Deux récits s’affrontent autour de la SLN en 2025.
Celui d’un redressement industriel salué, et celui d’une dépendance financière devenue structurelle.
Des indicateurs 2025 en amélioration réelle, mais à remettre en perspective
L’année 2025 marque incontestablement une amélioration des indicateurs opérationnels de la Société Le Nickel. Après une année 2024 qualifiée de point bas, l’entreprise parvient à redresser plusieurs paramètres clés de son activité.
La direction met en avant la mobilisation des équipes, des choix organisationnels structurants et une discipline accrue sur les sites industriels et miniers.
La sécurité au travail enregistre une évolution significative. Le nombre d’accidents recule de plus de 30 %, avec un taux de fréquence TF2 ramené à 3,2, contre 4,7 l’année précédente. Ces chiffres traduisent un effort réel de prévention et une application plus rigoureuse des protocoles sur le terrain.
Sur le plan industriel, l’activité minière progresse de 16 %, portée par les sites restés en exploitation. La production de ferronickel (SLN 25) augmente de plus de 12 %, avec 36 184 tonnes de nickel produites en 2025, contre 32 861 tonnes en 2024.
Ces données confirment une sortie de crise technique, après des années de sous-production et d’arrêts contraints.
Mais ces résultats, aussi réels soient-ils, ne suffisent pas à masquer la fragilité structurelle du modèle économique actuel. Une entreprise privée ne se juge pas uniquement à ses volumes produits, mais à sa capacité à vivre sans assistance permanente.
Une entreprise privée sous perfusion publique : la fin du mythe de la « vache à lait »
Pendant des décennies, la SLN a été perçue comme une vache à lait industrielle, pilier économique de la Nouvelle-Calédonie, pourvoyeuse d’emplois et de recettes.
En 2025, cette image appartient clairement au passé.
Le redressement affiché s’inscrit dans un cadre où la SLN vit grâce aux prêts et soutiens de l’État français. Sans cet appui massif, la continuité de l’activité aurait été sérieusement compromise.
Ce constat n’est ni idéologique ni polémique : il est factuel et financier.
La baisse des effectifs illustre cette contrainte. La masse salariale, deuxième poste de dépenses de l’entreprise, fait l’objet d’un ajustement strict. Les effectifs passent de 1 900 salariés en 2024 à 1 812 en 2025, via des départs volontaires et une gestion renforcée de la non-performance.
Cette rationalisation améliore l’agilité, mais elle souligne aussi une réalité : la SLN n’a plus les moyens de ses ambitions passées.
Même les avancées sociétales, comme la féminisation de l’encadrement (34 % de femmes cadres contre 32 % en 2024), s’inscrivent dans une logique de modernisation contrainte, sous surveillance financière étroite.
La SLN n’est plus un moteur autonome. Elle est devenue un mendiant industriel accroché à son rocher, un rocher qui porte un nom : l’État.
Une situation acceptable à court terme pour préserver l’outil industriel, mais intenable comme modèle durable.
Industrie, énergie et environnement : le paradoxe calédonien persiste
La communication officielle met en avant des engagements environnementaux concrets. En 2025, 29,8 hectares ont été revégétalisés, soit neuf fois plus que les surfaces défrichées. Des actions de maintien de la biodiversité sont menées, avec la réintroduction d’espèces rares ou menacées.
L’intensité carbone recule légèrement, passant de 33,8 à 32,7 tonnes de CO₂ par tonne de nickel produite. Une amélioration mesurée, mais réelle.
Cependant, ces efforts cohabitent avec une contradiction majeure : le recours à une centrale électrique au fioul, installée sur un bateau, initialement présentée comme temporaire, mais désormais appelée à durer dans le temps.
Ce choix énergétique lourd prolonge une dépendance à une énergie fortement polluante, incompatible avec les discours de transition et de souveraineté industrielle.
Là encore, le paradoxe est clair. Une entreprise qui ne tient que par l’argent public, tout en externalisant une partie de son impact environnemental, pose une question politique de fond : jusqu’où la collectivité doit-elle financer un modèle industriel non stabilisé ?
Cap sur 2026 : redressement réel, illusion dangereuse ou sursis organisé ?
La SLN affiche pour 2026 l’ambition de consolider ses performances et de renforcer sa contribution économique et sociale. L’objectif est affiché, la trajectoire reste incertaine.
Les chiffres de 2025 montrent une amélioration technique indéniable, mais ils ne constituent pas une renaissance. Ils traduisent un sursis, rendu possible par l’engagement des salariés et par l’intervention directe de l’État.
À trop célébrer des résultats obtenus sous assistance, on entretient une illusion dangereuse. Le véritable redressement ne viendra ni des communiqués optimistes ni des effets d’annonce, mais d’un modèle capable de tenir sans perfusion publique, de produire sans polluer durablement, et de redevenir un acteur économique responsable au sens plein du terme.
En 2025, la SLN respire encore. Reste à savoir qui paie l’oxygène, et combien de temps la bouteille tiendra.


















