Deux semaines après les fêtes, la politique provinciale reprend sans fioritures.
En province Nord, la rentrée des élus s’est faite vite, sans état d’âme et avec des arbitrages lourds de sens.
Une rentrée politique expéditive mais assumée
Le vendredi 16 janvier 2026, les 22 conseillers de la province Nord faisaient leur rentrée politique.
Une séance courte, dense, presque administrative, loin des grandes envolées budgétaires.
Premier acte fort : le décalage du vote du budget primitif au 27 février. Un choix assumé par l’exécutif provincial, qui revendique une méthode prudente, loin des improvisations.
« Ça fait plusieurs années qu’on pratique ainsi », rappelle la première vice-présidente, Nadeige Faivre-Wackenthaler.
La raison est claire : attendre des données fiables sur l’assiette fiscale réelle.
La province Nord refuse de bâtir un budget à l’aveugle. Elle attend des informations consolidées de la Nouvelle-Calédonie, notamment sur les recettes attendues.
Dans un contexte économique dégradé, cette prudence budgétaire tranche avec les discours anxiogènes.
Ici, pas de promesses irréalistes, mais une ligne claire : gouverner avec des chiffres, pas avec des slogans.
Continuité du service public et soutien aux médias
Le report du budget n’entraîne aucune rupture du service public. L’assemblée a voté, en parallèle, des mesures d’urgence ciblées.
Premier dossier : le soutien à l’information locale. La province accorde 29,17 millions de francs CFP à la Société de télévision radio (STR).
Cette subvention vise à garantir la continuité de Caledonia, chaîne d’information essentielle dans le Nord. Un choix politique assumé : l’information locale n’est pas une variable d’ajustement.
Dans une période de tensions sociales et économiques, maintenir un média d’information opérationnel relève de l’intérêt général. La majorité provinciale assume un soutien direct, sans posture moralisatrice.
Ce vote démontre une chose : même sans budget primitif adopté, l’exécutif agit. La continuité institutionnelle prime sur les querelles de calendrier.
Enseignement privé, avances financières et dossier minier explosif
Autre dossier sensible : l’enseignement privé, fragilisé par de lourdes difficultés financières. La province redoute des fermetures d’internats et de cantines, notamment au sein du réseau catholique.
La communication est jugée insuffisante. À un mois de la rentrée, aucune confirmation officielle n’a été transmise, malgré des annonces informelles.
« La communication manque énormément », déplore Nadeige Faivre-Wackenthaler. Une inquiétude partagée par de nombreuses familles du Nord.
Pour éviter toute rupture, la province vote une avance globale de 11,45 millions de francs CFP. Objectif : garantir la poursuite des missions éducatives.
La répartition est précise :
– 4,35 millions pour la Direction diocésaine de l’enseignement catholique
– 3 millions pour la FELP, Fédération de l’enseignement libre protestant
– 2,14 millions pour la Communauté des alliances scolaires et éducatives du Bwakadra, à Kaala-Gomen
– 1,9 million pour le collège Boaouva-Kaleba, à Poum
Enfin, dernier dossier lourd : la Société minière du Pacifique Sud (SMSP). La province doit régulariser une caution, impliquant une provision de 1,26 milliard de francs CFP.
Depuis 2021, la collectivité active ses garanties d’emprunt pour soutenir l’entreprise. La crise du nickel frappe de plein fouet la SMSP et sa filiale NMC.
Pas de discours idéologique ici : des faits, des chiffres et une gestion contrainte. La province Nord assume ses engagements, tout en mesurant les risques financiers.
La prochaine séance publique est fixée au 28 janvier. Une chose est sûre : derrière une rentrée discrète, les enjeux restent explosifs.


















