Le Chili tourne une page politique majeure après plusieurs années d’incertitude, de tensions sociales et de désillusion économique.
Dimanche 14 décembre, les urnes ont tranché en faveur d’un choix clair : l’ordre, l’autorité et la rupture avec la gauche radicale.
Une victoire nette qui consacre le basculement conservateur
Le verdict des urnes est sans ambiguïté. Avec près de 58 % des suffrages, José Antonio Kast est élu président du Chili.
Son adversaire, Jeannette Jara, candidate communiste modérée, n’a recueilli qu’environ 42 % des voix.
Un écart significatif, confirmé par des résultats officiels portant sur la quasi-totalité des bulletins.
Près de 16 millions d’électeurs étaient appelés à voter. Les sondages annonçaient une dynamique favorable à la droite.
Dès le premier tour, mi-novembre, les forces conservatrices totalisaient environ 70 % des suffrages cumulés.
Le second tour n’a fait que confirmer cette tendance de fond.
Cette élection marque l’arrivée au pouvoir du président le plus à droite depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990. Un symbole fort dans un pays longtemps gouverné par des coalitions de centre gauche.
Un signal politique clair envoyé par une population lassée des promesses non tenues.
La candidate battue, Jeannette Jara, a reconnu rapidement sa défaite. Elle a promis une opposition « exigeante », sans contester la légitimité du scrutin.
Une attitude institutionnelle qui tranche avec les crispations observées ailleurs.
Sécurité, immigration, autorité : les piliers du programme Kast
José Antonio Kast a construit sa campagne sur des thèmes simples et assumés. La sécurité publique a été au cœur de son discours. Le Chili connaît une augmentation des délits violents, notamment les enlèvements et les extorsions.
Même si le pays reste l’un des plus sûrs d’Amérique latine, la perception d’insécurité domine.
Le taux d’homicides a doublé en dix ans, avant de refluer récemment. Une évolution qui nourrit l’inquiétude populaire.
Kast a promis de « rétablir le respect de la loi dans toutes les régions ».
Devant des milliers de partisans à Santiago, il a réaffirmé cette ligne sans ambiguïté.
Autre sujet central : l’immigration illégale. Le président élu s’est engagé à expulser près de 340 000 migrants en situation irrégulière.
La majorité d’entre eux sont originaires du Venezuela. Un engagement ferme, salué par une partie de l’électorat populaire.
Sur le plan sociétal, Kast reste ultraconservateur. Opposé à l’avortement, même en cas de viol. Opposé également au mariage des couples de même sexe.
Durant la campagne, ces positions ont toutefois été mises en sourdine.
Un parcours politique marqué par l’héritage et la persévérance
Âgé de 59 ans, José Antonio Kast est avocat de formation. Il est issu d’une famille allemande immigrée au Chili après la Seconde Guerre mondiale.
Son père a servi comme soldat, puis lieutenant, dans la Wehrmacht.
Un élément biographique souvent instrumentalisé par ses adversaires.
Catholique pratiquant, père de neuf enfants, Kast revendique un mode de vie traditionnel. Il entre en politique en 2002 comme député de la région de Santiago.
En 2017, il se présente pour la première fois à l’élection présidentielle. Il termine alors quatrième au premier tour.
Après cet échec, il tente de se détacher de l’image d’héritier direct de Pinochet. En 2019, il fonde le Parti républicain, structurant une droite dure mais organisée. En 2021, il arrive en tête du premier tour.
Il s’incline toutefois au second face à Gabriel Boric, avec 44,13 % des voix.
Ce dimanche, sa troisième tentative est la bonne. Il profite de la popularité très basse du président sortant, autour de 30 %.
L’échec du processus de réforme constitutionnelle a accentué la lassitude nationale.
Le pays s’est progressivement tourné vers le conservatisme.
Un signal international et des défis majeurs à venir
La victoire de Kast a été saluée à l’étranger. Les États-Unis de Donald Trump ont adressé leurs félicitations officielles.
Le sénateur Marco Rubio a évoqué des « priorités communes » en matière de sécurité et d’immigration.
L’Argentin Javier Milei a exprimé sa « joie immense ». Il a salué une victoire contre le « joug oppresseur du socialisme ».
Un axe conservateur régional semble se dessiner.
Sur le terrain, l’annonce des résultats a suscité des célébrations, mais aussi des manifestations hostiles sur la Plaza Italia, à Santiago. La police a dispersé des groupes à l’aide de canons à eau. Aucun trouble majeur n’a été signalé.
José Antonio Kast prendra ses fonctions en mars. Il promet un ajustement fiscal, une fermeté migratoire et une restauration de l’autorité.
Ses défis sont immenses, entre attentes populaires et fractures idéologiques.
Mais une chose est certaine : le Chili est entré dans une nouvelle ère politique.


















