Deux décennies de discours sur la réforme de l’État n’ont pas suffi à enrayer la dérive de la dépense publique.
Le dernier rapport de la Cour des comptes dresse un constat froid, documenté et sans indulgence.
Un État bien organisé… mais mal piloté
Publié le 5 janvier, le rapport de la Cour des comptes consacré au contrôle de gestion dans les services de l’État se veut méthodique et rigoureux.
Il s’inscrit dans la continuité directe de deux enquêtes précédentes, menées en 2016 sur la comptabilité générale, puis en 2020 sur la comptabilité analytique.
Sur le papier, la France dispose d’un cadre réglementaire et comptable solide, reconnu pour la fiabilité de ses comptes publics et la maturité technique de sa fonction financière.
Les administrations savent produire des chiffres, les certifier, les consolider.
Le problème n’est donc pas comptable : il est politique et managérial.
Malgré quinze années de plans de modernisation successifs, la dépense publique demeure élevée, et l’action publique peine à gagner en efficacité comme en efficience.
Le contrôle de gestion, censé éclairer la décision et orienter l’allocation des ressources, reste sous-exploité, parfois réduit à un exercice formel sans réel impact sur les choix stratégiques.
Des dispositifs éclatés et une gouvernance trop faible
L’enquête de la Cour couvre la période 2019-2024, marquée par une dégradation inédite des finances publiques.
Dans ce contexte, le contrôle de gestion devrait être un outil central de maîtrise budgétaire.
Or le rapport pointe une organisation morcelée, sans pilotage fort.
Au niveau interministériel, l’animation du contrôle de gestion reste faible et inégale.
Les ministères développent leurs propres outils, leurs propres indicateurs, sans véritable harmonisation.
Résultat : l’État se prive d’une lecture globale de la performance de ses politiques publiques.
Les moyens humains affectés au contrôle de gestion sont jugés insuffisants, tant en volume qu’en compétences spécialisées.
Les contrôleurs de gestion sont souvent cantonnés à des tâches de reporting, loin de leur mission première : aider à décider, arbitrer, comparer et corriger.
La Cour relève également une confusion persistante entre contrôle budgétaire, contrôle interne et contrôle de gestion.
Cette dilution des responsabilités affaiblit l’outil et empêche son appropriation par les décideurs publics.
Une culture de la dépense plus forte que la culture du résultat
Le constat le plus sévère du rapport tient à la culture administrative elle-même.
Le contrôle de gestion reste trop souvent perçu comme une contrainte technique, et non comme un levier de transformation de l’action publique.
Dans de nombreuses directions, les indicateurs de performance existent mais n’influencent pas réellement les décisions.
Les arbitrages budgétaires continuent de se faire à l’ancienne, sur la base des crédits historiques, sans remise en cause structurelle des politiques inefficaces.
La Cour des comptes souligne que, faute d’un contrôle de gestion pleinement opérationnel, l’État peine à prioriser ses dépenses, à mesurer l’impact réel des politiques publiques et à identifier des marges d’économies.
Dans un pays déjà champion d’Europe de la dépense publique, cette carence pèse lourd.
Le message est clair : sans pilotage par la performance, sans responsabilisation des gestionnaires et sans volonté politique assumée de trancher, le contrôle de gestion restera un outil secondaire.
Et la dérive des finances publiques, elle, continuera.
Ce rapport de la Cour des comptes agit comme un révélateur.
La France ne manque ni de règles ni de chiffres, mais de courage politique pour utiliser le contrôle de gestion comme un instrument de réforme.
À l’heure où chaque euro public compte, l’inaction n’est plus une option.


















