politique doive réclamer une protection pour tenir son propre congrès en dit long sur le climat.

À l’Assemblée nationale, la bataille se joue sur un autre front. La commission des Lois a désigné mercredi les trois rapporteurs de la commission d’enquête consacrée aux violences en marge des manifestations des 17 et 18 octobre. Ils sont issus des groupes Horizons, socialiste et écologiste.

Le RN n’en fait pas partie. Il juge « lunaire » d’avoir été écarté.

Limoges, la blessure et le sursaut

Il y a les chiffres, et puis il y a les symboles.

À Limoges, l’Hôtel de Ville a été partiellement détruit par un incendie lors des violences du 17 octobre. Un bâtiment historique, cœur de la vie municipale, livré aux flammes en une soirée.

La réponse des habitants a été rapide. Mardi, la municipalité et la Fondation du patrimoine ont lancé une collecte. Mercredi en début de soirée, elle avait déjà permis de réunir plus de 185 000 euros auprès de plusieurs centaines de donateurs.

L’argent servira notamment à préserver les parties du bâtiment encore intactes.

Voilà peut-être le contraste le plus parlant de ces derniers jours. D’un côté, ceux qui pillent, brûlent et détruisent. De l’autre, des centaines de citoyens anonymes qui sortent leur portefeuille pour sauver ce qui peut l’être.

La France qui casse fait du bruit. La France qui répare, elle, agit sans attendre.

(Crédit photo : Stephane Mahe / REUTERS)